‹ La France devant l'AllemagneChapitre 118 sur 133 · LES QUESTIONS DE L'HEURE · texte numérisé non relu

LES QUESTIONS DE L'HEURE

. . . Est-ce de la supériorité de notre armement que nous pouvons attendre la décision fmale?Non, certainement, car l'avantage de l'industrialisation allemande de la guerre lui permet de fabriquer fusils, canons et munitions, dans une proportion infiniment supérieure à ce qu'il nous est possible de réaliser.

Alors, quoi? Eh bien, il y a les hommes, les Français, les soldats, les poilus, appelez-les comme il conviendra. Ce sont eux dont ia merveilleuse énergie nous a permis de gagner lentement, jour par jour, quelque avantage sur un ennemi dont les fortifications de campagne sont un prodige d'art, de donner confiance, au dehors, dans le succès de nos armes, et de faire passer par avance le frisson de la mort dans les cœurs ennemis.

Ce réservoir de héros invincibles, c'est la cave aux trésors de notre Banque de France militaire, où le plus généreux sang bout de se prodiguer. Ne le gardons pas moins jalousement que l'autre. L'or, le papier le plus sûr, nesontque des moyens de faire. Celui-là fait, car il est, à certaines heures, le torrent qui doit tout emporter. C'est entendu.

Nous avons donné tous les nôtres. Leur sang coule tous les jours et nous n'avons pas de regrets. Prends-les, Patrie, si tu as besoin d'eux! Jette-les, frémissants de jeune courage, dans l'affreuse fournaise s'il faut, pour que tu puisses vivre, qu'ils soient sacrifiés. Nous saignerons avec eux, avec toi, mais aucun lâche tressaillement ne trahira notre blessure, et les mères pleurantes accepteront le destin.

Mais vous, hommes qui vous présentez comme l'expression de la grande idole sacrée, n'oubliez pas que nous avons besoin de ce généreux sang jusqu'au bout, jusqu'au bout. Vous prononcez ce mot aisément en vos péroraisons abondantes. Gela ne suffit pas. Il faut agir le verbe, c'est-à-dire savoir prodiguer et réserver tout à la fois. Parce que nous aurons besoin de la totalité du sacrifice utile, vous seriez criminels de demander un sacrifice vain. L'Allemagne en est déjà à ménager ses effectifs disproportionnés à l'étendue du front que lui imposa sa folie. Le jour n'est pas très loin, peut-être, où nous ferons comme ces prodigues qui en arrivent au point de compter.

Un vilain petit poilu malingre, avec des yeux de feu et une âme d'acier, ne sera pas moins précieux dans nos dernières cohortes que le plus gros canon de notre grosse artillerie. Gardons-les, gardons-les, comme le joyau magique de la parure française, puisque c'est de beauté que notre France doit revivre. La victoire les veut, et la paix de la France ne sera pas moins ardente à les réclamer, puisque c'est la paix de la France de demain que nous faisons de notre vie dans la guerre d'aujourd'hui. Oui, nous aurons sous les yeux un peuple de blessés, avec des moitiés de corps^avec des torsions de membres, des contractions de cicatrices, des demi-mouvements subitementarrôtés, mais nos femmes le voudront ainsi, car la plus belle auréole de grandeur sera sur leur pâle visage, et si les corps sont amoindris, l'àmc sera accrue — la honte éhml pour ceux qui n'aurontpasrépondu,quandonlcurdira: o Où étiez- VOUS ? » Et celles qui les auront soignés, pansés, consola dans leurs linges sanglants, voudront encore les béquiller (huis

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