ES FEMMES
Le Figaro ridiculise l'idée qui se fait jour à Berlin et à Vienne d'une véritable mobilisation des femmes, soit pour augmenter la main-d'œuvre industrielle, soit pour remplacer les hommes dans les travaux où ils peuvent être remplaces. Hélas ! mon cher confrère, nous avons autre chose à considérer que la satire des « revues de fin d'années ». Il est un temps pour rire. Un autre, pour se mesurer inflexiblement avec toutes les réalités de la lutic sans merci. Si l'on veut bien réfléchir au sens profond de ce mot : le service militaire imïversel, c'est-à-dire l'emploi, sans réserve, de toutes les forces nationales au service de îa patrie, on comprendra bien vite que la guerre, ainsi conçue, s'est ainsi ennoblie d'une dignité supérieure aussi bien dans son but que dans ses moyens.
Je me tiendrais pour fou de croire que la présente guerre sera la dernière que les hommes verront. L'étendue du champ de bataille, la valeur toujours croissante des enjeux, non plus seulement pour des chefs de conquête, mais surtout pour les groupements ethniques de « civilisation », sembleraient attester plutôt une redoutable évolution des organismes de violence qu'une décroissance des volontés d'offensive et des efforts de défense à tout prix. Ne nous perdons point en des prophéties toujours faciles, et tenonsnous-en, comme la nécessité nous y invite d'une façon assez pressante, aux sanglantes réalité de l'heure.
La réalité de l'heure est que les quatre plus grands
peuples, du vieux continent civilisateur sont aux prises en une lutte mortelle pour la conquête ou la défense de biens qu'ils estiment au point d'y tout sacrifier. L'Allemagne veut tout dominer — L Allemagne au-dessus de tout — dans l'absence totale d'un scrupule sur la moralitédes moyens. Le Latin, l'Anglais, le Russe (dont l'histoire fut aussi de tentatives plus ou moins heureuses de domination) se sont promis de périr plutôt que de tendre des mains déshonorées à la servitude d'une barbarie où le développement de l'esprit humain n'apparaît plus que comme une puissance organisée de décivilisation.
C'est la plus belle et la plus noble bataille de l'homme, dont les guerres de la Révolution française et de l'Empire n'apparaissent plus aujourd'hui que comme une grande préface mouvementée. Armée pour la conquête du droit, Ja Révolution s'abîma en des entreprises de conquêtes sur lesquelles rien de stable ne se pouvait fonder. Cette fortune nous échoit aujourd'hui que jamais les questions ne furent si bien posées : l'asservissement sous le sabre d'un maître, ou l'indépendance dans la liberté.
1! y a des neutres, proches ou lointains, dont le destin (que je n'envie pas) est de regarder. Peut-être en viendrontils bientôt à découvrir qu'ils ne sont pas moins intéi < que les combattants eux-mêmes à sauver la dignité humaine des brutalités déshonorantes de la sauvagerie. Libérés par nous, ou asservis (sans combat) par Guillaume, ils auront été, ils sont, l'un des enjeux de la tragique partie, tandis que nous donnons notre chair et nos biens, pour nous-mêmes et pour tous. Nous avons trop compté sur quelques-uns d'entre eux. Que chacun garde la pari d'honneur qu'il aura, lui-même, choisie. Nous n'avons pas plus le temps de récriminer que de disputer entre nous sur la ne de l'effort de libération dont le plus beau destin réclame la totalité
Eh oui ! L'effort total de tous, voilà bien, n'est-ce | la contribution intégrale de sang ef d'or qui nous est demandée par la haute foi tune où les longs sacri.fi <