LES FEMMES
pères nous ont élevés. Toits, cela veut dire qu'aucun nedoit manquer. Suffit- il donc que femmes, enfants, vieillards dépérissent de misères, tombent sous les assauts du froid et de la faim, comme ceux qui jonchent les routes de Serbie? Non. Si la destinée veut qu'ils périssent, ils doivent à la patrie, dont l'amour unifie tous les cœurs, à la patrie envers qui il n'y a qu'un devoir intégral, à la mesure des forces de chacun, de ne rien épargner d'eux-mêmes — rien, rien.
Je n'ai pas craint de le dire, il y a longtemps : les vieillards, les enfants auront leur tour. Le sang des hommes coule en un grand fleuve d'espérance qui va féconder l'avenir. Nos blessés souriants ne nous demandent rien que de leur rendre des forces de combat. A leur chevet, mères, femmes, sœurs, filles sont à l'œuvre, réclamant leur part du commun devoir. Est-ce assez? Je dis non, puisque la France ne veut pas moins que la totalité du sacrifice de tous.
Les philosophes sont péniblement arrivés, à travers les broussailles des discusions métaphysiques, à croire, et même à dire, que la dignité de la femme n'est peut-être pas inférieure à celle de l'homme. Sans attendre cette laborieuse démonstration, de modestes créatures ont commencé par prendre, d'elles-mêmes, la place de noblesse à laquelle elles ont prouvé leur droit en l'occupant.
Parce qu'elle fut à la fois d'àme frêle et valeureuse, toute d'idéalisme et de force, Jeanne d'Arc mérita la récompense d'un couronnement supérieur. Hier, miss Edith Cavell, que nous ne permettrons pas aux Allemands d'oublier, a conquis, sans mot dire, une page d'immortalité. Et ces héroïques nurses du paquebot néo-zélandais Mar guette, ou du transport Analia, dans la Manche, qui, voyant leur navire torpillé, refusent de prendre place dans les canots de sauvetage, disant aux hommes qui veulent les embarquer : « Non, à vous la vie d'abord. L'Angleterre a besoin de soldats. » Et les hommes, magnifiquement, acceptent de vivre, et les femmes, au plus haut degré de la grandeur humaine, les regardent partir, reconnaissantes du sacrifice: d'honneur viril, avant de sombrer.
314 LA. FRANGE DEVANT i/ALLEMAGNE
Après un tel exemple, qui ne sera dépassé par aucun, qui donc osera discuter du droit et du devoir du « sexe faible » à développer, pour le salut d'une patrie qui est sienne aussi bien que nôtre, le plein de la force morale et physique qui lui est impartie? Dans une guerre à fon !, où toutes les puissances de lacre'ature humaine sont con damnées à se dépenser sans mesure, il faut prodiguer tout, en regrettant de ne jamais donner assez.
Avec orgueil, nous regardons partir, redressés sous Le sac, de petits soldats imberbes, enivrés d'aller superbement aux grandes choses qu'ils commençaient à peine de rêver. La fierté de l'aïeule, de la mère, de la sœur est pour quelque chose dans la beauté de leur vaillance. Le plus haut de l'émotion humaine les emporte au-delà des communs soucis de la créature, parce qu'ils vont se donner pour le plus magnifique idéal de désintéressement et d'amour. Ils sentent que leur jour est venu. Le grand sommet tente leur jeunesse heureuse, et leur pas saccadé, qui fait retentir la terre comme sous le marteau d'une inflexible volonté, nous annonce qu'ils iront, joyeux, jusqu'aux cimes. Allez, enfants, honneur de votre sang, pure gloire de votre patrie, allez rejoindre pères et frères qui vous font signe qu'il y a des places d'héroïsme à côté d'eux.
La classe de 1916 va se mettre en route pour le front, et voici la classe de 1917 qui sera bientôt appelée. Et vous, les 1918, ne vous semble-t-il pas que l'attente est bien longue? Pour patienter, je vois que beaucoup d'entre vous s'adonnent aux exercices de la préparation militaire. Faites, amis, vous serez plus forts et meilleurs. Q:; soit pas dit que vous fûtes au-dessous des aînés. Part' d'une formation virile moins achevée, accepteriez-vous donc qu'on vous mît au second rang? L'éclair de vos\.u\ m'annonce que vous vous demande/ si ces! pour
. du premier. Prenez donc votre juste rang. ParTous, comme par tous, la France sera sauvée, et les plus grands aï'-iix souriront d'être «--aies par des enfants.
Alors, qui donc voudra discuter du droit et du devoir