‹ La France devant l'AllemagneChapitre 16 sur 133 · DES DEUX COTES · texte numérisé non relu

DES DEUX COTES

... Bismarck nous a trouvés un jour à sa merci, comme il avait eu Vienne précédemment, et la mauvaise pensée lui est venue, pour nous rendre à jamais incapables d'un retour de puissance, de nous blesser, de nous mutiler irréparablement. De l'Autriche, épargnée, il se fît, de bon ou de mauvais gré, une amie. Quant à la France, sa pensée fut de l'écarter à jamais de toute rivalité possible en la laissant pantelante sur le champ de bataille, démembrée, ruinée, saignée à blanc, incapable, semblait-il, de rappeler une force de vie. Et cela est si vrai qu'à cinq ans de là, ayant cru reconnaître, à nos premiers gestes de redressement, que nous pourrions nous retrouver debout quelque jour, il fallut ce qui restait d'Europe pour l'empêcher de se jeter sur nous et de nous achever. Enfin, le pis fut que toute l'Allemagne, follement enivrée de sa victoire, fit siens les sentiments de Bismarck, croyant qu'il suffisait d'imposer silence aux appels de la génération la plus vulgaire pour s'emparer de l'empire du monde.

Voilà ce que nous expions les uns et les autres aujourd'hui. Car lorsqu'un homme, ou un peuple, a jeté le masque ainsi, et laissé voir jusqu'au fond de son âme des sentiments qu'il ne peut avouer sans rougir, comment pardonner à autrui les blessures de conscience dont il n'ose accepter ouvertement la responsabilité ? En finir, en finir, c'est l'obsession de sa pensée. En quelque forme que l'aveu lui en échappe, l'Allemagne n'a qu'une pensée : en finir avec nous, c'est-à-dire nous réduire à un tel état d'abaissement qu'elle puisse, selon les confidences de Pyrrhus à Cinéas, procéder auxconquêtes nouvelles qui lui donneront l'hégémonie européenne, en attendant l'autre.

... Pendant ce temps, que faisons-nous, je vous prie? Le parti républicain, sans chef, sans discipline, sans méthode, sans résolution, sans volonté, sans gouvernement,

s'énerve, s'éparpille en minuscules organismes d'impuissance pour tenter d'instituer le règne des minorités, et livrer le pouvoir à ses adversaires.

Et lorsque l'Allemagne, dans sa cynique candeur, clame de tous côtés que ses voisins lui font offense en se préparant à résister aux agressions que ses surarmements dénoncent, quand il se fait à nos frontières un rassemblement de soldats tel que le monde n'en vit jamais, savez-vous ce que fait la majorité républicaine ? Elle discute sur des jours et des semaines pour faire cadrer la victoire avec le moins de dérangement possible pour les Français.

L'Homme Libre, 44 juin 4913.

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