‹ La France devant l'AllemagneChapitre 17 sur 133 · AUX VOIX · texte numérisé non relu

AUX VOIX

Sur le fond du débat (1) la discussion est épuisée. Ne suffit-il pas de constater qu'au cours de ces deux dernières années, l'Allemagne a fait, pour le relèvement de ses effectifs, un effort égal à celui qu'un dessein méthodique lui avait permis d'accomplir de 1873 à 1910, c'est-àdire en trente-sept ans d'accroissements ininterrompus? 870.000 hommes au compte de l'armée active en Allemagne, mieux instruits, mieux pourvus, mieux organisés que les nôtres, 480.000 hommes au compte de la France: cela n'en dit-il pas assez ?

Sur la manière de parer à ce déficit, dans la mesure du possible, on peut discutera l'infini: la Chambre ne s'en est pas fait faute. Il est temps toutefois d'aboutir, et le plus tôt qu"il se pourra, sous peine de n'être plus qu'un peuple de discuteurs.

L'objection radicale est de nous dire que notre natalité décroissante nous condamne à une infériorité dont nous devons prendre notre parti. C'est ce que je me refuse absoume nt à a ccepter. Si notre mouvement ascensionnel a flé-

(1) Le débat de la Chambre sur le service de Trois ans (Note des Editeurs).

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chi, le devoir, envers elle-même, de la France subsistante est de faire un effort supérieur de rétablissement : non de se voiler la face et de s'abandonner.

Sans doute personne ne songe à nous proposer de ne pas nous défendre. Mais la question n'est pas de savoir si nous nous défendrons. Abandonnés, trahis, sans ressources, foulés aux pieds, nous avons prouvé que nous pouvions faire une assez belle défense. Notre défaite, alors, eut des explications, des excuses. Elle n'en aurait plus aujourd'hui. Car ce n'est pas assez de bien combattre pour les glorifications de l'histoire. Il s'agit pour nous, maintenant, de repousser l'envahisseur, de le refouler au delà de nos frontières, et cela, sous peine de nous voir mis en lambeaux, asservis, réduits à l'état de chose morte, livrés, dans nos dernières convulsions d'agonie, à l'ironique compassion du vainqueur — plus cruelle que sa barbarie.

Quand cet implacable dilemme se dresse devant un peuple, s'il n'est pas capable d'un sursaut qui rassemble toutes ses forces, sans en rien épargner, dans un élan suprême, pour garder le droit à la vie, c'est que sa fin est écrite au livre des destinées. Aussi, ceux de nos amis, qui, dans l'excellente intention d alléger autant que possible les charges du pays, s'évertuent à reprendre du service de trois ans, mois par mois, homme par homme, tout ce que l'ingéniosité de leurs calculs leur permet d'en distraire, vont-ils directement, à mon avis, à l'encontre du résultat cherché.

Pour atteindre le but, il faut être capable de le dépasser . N'est-ce pas le principe fondamental dans la gymnastique d'hygiène comme dans celle du soldat? Et n'y a-t-il pas, tout aussi bien, une gymnastique physique et morale d'un peuple pour lui permettre d'affronter, en bonne préparation de cœur et de corps, tant le prévu, dont il peut calculer les éléments, que les surprises inévitable de l'imprévu ?

L'Homme Libre, 29 juin 1913.

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