‹ La France devant l'AllemagneChapitre 18 sur 133 · APOLOGIE · texte numérisé non relu

APOLOGIE

. . . Nous avons l'élan que rien n'arrête, la foi dans la patrie, le courage, la fermeté, notre soldat est le meilleur : il nous faut la préparation, et sur ce point nos adversaires éventuels nous sont incomparablement supérieurs. Eh bien ! la préparation ne nous viendra que d'un gouvernement, et d'un gouvernement de volonté.

. . . Ceux qui, voyant le mal, s'y résignent ou s'en font les complices, sont les ouvriers d'une œuvre mauvaise etje les combattrai de toute la force qui m'est laissée. Les questions de personne ne me sont rien. Je ne demande rien à la République que la liberté de dire ma pensée, toute ma pensée. Et je continuerai de la dire dans l'intérêt de mon pays. Je sais que je suis démodé. Je m'en fais gloire, car je n'ai besoin ni de critique ni de louange pour aller tout droit mon chemin . Ce malheureux pays, troublé, dissocié par les tristes parlementaires que le pou voir attire éperdument et terrifie ton î à la fois, faute de volonté, a besoin que tous ceux de ses fils dont le cœur est resté h au t osent d ire . pour é vei 1 1er des énergies parfois dormantes, ce que trop de faibles consciences s'obstinent à cacher. Le rôle est assez beau pour que tout bon Français puisse s'en contenter.

L'Il . 13.

L'AFFAIRE i ERNE

Je ne sais pas pourquoi l'on a fait tant de bruit sur l'adairede Saverne. Pour tous ceux qui connaissent la domination germanique, qu'est-ce donc qui peut étonner ?

L'affaire futalsacienne avant de devenir allemande. ( le premier point à considérer.

L'Allemagne nous a pris l'Alsace-Lorraine cinq

l'affaire de saverne 65

milliards pour frais de premier établissement, et le premier mot d'ordre fut qu'il fallait germaniser la conquête par tous les moyens. Plus tôt dit que fait. Immigration et politique, tels furent les deux procédés qui semblèrent les plus sûrs pour inculquer aux têtes franques l'amour de la Germanie. De la terre borusse et de ses annexes accourut une foule famélique tirée par l'appât des faveurs qui, par l'aide de l'administration et de l'armée, ne pouvaientmanquerdes'ofTrir.

Professeurs, administrateurs et soldats se présentèrent d'abord: les uns, chargés de dire, et les autres de faire, selon la bonne méthode allemande. Sous leur aile, arriva bientôt l'afflux des immigrants chargés de jouer le rôle de ces éléphants apprivoisés que; dans l'Inde, on envoie parmi leurs congénères de l'état sauvage pour les amener tout doucement dans l'enclos garni de solides piquets. Pourvue de gloire et de bon appétit, cette bande, aussi bien disciplinée dans le civil que dans le militaire, s'installa chez autrui, disant : « Je suis chez moi. » Ceux qui étaient véritablement chez eux regardèrent, écoutèrent et ne comprirent pas qu'ils fussent devenus la propriété de l'étranger. Malentendu muet, mais profond, qui devait avoir, qui a eu et aura des conséquences.

Sous l'Empire, quand je rendais visite à mes amis d'Alsace, j'étais naïvement étonné des propos qui, dans le public comme dans le particulier, ne cessaient de manifester la réprobation de l'Allemand. C'est qu'on se connaissait déjà d'une rive du Rhin à l'autre. Il n'en fallait pas davantage pour expliquer les sentiments de l'une et l'autre partie — <que la conquête eut bientôt fait de porter à l'exaspération.

Ici, pour être juste, je dois faire, entre la classe cultivée de l'immigration et les simples occupants plus ou moins directement placés sous la tutelle administrative, une distinction. S'est-on savamment distribué les rôles ou faut-il croire à l'effet apaisant de toute culture ? la vérité m'oblige à constater que les procédés ne se ressemblent pas. l/un apporte la force brutale dans sa plus pure simplicité et l'autre fait effort pour la masquer de persuasion. Quelle

surprise pour les deux camarades que des méthodes contraires les conduisent à l'analogie des résultats !

L'Allemand eut beau dire à l'Alsacien : « Nous sommes chez nous », il resta deux populations juxtaposées. « Vindigcne » et « Y immigrant », c'est tout dire. L'âme alsacienne est douce, mais terriblement obstinée. Il y a quelque chose de tragi-comique dans la déposition de ces témoins qui se présentèrent, l'autre jour, à la barre du tribunal de Strasbourg, commençant par ces mots : « Moi je suis Allemand. » Oh ! oh ! Et les autres, de quelle nationalité relèvent-ils donc? Quel aveu, dans la nécessité de cette distinction \

Pourtant, les agents de douceur ne s'épargnent pas plus que les agents de brutalité. Au gouvernement supérieur de l'Alsace siège un homme qui, sous la surveillance d'un brutal, exerce, au profit de la germanisation, les plus beaux dons d'aménité. Et ce qui doit délecter, dans ses profondeurs, l'aimable ironie du sentiment alsacien, c'est que brutaux et doux, également impuissants à conquérir les âmes, en arrivent à se reprocher mutuellement leur méthode, à s'accuser réciproquement de la commune défaite, et à se combattre les uns les autres au risque de provoquer chez « l'indigène » ce sourire que ne pouvaient supporter le lieutenant Schadt, à moitié ivre* quand il arrêtait les passants, ni l'immortel von Forstner lorsqu'il était obligé ée se faire accompagner par quatre hommes, baïonnette au canon, pour aller acheter une tablette de chocolat.

Oui, toute cette histoire de Saverne, c'est la guerre de deux méthodes pour un identique résultat. Et combien

instructive !

L'Homme Libre, 42 janvier 19li.

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