DISCOURS PRONONCE A L'INAUGURATION DU MONUMENT SCHEURER-KESTNER
— fl février 1908 —
... Scheurer-Kestner fut de toutes les batailles contre le régime impérial. En combattant pour la République, il luttait manifestement pour la patrie elle-même, puisque la France eût été sauvée de Sedan par la chute anticipée du pouvoir absolu.
... C'était !.e temps des jeunes enthousiasmes. En nos cœurs se levait l'espérance radieuse des grands jours qui par nous devaient renaître. Par nous, la France, redevenue la patrie des droits de l'homme, allait retrouver, aux applaudissements des peuples fraternels, la grandeur morale des anciens jours.
Aux invocations ingénues de ce beau rêve, ce fut la guerre qui répondit. La guerre et l'écrasante défaite, la guerre et le démembrement.
Dès le lendemain de Sedan, Scheurer-Kestner était aux cotés de Gambetta, et jusqu'à la chute de Paris il consacra toutes ses forces au développement de la fabrication des munitions de guerre.
rmistice conclu, l'Alsace, en sa suprême manifestation
de vie française, élut Seheurer-Kestner pour l'un de ses représentants à l'Assemblée nationale. Je le revis à Bordeaux quand sonna l'heure aiTreuse du grand déchirement. Français d'Alsace, il tenait par toutes les libres de son être à cette terre aimée où se heurtent tïux d'Orient et reflux d'Occident, avec des fortunes changeantes. Il sentit donc avec un particulier raiiinement de douleur l'atroce misère de la mutilation. Il ne pouvait se détacher de la France...
A quelques mois de là, je le retrouvais à Thann frappé en plein cœur, mais toujours doucement stoïque et confiant dans l'avenir. Nous évoquions le souvenir de la paisible vie d'Alsace aux anciens jours, quand, le soir, j'accompagnais la famille, dans le silence de la neige, aux répétitions des sociétés chorales, dans ce pays traditionnel de l'art du chant. Là, ouvriers et patrons, amicalement réunis, échangeaient leurs sensations d'art, confondaient sentiments et pensées dans l'amour de la commune patrie.
D'autres temps élaient venus. Je fis avec Seheurer-Kestner le dur pèlerinage do Belfort, de Strasbourg, ravagés par l'ouragan de fer et de feu. En proie à quels sentiments ? Interrogez vos cœurs.
Et pourtant, sur ces ruines fumantes, Seheurer-Kestner disait bien haut son invincible espoir en l'avenir. Il voyait la France retrouvant, multipliant ses forces dans une paix de travail, dans le patient effort de chaque heure, obstinément tendue vers la réparation des maux, de tou
., par l'organisation, par le développement mocratie de justice et de fraternité.
... Messieurs, je n'ai pascraintd'évoquer la mémoire de
:lant. Soucieux de la responsabilité qui s'attache à ma l'onction (1), j'ai pu parler sans contrainte d'événements qui sont entrés dans l'histoire et proclamer des