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timenls que nous ne pourrions répudier, ni môme dissimuler, sans nous avilir. Quand nous rendons hommage à un noble Alsacien qui a honoré la France, quels hommes serions-nous si nous étions capables d'ignorer l'Alsace de l'histoire? Gela, nul n'a le droit de nous le demander.
Sans doute, on a dit que le silence, en un tel cas, reste la meilleure sauvegarde d'une ombrageuse dignité. 11 me semble plutôt que notre dignité ne serait vraiment atteinte que si l'on nous voyait bâillonnés de nos propres mains, quand nous pouvons, sans crainte d'une interprétation malveillante, donner libre cours aux sentiments que cette journée nous suggère.
Tous les peuples ont connu, tour à tour, l'orgueil des victoires et l'humiliation des défaites, et, dans le malheur, plus encore que dans les triomphes, s'est créé, par le rapprochement, par la fusion des âmes, le meilleur peut-être de la commune patrie. Si le péril de la victoire est dans la tentation d'abuser, c'est dans la résistance aux coups delà fortune que se trempent les courages, que se bandent les ressorts de la vie. A chacun de se maintenir dans l'intégralité de ses énergies, pour la grande lutte de prééminence morale où forts et faibles d'un jour trouveront ample matière au développement de leurs plus hautes facultés.
En ce noble concours, dont la condition première est lo paix, nous apportons les bonnes volontés d'un peuple et d'un gouvernement soucieux de mener à bien une entreprise ardue: rétablissement d'une démocratie organisée. Tous, pour cette œuvre immense, qui exige la plus difficile concentration d'énergies méthodiques, ont le même besoin de paix. Et parce qu'ils sont au plus fort du labeur, les gouvernements démocratiques se trouvent nécessairement moins enclins que tous autres aux coups d'aventure d'où la guerre pourrait sortir.
On s'accorde à reconnaître que la politique française est exempte de menaces et de provocations. C'est qu'elle s'appuie sur le fondement solide d'une juste réciprocité. Gomme
nous réclamons le respect des traités à notre égard, nous entendons donnernous-mêmes l'exemple d'observer loyalement les stipulations qui nous engagent.
Nous avons reçu la France au sortir d'une effroyable épreuve. Pour la refaire dans sa légitime puissance d'expansion, comme dans sa dignité de haute personne morale, nous n'avons besoin ni de haïr ni de mentir : pas môme de récriminer. Nos regards vont à l'avenir. Fils d'une grande histoire, jaloux des belles impulsions natives où se forma la vertu civilisatrice de la France, nous pouvons regarder dans la quiétude de notre âme les descendants des fortes races qui se sont mesurées, depuis des siècles, avec les hommes de notre terre, sur des champs de bataille dont on ne peut faire le compte. Deux grands peuples rivaux, pour l'honneur même de leur rivalité, ont le môme intérêt à garderie respect l'un de l'autre.
Quelle diminution dans notre propre estime, comme dans celle d'autrui, si nous n'osions donner libre cours aux sentiments qui font irruption en nos cœurs, quand nous nous heurtons, devant celte pierre, aux souvenirs d'une glorieuse histoire de deux cents ans, où nos pères ont inscrit l'immortelle épopée de la Révolution française ! Deux cents ans de vie commune au point culminant de la civilisation ont autrement fondu mœurs, sentiments, pensées, tout ce qui détermine un solide amalgame d'humanité, qu'aux où l'esprit moderne était à peine en voie de formation. Nous avons reçu. Nous avons donné. Communes furent les joies e| les douleurs, communes les gloires et les misères d'oùle magnifique mouvement de la civilisation moderne a surgi.
L'héroïque effort de la grande libération humanité caractérisa si remarquablement l'esprit français, e( l'épique chevauchée de guerre, qui en fut Je contre-coup, ont magnifiquement forgé dans l'enthousiasme et dans le sang toutes ces âmes enfîévi <
En tous les domaines de noire activité nationale, l'Alsace et la Lorraine avaient conquis une place éminente. Dans la guerre surtout, carde tout temps Les hommes des marches
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furent prompts aux combats. L'Alsace enfanta jusqu'à des marins, comme l'atteste encore la statue de l'amiral Bruat sur la place publique de Colmar. Metz nous a donné Fabert. aussi grand soldat que grand citoyen. Sous le marbre de Pigalle, Strasbourg a gardé le vainqueur de Fontenoy, le plus remarquable exemple de naturalisation française spontanée.
Mais aux guerres de la République et de FEmpire où s'affirma la France moderne et une incomparable suite de faits d'armes, il était réservé de nous offrir une rare floraison de guerriers d'Alsace et de Lorraine. Beaucoup de premier rang, dont les noms sont inscrits sur l'Arc de triomphe. Quarante généraux, tout un peuple aux champs de bataille !
Grands cœurs, qui, de leur sang, nous ont fait la patrie l
Que ne puis-je les citer tous?
Kellermann (de Strasbourg) en mourant veut que son cœur soit déposé sous l'obélisque de Valmy, avec cette inscription : « Ici sont morts les braves qui ont sauvé la France au W septembre 1792. »
Weslermann (de Molsheim), traduit avec Danton devant le tribunal révolutionnaire, s'écrie : « Attendez au moins, pour m'envoyer à Vèchafaud, que mes sept blessures, reçues toutes par devant, soient cicatrisées. »
lhler (de Thann) fait l'admiration de ses chefs à l'attaque des lignes de Wissembourg : glorieux ancêtre du jeune capitaine récemment mort à l'ennemi sous le drapeau français.
Boucholte (de Metz), ministre de la guerre, seconde puissamment le comité de salut public dans l'organisation des armées.
Lefebvre (de Roufîach) décide de la victoire à Fleurus.
Kléber, héros de l'antiquité, dort à Strasbourg sur la place d'Armes avec Tordre de suprême audace qui allait forcer la victoire.
Le fils de Kellermann (de Metz) s'illustre par la ch
trengo.
Wagrara voit tomber Lasalle (de Metz) à trente-quatre ans, chargé de gloire.
é (de Rohrbach) sauve l'armée à la Bérésina. Ney, enfin, Ney (de Sarreîouis), laissé Français en 1814 par la délimitation de la nouvelle frontière, se trouva rejeté du côté allemand par les traités de 1815. Si bien que lorsqu'il comparaît devant la Chambre des pairs, son défenseur, Dupin, sans l'avoir consulté, peut arguer que la nationalité changée l'arrache à la juridiction de la Haute Cour. l'homme delaMoskovva, tremblant d'émotion, se lève et d'un cri : « Non^ messieurs, je suis Français/ Je demande en Français. » D'ici, nous pouvons voir sa statue, sœur de celle que Melz a gardée.
... Avec eux, que Scheurer-Kestner soit donc glorifié à son tour ! Il n'est pas tombé sur le champ de bataille dans un de ses élans d'héroïsme qui, par le plei fïce de soi
pour un précieux patrimoine d'idées, demeureront l'honneur d'une élite glorieuse. Héros du coura;. c'est hors l'excitation des combats meurtriers, dans le silence angoiss nt des amitiés qui se dérobent et des inimitiés qui sent, sans regret, sans une plainte, pour le droit, pour iajusiie, pour le bon renom de la Fiance, qu'il a "iitte à goutte tout le sang d'une belle \
du lion française avait ^ravé sur la pierre la envers ses bon is la belle tradition. Aux murs du Panthéon, parmi tant de noms glorieux d'Aise uscrivons, en tière gratitude, le