‹ La France devant l'AllemagneChapitre 29 sur 133 · CHOSES DE FRANCE · texte numérisé non relu

CHOSES DE FRANCE

do grands carrefours de rencontre entre les humains, et dès que les humains s'abordent, le même fer se retourne pour les décimer. Développement, sans limite connue, de l'œuvre de vie et de mort, quand de toutes ces découvertes, si justement célébrées comme le triomphe de l'espèce humaine sur la nature hostile, l'homme lui-même tire des prodiges de puissance meurtrière pour arrêter le cours de l'œuvre où il met sa fierté.

Fatale ou non, le peuple allemand accepte la dure loi sans faiblir. Toute la science, toute la méthode patiemment conduite, toute la volonté, toute l'action, ce n'est pas trop pour lui. Deutschland ûber Ailes. 11 ne cache point son dessein. Au temps passé, le déveleppement de l'esprit impliquait, pensait-on, la nécessité de rabaisser au second rang le souci des ressorts de la charpente humaine. Le soldat, c'était le doryphore de Polyclète ; le savant, l'Erasme émacié de Bâle en qui Holbein a concentré tout ce qu'un regard peut contenir de pensée. Maintenant, toute la vie de l'âme et du corps est requise pour un effort d'humanité totale, comme l'histoire n'en a jamais rencontré. L'intelligence et le muscle, il faut le maximum de rendement pour l'action. Et qui se sent capable d'apporter tout de lui-même, paix ou guerre, dans la grande œuvre, est le maître de la planète offerte à son activité de domination. Tous les jours, c'est l'hymne de conquête qu'entonne la presse allemande, et les enfants des écoles, et les jeunes hommes des Universités, et leurs vieux professeurs, et les douces jeunes filles qui viennent jusqu'à Paris me prêcher, à moi-même, la vertu, la beauté de la guerre allemande, font chorus à l'armée frémissante dans ses remparts d'acier.

Quelles forces pourront soutenir la lutte?

... A mesure que notre pays se dépeuple, l'envahisseur allemand, dans la paix, prépare les voies à l'autre. Victoire sûre, pense le conquérant, sans l'inquiétante vision du pullulement slave débordant sur la Germanie Mais quoi !

Ne faut-il pas, pour la menace réalise'e, que France et Russie opposent à 1 agression totale la totale résistance de tout ce qu'elles peuvent fournir de force matérielle et de puissance morale en même temps? La France a «les élans, des ardeurs passagères, des enthousiames suivis de renoncements. Si elle tient bon dans sa volonté de se reprendre et de se refaire pour la continuité de sa noble histoire, il n'est point d'offensive d'outre-Rhin contre laquelle elle ne soit assurée de se maintenir. Sinon...

Mais il ne lui est pas permis d'épargner rien d'ellemême. Rien. Et tout ce haïssable tapage sur le service de trois ans, qu'en pouvons-nous faire, si nous ne contenons pas que notre armée elle-même n'est qu'un" des parties de la totale dépense de nous-mêmes, demandée par un long cortège d'aïeux qui firent la France de l'histoire et nous somment de la continuer.

VHomme Libre, 46 juin 191 i.

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