‹ La France devant l'AllemagneChapitre 30 sur 133 · TRIOMPHER OU PÉRIR · texte numérisé non relu

TRIOMPHER OU PÉRIR

... En tous pays, l'immense effort des masses populaires vers la possession du savoir, est la caractéristique la plus remarquable de notre temps. Il ne me parait pas dm que le développement de vie, en chaque peuple, aus-i bien au dedans qu'au dehors, en sera profondément chang le livre pouvait faire l'homme, il Buffirail des écoles pour assurer cette « révolution», mais il y faut ajouter l'œuvre de l'expérience, et, par conséquent, du temps, .le oc suis point de ceux qui se risquent à tracer — même assez \ meut — les maîtresses ligues de notre félicité à venir Mon rôle est simplement, pour l'heure, d'avertir nos idéol< que les grandes luîtes historiques dont les prophètes de La Haye annoncent hâtivement la fin, pourront eiicm porter, dans l'évolution démocratique de l'Europe, d'effroyables accidents. Qu'on veuille bien Bongi

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eux catastrophes dont se plaît à nous menacer chaque jour l'aimable presse allemande, appuyée sur une formidable organisation militaire dont elle attend tout autre chose que des développements de justice et de liberté.

Ce qu il arrivera de ces menaces, nul ne saurait le dire. Mais il serait contraire à toute prudence de n'en pas tenir compte, en se laissant aller au rêve d'un brusque retour, sans cause déterminée, aux sentiments de fraternité humanitaire. Il suffit de la plus médiocre dose de bon sens pour comprendre que la progression, toujours plus intense, des armements ne peut conduire à autre chose .qu'à la mise en action d'engins qui ne sont pas accumulés et perfectionnés chaque jour en vue d'une embrassade à la mode de Berne, dans le silence d'une équivoque voulue.

Désarmement simultané? Qui donc, dans le monde des gouvernants, pourrait, si la proposition en était faite, l'aborder même avec une apparente gravité? Maintien du statu quo? L'Angleterre, dans le domaine naval, a essayé d'une conversation, à ce sujet, avec l'Allemagne. Les deux interlocuteurs sont sortis de l'entrevue en plus vive défiance que jamais. Alors, quoi ? Désarmement d'un seul ? Celui qui risquerait ce jeu, pour obéir aux suggestions d'un fou, recueillerait, tout au plus, la satisfaction de plier sous 1 asservissement, sans avoir essayé de sauver son indépendance. Je ne crois pas que cela soit pour nous tenter.

Alors, quelle autre issue que de préparer tout pour se défendre ? L'évidence est si forte, à cet égard, q ue l'universalité des Français, ô prodige ! se trouve inévitablement conduite à la fatalité de l'accord. En revanche, pour ce qui est des moyens, la libre fantaisie de chacun a bientôt fait de recouvrer ses droits. L'athlète qui veut remporter le prix ne ménage rien de lui-même. C'est un prix aussi, un prix supérieur, l'indépendance, la dignité d'un peuple, hors de quoi la vie de l'individu, comme de la nation, ne peut plus avoir qu'une valeur de honte dans un développement d'abjection. Pourquoi une nation qui veut vivre chercheraitelle, d'abord, à épargner le plus possible des ressources dont

elledispose, quand l'enjeuducombatn'estriendemoinsque sa propre existence ? Les conseillers ne manquent pas pour la détourner de la peine d'un trop complet effort, et les oreilles s'emplissent de suggestions favorables à la politique d'une moindre dépense de soi, appuyée des raisonnements fallacieux qui ont conduit les peuples fatigués d'une trop belle histoire au suprême repos dans le linceul des souvenirs.

L'histoire d'Athènes n'est inférieure à nulle autre. Quel subit effondrement, après le grand éclat de Périclès qui contribua si puissamment, de ses propres mains, à préparer l'irréparable déchéance ! Philippe, Alexandre arrivèrent. On refusait de se rendre aux appels de Démosthène qu'attendait le poisonàCalaurie. L'Angleterre a britannisé d'immenses continents, comme la mer elle-même qui les entoure. Que lui sert-il, si devant la puissance militaire, qui peut demain la réduire à merci, elle ne sait plus que se bercer des éternels sophismes de l'homme qui met la douceur du repos avant la peine de s'efforcer?

Pour nous, démembrés d'hier, qui voyons douloureusement une longue ligne de frontière allemande en plein territoire d'histoire française, il nous est vraiment impossible de fermer les yeux, et d'envisager, comme la Grande-Bretagne, les chances d'un splendide isolement géographique dont le flot d'hégémonie germanique viendrait battre murs. Non, l'illusion de ce rôve ne nous est pas permise. Nous tenons encore par trop de liens au cœur de la vieille Europe pour que nous puissions nous désintérc<>er d'elle et pour qu'elle puisse, dans l'avenir môme qu'elle redoute, se détacher de nous.

Point de journée qui ne nous apporte la nouvel I quelque achèvement dans le nombiv et la qualité des engins de tuerie. Chaque jour, un effort nouveau vient compléter l'effort de la veille en vue d'une meilleure exécution de plans d'agression dont on ne faitplus mystère. D'où nous ne pouvons plus discuter de la nécessité de nous défendre. Une seule inquiétude à cet égard, chez trop de gens, c'est

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