RELATIVE AU MAROC
— 10 février 1912 —
. . . Quelle est la question qui se pose? Pour moi, c'est cellede savoir si le traité du 4 novembre est un instrument de paix, et un instrument de paix durable; si oui, je suis disposé à faire fléchir certaines critiques. Si l'on m'apporte la preuve qu'en dépit de négociations très fâcheuses, les clauses nous en assurent une vie normale, durable, possible, entre les deux nations française et allemande, peutêtre mon opposition sera-t-elie disposée à faire les concessions que vous demandez.
Seulement, messieurs, il va une chose dont personne ne parle et qui est le fond même du débat. Ce traité qu'on nous dit être une affaire, n'est pas une affaire entre deux trafiquants qui cherchent à se voler l'un l'autre et à se réserver un gain plus ou moins bien acquis. Non, les deux partis contractantes sont deux peuples, deux gouvernements, deux nations, elles ont derrière elles une longue histoire, qui les met en mouvement, qui les pousse, qui les engage dans des voies déterminées par la fatalité historique et qui les oblige, en vertu de la mentalité que l'histoire leur a faite, k agir dans un sens déterminé. (Très bien! très bien!,
Voilà une vérité qu'il faut comprendre.
M. le ministre de la guerre, récemment, quand il n'était que député, disait: « Le traité sera ce que nous le ferons. » Je lui demande la permission de lui dire, comme Tavaitiait déjà le président du Conseil: il faut être deux pour une pareille œuvre.
Nous ferons, je le crois, tous nos efforts pour donner de nouvel les preuves de notre bonne volonté — nous en avons donné déjà assez depuis, quarante ans — pour que les conséquences de ce traité se développent dans des conditions «le dignité honorables pour les deux peuples; mais il faut savoir où en est l'autre partie, quelles sont ses intentions, «e qu'elle pense, ce qu'elle dit, ce qu'elle se propose de taire et quelles marques de bonne volonté elle a données. Voilà la question qu'il faut avoir le courage de se poser.
Cette question, messieurs, je l'aborde, et je l'aborde à mes risques et périls, sans d'ailleurs être autrement inquiet de ce que je vais dire, parce qu'il n'y a point de sentiment mauvais dans mon cœur, pas de haine, pour employer le mot propre, à l'égard du peuple allemand. Je ne veux point de provocation ; autant je suis fermement résolu à ne rien faire pour perdre une partie, si minime qu'elle soit, de nos chances si nous devons être attaqués, autant je trouve, que la paix non seulement est désirable, mais est nécessaire pour le développement des idées françaises dans le domaine de la civilisation. (Très die?} ! très bien!)
Le peuple allemand, en 1866 et en 1870, a remporté grandes victoires qui ont changé l'équilibre ou, pour appeler les choses par leur nom, le déséquilibre européen.
A travers l'épopée napoléonienne, je ne saurai dire si nous avons été «les vainqueurs très accommodants; nous avons notre manière latine, nous aimons le panache, le verbalisme de gloire, mais, au fond, nous ne sommes pas de mauvaises gens : je n'en veux pour preuve que la façon dont d ddats ont été accueillis dans les capitales «le l'Europe qu'il s ont trav< rsées. [Très bien ! 1res bienf)
11 me revient à ce propos un mot deM.de Bismarck, qui connu, qui n'a pas été publié, et que j'ai recueilli de la bouche de M. JulesFavre, au jour affreux où il revenait de traiter, à Versailles, avec M. de Bismarck, de la reddition de Paris.
Nous et ions convaincus, nous avions la preuve que, si l'ennemi avait prétendu occuper Paris, la capitale de la France