‹ La France devant l'AllemagneChapitre 33 sur 133 · NI DÉFENDUS, NI GOUVERNES · texte numérisé non relu

NI DÉFENDUS, NI GOUVERNES

A l'heure matinaieoù j'écris ces lignes, les petits troupiers sont en mai che vers Longc^amp où les entraîne l'accent joyeux du clairon ; une foule en liesse les suit ou les précède, qui, tout à l'heurejes saluera de ses acclamations dans sa joie delà patrie vivante en force de volonté, le canon tonnera, président de la République et ministre de la guerre, attentifs et raidis, parcourront les rangs, saluant le drapeau qui s inclinera devant l'image, plus ou moins fidèle, du pouvoir souverain, et, d'un pas bien scan lé, qui fa i l un seul organisme de vie d une troupe d'humanité en marche vers quelque chose de plu- qu'humain, les fantassins, alertes, qui fixent le sort des combats, les caval ers retentissants, en torrent de métal, les noirs artilleurs, suivis de leurs serpents d'acier, défileront, têie haute, abaissant de glorieux étendards devant V homme-drapeau ; et voici qu'une monstrueuse charge accourt de l'horizon, apposant le souvenir, cruel ou joyeux, mais toujours lier, de l'action suprême des grandes journées, soudain arrêtée court, dans l'attente de l'ordre qui peut l'envoyer à la frontière pour dire à l ennemi : Nous voilà!

Spectacle de sublime gr ndeur pour qui y cherche l'achèvement national d'uue force de noblesse au service de l'idée. L'idée, c'est la patrie, dont la figure se dressa dans sa puissance de vivre pour des fins de beauté, tandis que passe dans l'air l'héroïque guerrière de Rude qui appelle les hommes à mourir, afin que d'autres puissent vivre

dans le glorieux enchaînement de ceux qui ont été et de ceux qui seront. Mais, lorsqu'on s'est enivré de ce rêve vertigineux de la force, maîtresse du monde, domptant, pour faire triompher le di oit, toutes les résistances de sauvage brutalité, l'heure vient de réfléchir et de se demander au prix de quels efforts, de quels sacrifices de tous les jours, cette conjonction de la force et du droit, que la vieille barbarie proclame chimérique, peut entrer dans l 'ordre des réalités vécues, par le concours des énergies civilisées.

Première loi des peuples : il faut défendre l'héritage de l'histoire, et, pour cela, constituer une force qui impose d'utiles réflexions à l'envahisseur d'hier, que la fatalité pousse aux recommencements de demain — une force capable d opposer une résistance invincible à toule agression du dehors. Nous sommes des vaincus, des vaincus qui voulons vivre, non dans l'abdication d'un asservissement au vainqueur, mais dans l'honneur d une indépendance de pensée et d'action dont nos aïeux firent l'histoire de France. C'est sur la force efficace de la nation armée que se fonde l'espoir précurseur de notre volonté. Si nous sommes incapables deréaliser cette organisation d'énergie* protectrice de toute valeur de vie, alors, de ce que nous pouvons en dire, ou faire, tout n'est qu'apparence, tout n'est que vanité. La pairie demande des hommes: nous ne lui aurions donné que des parleurs.

Quoi ! nous applaudissons aux musiques guerrières de Longchamp, nous nous découvrons, recueillis, lorsque éclate la Marseillais?, et nous ne nous demanderions de quelle énorme collaboration de tout instant surgi! celte totale armée française, dont nous venons de saluer, au ige, quelques bataillons. Au champ, à l'atel er, dans la rue même, comme dans le salon le plus raffiné, nous allons prendre tous ces hommes, unis par des |u ils

répètent sans les comprendre toujours, si souvent 3éparés golsmeen fureur. Et voici qu'à travers toutes ces diversités, toutes ces contradictions, nous ar-

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