‹ La France devant l'AllemagneChapitre 42 sur 133 · DE L'AUTRE COTE · texte numérisé non relu

DE L'AUTRE COTE

. . . C'est un grand jour qui se lève, un des plus grands qui puissent ennoblir l'humanité, car on va voir ce que peut la force de la conscience humaine contre ceux qui se font gloire de l'outrager. C'est le plus sensible progrès des sociétés humaines que le droit des hommes et des peuples commence d'attirer le fer pour se défendre, contrairement aux spectacles du passé. Alors, la force des armes va s'opposer à la force des armes, mais d'un côté il y aura la plus haute puissance morale, et de l'autre seulement le plus bas dévergondage de brutalités.

La victoire se décidera sur les champs de bataille, non pas seulement par le nombre des pièces d'artillerie ou l'addition des hommes engagés, mais par la valeur surtout des sentiments qui ont mis les aimes aux mains des « om battants. Un homme ne vaut pas un homme, au hasard 11 y a dans chacun une ûrac particulière de force ou de faiblesse, avec ' nie d'énergie qui en dérive. La force c I

la conscience dune noblesse supérieure, la faiblesse -lans l'indignité des sentiments qui ont amené l'homme au combat. Voilà pourquoi nous sommes forts, nous Belges nous Français, nous Russes, nous Anglais. Voilà pourquoi,

de l'autre coté 159

ù Allemands, nous savons que le Destin a déjà prononcé l'arrêt suprême contre vous.

Même si vous deviez nous refouler, à certains jours, les lois supérieures qui régissent, pour notre honneur, l'histoire humaine veulent que nous vous rejetions, d'une accumulation d'efforts irrésistibles, au delà de vos frontières jusqu'à l'acculement de la paix. Vous avez méprisé les Belges, ils vous ont tenu en échec, du premier élan, et vos pertes cruelles disent assez à quels bras, à quels cœurs vous vous êtes heurtés. Le Mexique de Maximilien d'Autriche, l'Espagne de Napoléon ont montré ce que peuvent des hommes qui ne redoutent rien que de ne pas faire assez pour la défense de la patrie. Les Belges ajoutent une nouvelle page à cette noble histoire, et tous savent bien qu'ils ne seront pas abandonnés.

Pour ce qui est de nous, je vais vous dire où vous av^z erré, hommes de la Germanie. Vous avez cru puérilement vous grandir en nous rabaissant devant l'Europe. Vous nous avez indignement injuriés, outragés, vilipendés, provoqués, et parce que nous sommes restés calmes sous les provocations, vous avez imbécilement cru que le cœur nous avait manqué. Et parce que, dans notre haute entreprise pour la constitution d'une démocratie de justice et de liberté, nous nous sommes trop souvent calomniés les uns les autres, vous avez pensé, dans voire stupidité native, que nos divisions apporteraient une faiblesse dans notre résistance. Et vous avez été les premières dupes de vos propres mensonges, de vos infâmes calomnies contre la nation française. Gomme il vous était arrivé de nous surprendre un jour, vous nous disiez dégénérés de nos aïeux, qui vous ont, tant de fois, reconduits vivement en arrière «le vos lignes sur les champs de bataille, et l'ayant dit, vous l'avez cru, et vous attendez peut-être encore aujourd'hui que le fer vienne à défaillir dans nos mains. Je me reprocherais mortellement de prononcer, à cette heure, une parole de vantardise. Bientôt vous pourrez nous juger à Pépreuve.

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LA. FilANCE DEVANT L'ALLEMAGNE

En attendant, je vous vois tenus en échec par l'armée belge, avant de nous aborder au Nord, je vois l'Autriche ridiculement arrêtée devant la ville ouverte de Belgrade, tandis que S00.000 Serbes, qui ont forcé l'admiration de leurs alliés balkaniques, feront parler d'eux avant qu'il soit longtemps — pour ne rien dire de l'Angleterre, dont le canon ne se fera pas attendre. Envoyez-nous donc des parlementaires dont nous débanderons les yeux à la porte de nos bureaux de recrutement. Ils y verront nos socialistes les plus farouches venir réclamer leur place de combat, ils y verront de longues lignes d'hommes de tout âge et de tout pays qui viennent s'engager pour en finir avec la puissance d'oppression qui a tenu l'Europe, depuis plus d'un demi-siècle, sous la menace de ses armements. Des moines s'y présentent. Oui, des moines que nous avons chassés, comme ils disent non sans exagération. Et ce geste de simple grandeur, et le souvenir obsédant de ce pauvre curé de village dont vous avez troué la soutane de vos balles, et ces deux enfants que vous avez fusillés à Morfontaine, cl ce sous-officier français, blessé, que vous avez achevé lâchement, tout cela cimente plus solidement les cœurs -que vous avez crus divisés. Nous sommes contraints d'ajourner tous les engagements jusqu'après la mobilisation achevée, et nos hommes se désespèrent de ne pouvoir encore partir. Toute l'Europe indépendante est à nos cotés. Qu'en est-il chez vous? Quelle autre sympathie vous reste que celle de l' Autriche, chassée par vous de la Confédération germanique, et asservie depuis Sadowa ? La natalité de la population française a décru? Nous aurons trop de soldats. J'avais tort, vraiment, de vous convier à venir les uer au dépari, vous les rencontrerez à l'arrivée.

L'Homme Libre, 7 aoîd 191 ï.

ÉTAT D'AME 13 i

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