ETAT DAME
Ce qui est atroce à penser, c'est que ces actes barbares de FAlletnand, qui laisseront une tache éternelle sur son nom, s'accomplissent en vertu d'un dessein prémédite'. Ouvrez le livre de Von der Goltz sur la nation armée, vous y verrez, dès les premières pages, qu'il faut, par tous les moyens, exercer un effet de terreur sur les populations pour les réduire plus tôt et plus complètement; alin d'abréger la guerre dans un intérêt d'humanité. Je n'ai pas le volume sous les yeux, mais j'affirme que cela est écrit par l'homme que les Allemands tiennent pour lun de leurs premiers chefs de guerre, et je défie toute contradiction. C'est bien là, en effet, une des marques de l'esprit germanique de réduire toutesquestions à des problèmes de mécanique où l'homme napparaîtqu'à l'état d'élément insensible, dont il n'y a pas à tenir plus de compte que du minerai sous la meule. Les barbares des temps de la barbarie étaient des enfants de la nature, chez qui l'instinct du meurtre et de ladestruction ne rencontrait pas dé frein. Nos barbares de civilisation sont des créatures de raffinement métaphysique, qui entendent, en vertu d'une logique d'où les considérations d'humanité sont exclues, nous conduire par les pires extrémités de la sauvagerie, doctrinalement systématisées, aux sommets de leur civilisation.
Aussi longtemps qu'il ne s'agit que d'une aberration doctrinale, une étude objective de l'homme ne permet pas de s'en étonner. Car il n'est point de raisonnement qui, pou?; é tout droit indéfiniment, sans tenir compte des contingen ces qui sont des parties d'inconnu, ne conduise au détraquement de l'intelligence. C'est ainsi que tant de religions ont abouti à de sanglants sacrifices , glorification de notre cruauté native, et que notre christianisme d'amour a fini par s'accommoder d'une géhenne d'éternité.
. ♦ . Eh bien, que l'expérience de sanglante philanthropie
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suive son cour-. Nous autres, nous n'achèverons pas les blossés. Nos femmes, hautainement, s'efforceront de les sauver môme, et quand nous serons en territoire ennemi, nous aiderons les faibles, au lieu de les fusiller. Seulement nous acceptons sur le champ de bataille la guerre d'extermination qui nous est imposée. Puisque le peuple qui s'attribue le droit de dominer le monde par la force désarmes ne connaît d'autre droit que celui de la supériorité meurtrière, nous poursuivrons la lutte dans les conditions qu'il a lui-môme déterminées, en ne nous réservant sur lui que l'avantage delà moralité supérieure qui commande \c/air play. Oui, c'est le bénéfice d'une moralité supérieure que je réclame pour ceux de « la moderne Babylone », comme disaient en 1870 les austères corrompus de Sodome et de Gomorrhe. J'ai vu, dans Berlin, leur Friedrich St, toute la nuit, roulant un fangeux torrent d'animalité sans nom, en des lourdes ivresses de bière, de tabac, de luxure bestiale, et je me suis réjoui — ne connaissant que trop bijn nos fautes — à constater que la richesse trop facilement acquise ne nous avait jamais dégradés jusque-là. Je me suis réjoui, parce que j'ai vu dans cet avilissement de nos vainqueurs le commencement de la revanche.
Mais ce n'était pas assez. Nous avions droit à ce que le réeonfort nous fût donné d'une pire dégradation. Et la campagne n'était pas encore commencée, que la vertueuse Allemagne courait se mettre au ban delà civilisation. A la lace du monde attentif, elle mentait impudemment, par la bouche de son empereur, de ses ambassadeurs et de ses ts de tout ordre, quand elle proclamait qu'elle voulait le oj ûntiende la paix, et ne s'intéressait au conflit que dans la mesure où son intérêt se trouvait rattaché à la cause de l'Autriche par l'alliance. Elle mentait, puisqu'elle commentait les hostilités, à l'heure même où l'Autriche acceptait la proposition de médiation de sir Edward Grey. Elle mentait, puisque l'Autriche n'a déclaré qu'hier la guerre à la \\ il ne l'a pas même encore déclarée à la
France, au momeni où l'armée allemande écrase Liège de