LE BLOC FRANÇAIS
. . . Aucun mécompte dans la mobilisation. « Enthousiasme général, ordre parfait », me télégraphie quelqu'un de la première ligne. Qu'est-ce qu'on peut demander de mieux? Sans doute, la masse de l'armée allemande ne
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s'est pas encore engagée, non plus la masse de l'armée française. C'est, tout de même, un assez bel avantage d'enregistrer, dès à présent, une suite de notables succès. Si le moral de la troupe est admirable, que dire du pays lui-môme qui, sans un seul propos de discordance, s'ordonne, se discipline, organise sa vie administrative par des moyens de fortune pour lesquels, sans distinction d'âge et de sexe, tous apportent, d'entrain, leur plus dévoué concours. Encore un phénomène de psychologie nationale que nosgrands observateurs allemands n'avaient pas prévu .
« Les Français se chamailleront toujours, avaient-ils pensé, et tandis qu'ils seront aux prises, nous ferons notre affaire. » Qu'en dites- vous, psychologues fameux qui voyez ceux qui ne combattent pas combattre à leur façon en contribuant de leur elîort à maintenir la vie publique dans tous ses cadres d'activité, pour mettre toutes les ressources du pays à la disposition de nos soldats? « Nous serons sauves par la Commune », aurait dit M. de Szecsen, la veille de son départ Si l'Allemagne et son alliée n'ont plus que ce moyen de salut, je les vois dans un mauvais cas. Jamais situations ne furent plus dissemblables, jamais le peuple français de toutes régions, de toutes villes et campagnes, ne fut plus loin de l'esprit de division. C'est qu'il a compris d'instinct, comme M. de Szecsen lui-môme que les dissensions civiles seraient la fin de la France, apportant le concours décisif aux hordes qui ont besoin d'anéantir l'esprit français pour leur domination de saillie.
Je cherche dans notre histoire s'il y eut jamais une heure comparable. Quand étions-nous plus calmes, plus unis, plus s véritablement, plus confiants en nous- n êmes, parce que chacun sent que la force souveraine est en tous, et que pas un homme, pas une femme, pas un enfant, pourrais-je dire, ne manque au bloc français? Grâces en soient rendues à l'empereur allemand, donl la haine a fait ce miracle de • •1er à nous-mêmes, quand depuis tant de siècles nous ne nous connaissions pas. lTn peuple qui retrouve,
pour nos soldats i ; I
dans l'extrémité du malheur, uue inlassable vertu de renaissance, un peuple qui se retrempe dans l'épreuve, qui se refait une âme, une volonté nouvelles, cela, puisqu'il le faut, sachons le payer d'une effroyable guerre sur laquelle notre gloire suprême serait de fonder la paix.
L'Homme Libre, 1 h' août 1014.