POUR NOS SOLDATS
Le soldat de la France est, à sa frontière, équipé, armé d'esprit alerte et de cœur chaud, prêt à la suprême détente de toutes ses énergies. Je l'ai vu partir, une espérance grave aux yeux, tout à la joie recueillie du chaut intérieur lui annonçant l'entrée dans le champ magnifique de la gloire française où il allait rejoindre l'histoire des aïeux. Souriant et résolu, maintenant il attend Vautre, celui que son Maître envoie pour conquérir de la terre de France à son usage d'Allemand, celui qui se plaît au massacre des populations désarmées, celui qui fait brûler, pilier, et ne connaît d'autre loi que l'instinct bestial de la cruauté.
Nos anciens ont reçu des siècles de misères, pour chercher, dans la morne souffrance, les voies obscures d'une société meilleure. On ne peut pas dire la muette désolation des générations qui se sont succédé. Et voilà qu'il y a plus de cent ans, a éclaté, dans le monde, un grand cri de la France qui de mandait justice et liberté. Et les peuples se sont levés à cette voix nouvelle, et la civilisation de l'homme moderne a été fondée : non sans de terribles luttes intérieures, et de grands combats contre l'étranger.
Alors on vit les pères de ceux qui sont aujourd'hui -devant vous quitter leur Allemagne de servitude misérable, pour tenter de soumettre à leur propre joug cette France que leur chef menaçait d'exécution sommaire parce qu'elle annonçait l'espoir d'une nouvelle humanité. C'étaient des paysans, des paysans français de grand cœur et de noble pensée. Mal équipés, souvent mal commandés, ils
coururent aux armes, et, sans qu'on sache bien comment, refoulèrent les meilieurs soldats de l'Europe, orgueil des années ennemies.
Oui, on ne sait pas scientifiquement comment c'est arrivé. Des écrivains discutent là-dessus, et quelques-uns même affirment qu'aux termes des bonnes règles, la victoire fut en faute de s'être prononcée pour nous contre les savants dans l'art de batailler. A tort ou à raison, l'étranger tourna le dos, cependant, et la France délivrée put proclamer qu'elle devait son salut, avec la sauvegarde des grandes idées humanitaires, au courage de ses enfants.
Telle est l'histoire de nos ancêtres, qui serait trop belle si tant d'héroïsme à la frontière n'avait été sinistrement accompagné des pires violences de guerre civile que le monde ait jamais vues.
Et maintenant il arrive qu'un incroyable recommencement de la destinée nous remet face à face avec ces mômes hommes d'Allemagne, qui, nous ayant surpris désarmés il y a quarante ans, jugent que l'heure est venue de nous achever. G est pour maintenir le droit de la France à la vie que tous les hommes de France se retrouvent debout, côte à côte, corps et âme tendus sur l'arme qui va nous affranchir à nouveau de l'étranger.
Tous unis, cette fois; par conséquent, tous invinciblement forts. Toute haine abolie. La tradition des déchirements passés, nous ne la connaissons pas. Nous ne savons plus rien, sinon que nous sommes les enfants de la même France, et que cette mère de beauté, de grandeur, de vaillance a besoin de nous. Elle a dit: A moi! et nous nous sommes retrouvés frères, stupides d'avoir pu croire <jue nous étions ennemis. Et l'ardeur de ce premier élan lie que nous nous trouvons autres, tout en étant les mêmes, et que nous ue pourrons jamais plus nous regarder obliquement comme autrefois.
Heureux soldats, qui représentez la France totale : Plus heureux que ceux de l'an II, qui la révèrent ainsi, mais à qui ne lut point donné la joie de la réaliser. Heureu s