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... Le cœur y est, les armes sont bonnes et les hommes aussi. Que faut-il de plus? Partout où je vais, ce ne sont que gémissements d'hommes non appelés qui assiègent le ministère de leurs demandes d'être envoyés le plus tôt possible à l'ennemi. Tous les jours, c'est le fond de ma cor-
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respondanee. Et ces troupiers d'Algérie, qui se sont bandé les muscles et les nerfs depuis vingt années, en vue de ce grand jour, ils rongent leur frein, sur la terre africaine, désespérés de penser que les Français vont se battre pour la France et qu'eux, soldats, ne seront pas là. Un officier m'écrit que, si cela continue, il désertera pour s'enga Voilà jusqu'où les esprits sont montés.
Hier, une petite pointe eu Normandie m'a permis de constater le calme admirable du pays. Le calme et la bonne humeur môme, devrais-je dire : fondés sur la conîiance inébranlable de toute la France en ses soldats. La moisson est en retard, bien entendu. Tout le monde s'empresse. Femmes, enfants sont à l'œuvre, avec des pensées plein le cœur pour ceux qui, de leur faux aussi, moissonnent là-bas la floraison de sauvagerie. On leur crie bon rage, on n'échange point de propos qui n'aillent à la frontière, au-devant du canon. II n'y a plus, dans ce peuple, qu'un cœur et qu'une volonté.
Tout ce qui peut être fait sera fait, et même, s'il le faut, plus encore. Ils sont lâchés, cette fois, nos Français. On ne les arrêtera pas.
... Je ne sais pas où en sont les passions belliqueuses des Berlinois. Pour nous, modestes Français, nous somn bonne forme, et j'ai lieu de croire que notre décadence, clamée par le pangermanisme à fous les carrefours du monde, se trouve présentement ajournée.
V Homme Libre, 18 août 1914.