LA GRANDE BATAILLE
Tous les esprits commencent d'être anxieusement fixés sur cette idée : la grande bataille ! Les préliminaires nous ont été favorables au delà de ce qu'il était permis d'espérer. Mais voici venir le premier grand choc où il faut que la masse allemande — un million d'hommes peut-être — vienne se heurter au roc solide de notre frontière sous la garde de toute notre jeunesse en armes. C'est un grand moment de l'histoire dont i'heure va sonner, car des rencontres de cette guerre doit sortir toute une révolution européenne d'asservissement ou de liberté.
Quelle qu'en soit Fétendue, et quel que soit le nombre des hommes engagés, personne ne voudrait soutenir que la première grande bataille puisse permettre de préjuger l'issue. Et pourtant, dans les conditions où cette vaste opération de guerre se présente, l'avantage moral que nous avons conquis, le terrain gagné, sans même que nous ayons vraiment prononcé l'offensive, et le désarroi où la simple résistance des Belges a jeté l'adversaire font que déjà la valeur du succès ou de la défaite n'est plus égale des deux côtés.
Notre frontière fût-elle entamée sur quelques points — et rien ne nous autorise présentement à le craindre — que nos troupes de seconde ligne sont prêtes à l'effort immédiat pour refouler l'envahisseur. Et puis, derrière ceux-là, il y en a d'autres jusqu'à ce que le dernier enfant et le dernier vieillard aient succombé avec le dernier homme de l'Angleterre, ainsi que le Times nous l'annonce, tandis que tout le monde slave, de masses inépuisables, va prendre l'ennemi à revers. La planète n'a pas encore vu une entreprise militaire de cette envergure.
De l'autre côté de la barricade, une puissance aguerrie, enflée des faciles victoires de 1870-1871, accrue d les faiblesses des grandes puissances pendant quarante années, a cru pouvoir défier la civilisation tout entière par