‹ La France devant l'AllemagneChapitre 53 sur 133 · LA GRANDE BATAILLE · texte numérisé non relu

LA GRANDE BATAILLE

la plus insolente agression que l'Histoire ait jamais vue. Mais la condition môme des sociétés humaines veut que le vertige de brutale domination infailliblement s'expie par l'inévitable décomposition intérieure des forces accumulées pour les monstrueux abus de puissance que le conquérant peut rêver, mais qui toujours succombent devant les grandes révoltes d'indépendance. Dans le cas de l'Allemagne, il semble que la. désorganisation des énergies disposées pour l'oppression de l'Europe ne soit pas moins prompte, en ce moment, que ne fut leur croissance désordonnée. Au premier choc de la Belgique impudemment provoquée, aux premiers heurts des vaincus de Sedan, l'odieux colosse a chancelé sur sa base, et la béte féroce, qui devait tout dévorer, a déjà dû reculer en tant de rencontres que le prestige de ses crocs ne paraît déjà plus que l'ombre d'une fumée.

Avec nos braves Belges, avant même la première bataille rangée, voilà ce qu'ont fait nos soldats : ces soldats français qui les attendent à la frontière dans le silence des énergies ramassées pour une formidable explosion de fureur. Les meilleures troupes de l'Empire allemand vont donc nous arriver avec un préalable déchet d'autorité militaire. Si elles ne réussissent pas, comme j'y compte bien, à pénétrer chez nous, le coup porté au renom du soldat prussien et à la quasi-infaillibilité des conceptions allemandes, ainsi que le désastre moral qui en sera la conséquence, sera bien près d'avoir, pour nos âmes primesautières, comme pour l'espérance des peuples fatigués de servitude, la signification d'une victoire définitive.

Ainsi, déjà, l'enjeu n'est plus le môme. Une défaite de nos soldats — que nos généraux sont fort éloignés de prévoir — ne serait qu'un de ces échecs de début promptement réparables, tandis que l'Allemagne repoussée de nos frontières, c'est, pour elle, une atteinte que beaucoup jugeront sans remède et qui sèmera très vite le découragement, aussi bien dans le peuple que dans l'armée. Sans doute, la guerre sera bien loin d'être finie, car tout indique

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qu'elle durera jusqu'à l'épuisement des ressources profondes, mais c'est une autre affaire de lutter, comme nous, avec la pleine confiance dans le succès final, ou dans l'angoisse de voir, chaque jour, ses espérances trahies.

Nous n'avons point à envisager, aujourd'hui, les conséquences, mais si ce malheur, que je leur souhaite de loule mon âme, devait être le lot de nos ennemis, peut-être alors comprendront-ils trop lard la valeur de ce magnifique rétablissement que nous sûmes accomplir de nos propres forces, quand armées, gouvernement, administration, et tous moyens d action vinrent simultanément à nous manquer. Qu'ils essayent, à leur tour, de recommencer, sur nouveaux frais, une a guerre en Province ». Où leurs hommes? Où lcurGambetta, leur Freycinet? S'ils avaient su comprendre, ils auraient senti qu'il y avait là une force redoutable qui, si on la poussait à bout, les affronterait dangereusement, quelque jour, et nos défaites, en ce leur eussent paru le présage des leurs.

Mais ils n'ont rien voulu entendre, et, comme ils ont osé fusiller hier une femme avec C enfant quelle allaitait, ces brutes ont mis leur plaisir à piétiner la France, s?égi à compter chaque nouvelle goutte de sang. Alors ils ont cru qu'ils pouvaient loul faire, et je les vois en train ; apprendre qu'ils se sont trompés. « Jusqu'au dernier cheval », avait dit Guillaume II, esthète de la guerre. «Jusqu'au dernier homme »,ont simultanément répondu l'Angleterre et la Russie. Et l'on sait que, pour nous, si nous n'avons dit, c'est que nous étions déjà en acte de démonstration.

L'Homme Libre, 20 août 19)4.

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