‹ La France devant l'AllemagneChapitre 54 sur 133 · PRÊTS · texte numérisé non relu

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tout prix. Les Allemands saventqu'ils en sont là de donner au monde le pressentiment d'une partie presque irrémédiahlementcompromises'ilsneréussissentpas.Tousces insuccès qui se suivent à la file, tous ces prisonniers — nous en avons déjà plus de 6.000 — tous ces canons enlevés par les Russes comme par les Français, il faut qu'une rencontre, où le carnage va sévir en des proportions démesurées, précipite les peuples delà terre dans une stupeur qui fasse tout oublier. Nous avons accepté de subir ce choc, nous qui n'en sommes pas, pour le début de la campagne, à jouer toutes nos chances sur un coup de partie.

Nous ne pouvons pas espérer de résister également partout sur une aussi vaste étendue. L'effroyable combat, que n'épuiseront peut-être pas trois ou quatre journées, sera de succès et de revers. Mais dans quelles différentes conditions pour les deux parties ! Sommes-nous refoulés sur quelques points ? Nos soldats ont tout le pays en armes derrière eux. L'armée de seconde ligne brûle, à son tour, d'engager la bataille. Jeunes gens, hommes faits, n'attendent que l'heure d'aborder l'ennemi. Tout le monde sait que nos hommes de réserve valent ceux de l'armée active, tandis que le réserviste allemand, alourdi par la bière et vite fatigué par les marches, n'est pas en état de soutenir une offensive hardie. La lutte est pour nous d'endurance. Il n'est pas un homme en France, s'il est à peu près valide, qui n'exigera qu'on le meneau feu. Quoi qu'il arrive, nous ne céderons pas. Les Anglais l'ont dit. Nous n'avons pas besoin de parler. Nous saurons faire.

Nous n'avons pas, comme l'armée allemande, de bons et de mauvais soldats. Tous veulent donner tout, et davantage, pour en finir avec des brutes que le gouvernement français, dans une protestation, qui est, déjà, de l'histoire, vient de clouer au pilori comme le déshonneur de l'humanité. Les grands, les petits, vous les rencontrerez tous devant vous, cependant qu'à l'autre bout de la terre allemande, les armées russes pousseront leurs lourdes colonnes sur Berlin.

Ce que vous avez vu des Français, récemment, a pu vous être un avertissement. Vous ne verrez pas mieux, mais vous ne verrez pas moins. Car vous avez voulu que l'heure vînt où, sous 1 insolence de vos menaces et la brutalité de vos coups, la France fût mise en demeure de verser jusqu'au sang de son dernier homme pour avoir le droit de survivre dans ce qu'il pourra rester de petits enfants. Et toute l'Europe civilisée est avec nous. Vous n'avez pas mesuré vos forces. Vous ne ferez pas disparaître de la carte du monde la France, l'Angleterre et la Russie.

J'ai pris l'hypothèse la plus défavorable pour nous. Voyons l'autre. Quel sort vous attend sur les points où vous serez refoulés? Un peuple généreux et fier que vous avez poussé aux dernières limites de la fureur, un pays qui, dans certaines parties, présente de nombreux obstacles, est-ce sur cela que vous pouvez compter soit pour vous refaire, soit même tout simplement pour vous ravitailler, tandis que tout donne à penser que vous aurez quelques troupes mordantes sur vos flancs?

Viennent donc ces terribles journées, où laFrance doitjeter au sombre Moloch de la destinée le plus pur de son sang. Elle veut vivre. Elle veut vivre non pour les joies du massacre, comme vous, mais pour vous contraindre à la paix de droit, seule source de grandeur humaine. Fusil contre fusil, canon contre canon, c'est la noblesse de la cause qui fait le courage invincible, et, cette fois, au moins — tous les hommes français s'en portent garants — c'est le

courage qui vaincra.

L'Homme Libre, 22 août 19i&

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