‹ La France devant l'AllemagneChapitre 55 sur 133 · LE SILENCE PRÉCURSEUR · texte numérisé non relu

LE SILENCE PRÉCURSEUR

n'en pouvaient môme pas rêver. De même qu'on n'a jamais pu bien déterminer historiquement le prétexte de la guerre du Péloponèse,mais qu'il est trop certain que, sans l'aventure des courtisans de Mégare, Doriens et Ioniens auraient tenté d'en finir l'un avec l'autre, ainsi personne ne s'avisera jamais que l'ultimatum de l'Autriche à la Serbie soit la cause véritable de la marche de tout le peuple allemand en armes sur la frontière française de 1' Est et du Nord.

L'asservissement de la Saxe, de la Bavière et des Allemands de l'Autriche à la Prusse, après Sadowa, a constitué au milieu de l'Europe un blocdepuissancegermaniquequi, depuis quarante ans, tient l'Europe sous la menace d'une effroyable explosion permanente. Je l'ai dit bien souvent à la tribune et dans la presse, sans avoir jamais pu obtenir, pour mes sombres prévisions, le crédit dont la France eût tiré avantage. Je ne fondais point mes dires sur des informations particulières. Personne ne m'avait fait de confidences. Je mebornais àraisonnersur les données publiques, de la psychologie allemande, car il n'était nécessaire, pour rencontrer une certitude d'avenir, que de suivre le prolongement des appétits d'omnipotence qu'Empereur et sujets proclamaient avec orgueil aux quatre points cardinaux.

Dès 1875, Bismarck, logique, vo}^ant avec stupéfaction que nous n'étions pas morts, se mit en devoir de nous achever. La Russie, l'Angleterre opposèrent leur veto, et le vieil enpereur, content de s'endormir dans la gloire de succès inespérés, n 'osapas risquer une nouvelle partie. Mais l e dessein était patent ; la politique allemande ne s'en est jamais départie. Je n'ai point à rappeler les provocations, les agressions connues de tous, qui, parfois, tant fut grande notre imprévoyance, nous prirent au dépourvu. Nous fûmes sauvés, alors, en dépit de nous-mêmes, et pour que la préméditation de l'inavouable dessein pût éclater à tous les yeux, il fallut que d'une querelle cherchée par l'Autriche à la Serbie, au cours de laquelle la Serbie concéda tout, en ne se réservant que le droit de vivre, Guillaume II fit sortir l'universelle conflagration européenne dont il a besoin pour

152 LA FRANCE DEVANT LALLEMaGNE

ne présenter aux hommes comme le maître du monde.

L'audace du procédé dépasse tout ce qu'on avait vu jusqu'ici. La faute des dominateurs est de ne pas compter avec les données de la conscience humaine, — croyant, dans la faiblesse de leur intelligence, qu'on peut soumettre l'âme avec le corps. Les sujets de Guillaume II lui sont servilement soumis. Il peut les faire combattre, au jour qui lui convient, contre tel ou tel peuple qu'il lui plaît, sans leur devoir des comptes, sans donner de raisons. Il a grossièrement machiné ses prétextes de guerre. Les socialistes, euxmêmes, l'ont suivi. C'est là-dessus qu'il juge le reste de l'humanité. Et comme il ne peut se proposer d'accroître la dignité de son propre peuple, puisqu'il a besoin, pour le gouverner comme il fait, de l'abaisser sous le fer, le malheureux ne saurait concevoir l'ambition plus haute que d'assujettir, jusqu'à ce qu'il ait fait le tour de la terre, tout ce qu'il peut rencontrer d'hommes sur son chemin. Ses Allemands le suivent, orgueilleux de servir sous un maître capable d'imposer la servitude à tous les continents, contents de recourir, pour essayer de soumettre les peuples libres, aux primitives cruautés de barbarie.

Retourner tous les moyens de la civilisation contre la ci vilisation même, se faire l'instrument d'une installation supérieure de la force brutale dans le monde, voilà ce qu'espère, ce que veut, ce qu'ose tenter l'Allemagne. Issu de la Révolulion, Napoléon, conquérant, apportait, en dépit de luimême, des formules de libération. Celui-ci croit probablement nous honorer en essayant de nous écraser sous une domination qui n'a d'autre titre que son épéc. Pour avoir té à une telle avalanche de régression, les Grecs s'immortalisèrent à Marathon, à Salamine, mais nous n'avons point à escompter ici la terreur panique qui miraculeusement dispersa l'ennemi. La plus formidable m d'hommes armés qui se soit jamais rassemblée sur la pla-

;ur notre îronûhre pour en finir avec nous, nous la Fr tque, avec nous Y Angleterre,!

uples slaves, la Pologne, les peu; 1 s

Page 1