LE SILENCE PRÉCURSEUR KM
des Balkans qui, au prix de iour sang, se croyaient libérés. Une telle surprise ne s'était jamais vue.
S'approprier Paris, Londres, Moscou, suppose des moyens auxquels Berlin lui-même ne peut suffire. On avait essaye de se concilier l'Angleterre pour la retourner contre la France en l'alléchant d'un partage des dépouilles. On n'a pas réussi. On se promit, alors, d'obtenir, tout au moins, la neutralité anglaise, pendant qu'on procéderait à regorgement de la France isolée. On n'a pas réussi. On a cru pouvoir escompter la prétendue impuissance de la Russie, lente à se mettre en mouvement. On s'est lourdement trompé. On avait tout préparé pour lancer contre nous l'Italie. L'Italie, dès le premier jour, a fait savoir qu'on n'avait pas le droit de compter sur elle pour l'accomplissement d'un tel dessein.
Eh bien, que la destinée s'accomplisse. Après tout, la porte de la Belgique enfoncée, c'est la France qui doit supporter le grand choc de la masse allemande partout à la fois. Qu'on Fabatte, qu'on la détruise, le fer et le feu partout, vieillards, femmes, enfants dans les villages, dans les villes en flammes, que toute la vie de ce peuple soit broyée sous le marteau-pilon de hordes qui ont repris la tradition d'Attila. L'Angleterre garde les mers, mais ne peut rencontrer les escadres allemandes, à l'abri derrière des rangées de mines sous-marines. Cent mille Anglais, en Belgique, sont aux côtés des Français, L'armée allemande, avant d'aborder la frontière française, tente de les envelopper. Pendant ce temps, la Russie, à l'autre extrémité de l'Empire, est aux prises avec trois corps d'armée et autant de divisions de réserve que lui oppose l'Allemagne, avec toutes les forces de l'Autriche pour les soutenir. La résistance belge a fait perdre un temps précieux aux armées du Kaiser. Il ne reste plus qu'à savoir si l'envahisseur aura le temps de désorganiser suffisamment la résistance française avant que la grande masse russe menace trop directement Berlin. Nous savons, nous, que Guillaume II n'y réussira pas.
Il a ramassé toute l'énormité do sa puissance militaire pour porter un seul coup. Il faut que ce coup soit décisif, le premier et le dernier tout ensemble, celui duquel on ne se relève pas. Il croit cela? Il ne nous connaît donc pas? Nous reprendrons l'entretien après la bataille. Puisqu'il ne veut pas nous juger sur nos opérations de début, nous lui fournirons les moyens de nous apprécier dans l'ensemble.
V Homme Libre, 23 août 1914.
DE CHARL.EROX A LiA MARNE