‹ La France devant l'AllemagneChapitre 57 sur 133 · LE GRAND DEVOIR · texte numérisé non relu

LE GRAND DEVOIR

Le jour va venir de l'épreuve. Je n'ai jamais dissimulé à mes lecteurs qu'il viendrait inévitablement. Je n'en savais pas le moment, je n'en savais pas les circonstances. Il me paraissait impossible que de graves échecs, à certains moments, ne nous fussent réservés. Bien que la déception soit grande, il* ne faut rien exagérer. Le salut est en nousmêmes, si nous discernons clairement notre devoir, et que nous nous montrions capables de laccomplirjusqu'au bout.

... Le peuple français n'est pas vaincu. Sa valeur, son endurance ne sont pas épuisées. Elles ne peuvent pas l'être tant qu'il restera assez de France pour qu'un homme y puisse poser les deux pieds. Pas de forfanteries. Assez de phrases. Ce sont des actes qu'il s'agit de montrer.

... Soutenir vaillaimment cet effroyable choc, retenir nos agresseurs chez nous dans un corps à corps d'héroïsme qui dépasse tout ce que notre développement historique a permis d'accumuler d'énergie, c'est aider qui nous aide. Pour un soldat français frappé à mort, qui agrippe encore l'ennemi d'une étreinte dont ce prétendu vainqueur ne peut se déprendre, c'est un Russe, là-bas, sauvé de la défaite, qui nous apportera la victoire. Donc tous à l'œuvre de la défense, sans qu'aucun bras, sans qu'aucun cœur y

puisse manquer. Tous ! tous! Qu'il aille solliciter ses lettres de servitude allemande, le bâtard qui se cachera quand c'est l'heure de se montrer. Assez de complaisances pour les lâchetés plus ou moins dorées. La rigoureuse loi pour tous. Ce n'est pas des monuments qu'il faut aux héros de ces grands jours. C'est l'inébranlable appui d'un gouver nement qui leur ouvre des champs d'action pour la patrie, et cloue au poteau d'infamie le vil troupeau des dégénérés qui, n'ayant pas su vivre, se montreraient indignes môme de mourir réhabilités.

Pour nous, nous demandons un gouvernement d'acier, indéfectible, armature inflexible d'une des plus nobles races de l'histoire, qui ne réclame rien que le droit de vivre dans son indépendance pour continuer le bon labeur dans les champs de la liberté. Car ceci n'est pas une guerre de gouvernements pour des conquêtes de territoire ou des exploitations de sujets. Ce n'est pas davantage une guerre de peuples qui se méconnaissent, et ménagent, jusque dans des luttes fratricides, comme il est arrivé entre nous et l'Angleterre, des avenues plus ou moins détournées vers l'heureux soulagement des réconciliations.

Non, Guillaume II et ses sujets unanimes ne peuvent plus se contenter que de notre extermination. Nous n'avons pas voulu cette guerre. Nous avons tout dit, tout fait pour l'éviter. Guillaume II déjà, ne pourrait plus se souvenir de quel monstrueux amas de mensonges il l'a fait sortir. Préparée jour par jour, heure par heure, depuis quarante années, dès qu'il lui a paru que sa machine à meurtre était prête, il a donné l'auguste signal au grand rouleau d'écrasemen! qui doit niveler le sol de l'Europe civilisée, à l'usage de sa barbarie. Il est parti de Berlin en se jurant d'en finir, cette fois, avec le peuple de qui lui vint un commenccnn nt de libération, dont son besoin d'asservissement ne peut s'accommoder. Et maintenant, avec une formidable armée, le voilà devant nous.

Nous avons commis des fautes, beaucoup de fautes graves, qui nous livrent aujourd'hui à des coups affreuse-

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