TOUT L'EFFORT
... Je sais que les plus grands sacrifices se font aisément en paroles, de la meilleure foi. et que des gens très braves ne peuvent se défendre d'un tressaillement quand l'heure vient de payer la dette inexorable. Mais l'intérêt de la France parle trop haut pour que le plus timide même puisse hésiter. Le gouvernement de la Défense nationale, en 1870, avait dit: Pas un pouce de notre territoire, pas une pierre de nos forteresses. Nous ne savons que trop ce qui s'en est suivi. Ce n'est plus le moment de prononcer des paroles héroïques, dont l'effet se relâche sous l'affreuse pression des maux de l'invasion. Nous sommes mis en demeure de faire, de vivre l'héroïsme, sans même qu'il
soit besoin de le formuler, et, de ce point de vue, il n'est pas un Français, vieillard, femme, enfant, qui ne soit un soldat. A chacun de se regarder et de se promettre à soimême, en silence, de tout supporter. Quel besoin de manifestations extérieures qui ne sont que de vaines dépenses d'énergie ? Qu'on subordonne tout au salut de la France. Le reste ne peut plus compter.
La France, c'est une histoire, c'est une vie, c'est une pensée qui a pris sa place dans le monde, et le morceau de terre d'où cette histoire, cette vie, cette pensée ont rayonné, nous ne pouvons le sacrifier sans sceller la pierre du tombeau sur nous-mêmes, sur nos enfants et sur les générations qui seraient nées d'eux. Et puisque nul homme de France ne saurait accepter cette affreuse fin d'une aussi grande destinée, il reste, pour les hommes, à combattre jusqu'au dernier, pour tous les autres, à accepter, à offrir tout ce qu'ils ont, tout ce qu'ils aiment, tout ce qu'ils souhaitent de sauver, pour soutenir, aider, encourager chacun de nos soldats à l'ennemi. De tout ce que nous ont légué les aïeux, à quoi nous attacher d'abord, sinon au sol lui-même que leur vaillance et leur labeur ont fait fleurir ? Quel intérêt pourrions-nous mettre au-dessus de la terre m ème d'où ce que les peuples appellent la Fiance a jailli? Et s'il en est ainsi, pourquoi nous embarrasser d'intérêts désormais secondaires qui, en dehors du sauvetage de la France, avaient retenu notre attachement?
Telles sont les pensées qui me hantent à l'heure où Ton nous annonce que les hordes allemandes pourraient aborder bientôt le camp retranché de Paris. Paris est la capital.1 de la France, en même temps qu'une capitale d'humanité. C'est une noble concentration des puissances de l'esprit humain. Mais c'est une place de guerre en même temps. Son rôle dans la guerre est d'une haute importance, mais son rôle, dans la guerre actuelle, n'est plus du tout ce qu'il fut en 1870. D'abord, comme je l'ai dit tout à l'heui que nous avons des années opérant librement sur noire territoire. Aussi, parce que nous avons une immens<