‹ La France devant l'AllemagneChapitre 7 sur 133 · L4 CONVENTION FRANCO-ALLEMANDE · texte numérisé non relu

L4 CONVENTION FRANCO-ALLEMANDE

sophistique du traité marocain dues à l'esprit du mercantilisme excessif de la politique coloniale française. Tant mieux ! On sera fixé, à ce moment, sur ce qu'une nation énergiquement colonisatrice, appuyée d'une bonne administration, peut faire de bons bénéfices au Congo, et il est à espérer que notre diplomatie sera alors de nouveau assez énergique pour obliger les Français, qui impatiemment demanderont les mains toujours plus libres au Maroc, à nous céder de nouveaux districts de leur riche domaine équatorial...

« Si les Français continuent d'être nos adversaires diplomatiques, la diplomatie allemande est digne des plus grands éloges pour avoir su tenir ouverte la question marocaine. »

Et après avoir cité un article du Figaro où il est dit que l'accord du 4 novembre est « le commencement, non le point final, de difficultés sans nombre », M. Daniels conclut:

« Le Maroc continue donc — le Figaro l'apprend à ceux qui ne le savent pas encore — d'être un instrument dans les mains de la politique allemande. Cette constatation nous est d'autant plus agréable que nous avons douté un moment, au cours des négociations, si l'Allemagne, sur l'Atlas, garderait un pied à Fétrier. La guerre avec la France, que nos hyperpatriotes désirent aujourd'hui, ils pourront toujours l'avoir encore dans un stade ultérieur de la question marocaine. »

Voilà ce que l'autre partie prépare pour l'œuvre de conciliation de l'accord franco-marocain.

Il est vrai que certains orateurs nous ont dit, à la Chambre des députés, que ce traité était plein d'embûches et qu'il fallait, pour le pratiquer, une politique nouvelle. Qu'est-ce que cette politique nouvelle ? Avons-nous à faire amende honorable de nos provocations à l'Allemagne ? Ce n'est pas au Palais-Bourbon qu'il faut dire ces choses, c'est au Reichslag. [Approbation.)

Cette politique nouvelle, c'est la politique du rappro-

chôment avec l'Allemagne dont il a été beaucoup parlé dans ces temps derniers. Cette politique de rapprochement est née dans les milieux financiers.

Je ne veux pas dire du mal des financiers , mais je crois qu'ils sont mieux à leur place dans la finance que dans la politique étrangère de la France. (Très bien ! très bien ! — Applaudissements sur un grand nombre de bancs.)

M. Le Provost de Launay. Et même dans la politique intérieure !

M. Clemenceau. Ils n'ont pas de balance pour Pimpondérable (Très bien!), pour les sentiments, pour les passions, pour les idées qui font agir les nations ; ils ne voient que les choses qui se vendent, ce n'est pas assez, et le vice principal des accords financiers avec l'Allemagne, c'est surtout, nous n'avons pas à nous en cacher, que nous avons toujours peur d'accroître, par les bénéfices que nous laissons à l'autre partie, la force dont la pointe est dirigée contre nous.

Voilà ce que c'est que le pacifisme financier ; il n'a rien donné de bon.

... Il y a un autre pacifisme : c'est un pacifisme intellectuel, d'idéalisme humanitaire, qui a ici un excellent représentant en la personne de M. d'Estournelles de Constant.

M. d'Estournelles de Constant. C'est un pacifisme patriotique !

M. Clemenceau. Mon cher collègue, idéalisme et patriotisme ne peuvent pas être contradictoires.

Vous en avez fort bien parlé; seulement, quand roua êtes arrivé à votre conclusion, vous nous ave/ dit qu'il fallait remplacer la politique des antagonismes par la politique des conciliations.

Gela, je le répète encore, ce n'est pas chez nous qu'il faut le dire. Je sais que vous êtes allé le proclamer partout, et je vous en félicite ; mais lorsque vous nous avez expliqué que l'intérêt de l'Allemagne n'était pas dans la guerre, je vous réponds, avec les faits que j'ai cités, que les peuples ne sont pas toujours mus par l'intérêt immédiat, et que, malheureusement pour nous, ce n'est pas vous qui êtes chargé des intérêts de l'Allemagne. (Très bien! très bien ! sur divers bancs.)

M. d'Estournelles de Constant. A quoi bon vous répondre ? Je l'ai fait par avance dans mon discours.

M. Clemenceau. Il y a encore le pacifisme révolutionnaire. De celui-là; je ne veux pas médire: c'est celui de 4 millions de voix qui viennent de se faire entendre de l'autre côté du Rhin. C'est là un son de cloche qu'il faut faire entendre après les sentiments dont je vous ai donné connaissance tout à l'heure.

M. Flaissières. Très bien !

M. Clemenceau. Seulement, il ne faut pas s'y tromper: tous ces hommes, si leur patrie était menacée, prendraient un fusil. Bebel l'a dit, c'est son honneur de l'avoir dit, et ce serait l'outrager que de ne pas le croire. (Très bien! très bien! sur un grand nombre de bancs.)

Je ne méprise pas sa façon de voir, je ne fais pas fi de ses sentiments, seulement, dans la pratique, je suis bien obligé de reconnaître que je n'ai aucun moyen de les utiliser.

D'autant moins que le pacifisme révolutionnaire, venu des masses populaires, est encore si imprégné des anciennes doctrines ataviques de violence, que, si ces hommes prêchent la paix à l'extérieur, ils sont, en même temps, très prompts parfois à prêcher la violence à l'intérieur (Très bien! très bien!), et que, dans un coup de passion

un mouvement belliqueux peut les emporter comme les autres.

Cependant, nous sommes pacifistes, nous le sommes en ce sens que nous ne voulons pas d'agression, que nous ferons notre possible pour maintenir la paix, que l'œuvre que nous avons entreprise et dont je parlais tout à l'heure vise beaucoup trop haut, beaucoup trop loin, pour que nous allions la risquer, en un jour de bataille, pour un de ces prétextes que nous appelons en français des « querelles d'Allemand ». Nous visons plus haut et plus loin, je le répète, et comme nous faisons partie d'une entente, comme tous les peuples ont intérêt à la paix, comme la guerre, aujourd'hui, nous offrirait un tel spectacle d'horreur qu'aucun homme n'aura, dans l'avenir, le cœur de prendre la plume pour signer la décision irrévocable, nous trouvons là des garanties.

De bonne foi, nous voulons la paix, nous la voulons, parce que nous en avons besoin pour refaire notre pays. xMais enfin, si on nous impose la guerre, on nous trouvera. (Vifs applaudissements sur tous les bancs.)

La difficulté entre l'Allemagne et nous est celle-ci : que l'Allemagne croit que la logique des victoires est dans la domination, et que nous ne croyons pas que la logique de défaite soit dans la vassalité. [Double salve d'applaudissements sur tous les bancs.)

Nous sommes pacifistes, pacifiques, pour dire le mot exact, mais nous ne sommes pas soumis. Nous ne souscrivons pas à l'arrêt d'abdication et de déchéance prononcé par nos voisins. Nous venons d'une grande histoire et nous enlendons la coi \pprobation uiuinime.)

M. < sfr; nçai

M. i iv. Lesm< I les vivants ; les vi-

vants resteront fidèles aux mort*

Et que dirions-nous à cette *ôe qui vient à n<

qui nous regarde avec des yeux défiants, parce que nous lui avons remis une France moindre que celle que nous avons reçue? Lui dirons-nous de renier son histoire, de l'oublier, d'abdiquer, de se soumettre à l'inévitable destinée des peuples qui ont fini de vivre?

Non ; nous avons encore quelque chose à dire, quelque chose à faire, quelque chose à vouloir. (Très bien! très bien !)

Page 1