‹ La France devant l'AllemagneChapitre 75 sur 133 · J I II · texte numérisé non relu

J I II

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à brève échéance, le fatal aboutissement dîme iongue suite d'incessants efforts conduits avec une remarquable obstination vers le but unique d'une conquête européenne, qui doit ouvrir à l'Allemagne les portes de l'universelle domination. Tout le reste n'est que le développement logique d'une entreprise dont on ne sait si ion doit admirer le plus la fol ie dans la conception ou le sang-froid dans l'exécution.

Si nous avions le loisir de considérer ces choses du point de vue purement objectif, nous pourrions nous livrer à une curieuse étude d'un phénomène de psychologie nationale pour lequel je ne découvre pas de précédent. Mais, puisque nous en sommes les premières victimes, force nous est d'envisager le problème d'un tout autre côté. La puissance de volonté, capable de rassembler, d'organiser, de développer la plus grande somme de moyens de violence dont il soit fait mention dans l'Histoire, a voulu, pour amener les catastrophes présentes, la concordance d'une non moins stupéfiante accumulation d'erreurs et de fautes chez ceux qui ont pu vivre un demi-siècle sous la menace d'un coup ;ssue sans.se hausser à la résolution de mettre de leur côté toutes les chances de succès.

Qu'on me permette de le dire, ce phénomène n'est pas moins déconcertant que l'autre. Peut-être l'est-il davancar s'il est de l'homme de tenter éternellement la maîtrise d'autrui, notre loi naturelle oppose à cette irrépressible fatalité une véritable réaction de défense concertée. Le miracle, c'est qu'à tant de préméditation d'une part ait pu répondre tant d'imprévision systématique chez trois grands peuples dont les annales ne sont en rien inférieures à celles de l'Allemagne. Ce sera là le prodige sur lequel s'arrêtera la méditation des historiens.

Pour ne considérer que ce qui est de nous, nos soldats sont en train de racheter si merveilleusement des fautes qui ne sont pas les leurs que la flamme de l'énergie française n'en paraîtra peut-être que plus pure et plus belle. Au prix de combien de sang versé ! Au prix de combien de ruines, de misères, de désespérances ! Comment le pour-

rions-nous oublier, quand dix départements de France sont encore sous le pied allemand? S'il me paraît bon de rappeler ces choses, c'est que je voudrais faire comprendre à1 tous que le salut de la patrie est dans l'abandon des vieilles routines de laisser faire qui nous ont coulé tant de maux, pour amener nos dirigeants aux belles initiatives d'audace et de dévouement dont d'humbles enfants du peuple, que ne connaîtra pas l'Histoire, donnent au monde le miraculeux spectacle pour la gloire du sang français.

L'Homme Enchaîné, 4 décembre 1914.

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