CEUX DU FRONT
... L'homme qui est au feu vit double, tant par l'imminence du danger que par la nécessité d'exiger à toute heure de ses moyens physiques et moraux un maximum de rendement. Lavie civiliséenousprépare d'une façon imparfaite aux soudaines détentes de suprême énergie. Nos crises personnelles sont de sentiments intimes, bien plus que de violences extérieures, et, dans les pays d'individualisme, comme disent nos Germains, — c'est-à-dire là où l'on tient l'homme pour la réalité sociale, non pour une entité métaphysique de l'Etat impérialisé, — la préparation effective à la guerre s'allège de soucis en escomptant trop aisément les ressources de puissance personnelles qui jailliront de l'être, grandi par une gymnastique supérieure de liberté, de volonté.
L'image du grand sacrifice nous demeure lointaine. La frénésie de vivre ne nous permet pas de nous y arrêter. VA puis, tout à coup, parce que l'Autriche et la Serbie auront dit certaines choses, au lieu de certaines autres, la patrie, menacée, appelle ses enfants au canon, et le spectacle surgit des vies ardentes à s'offrir pour une cause supérieure à celle qui, jusque-là, les tenait attachées.
Du jour au lendemain, les conditions de sentir et de faire se trouvent totalementchangées. Des choses et des êtres qui ont retenu les cœurs et les retiennent toujours par tant de