‹ La France devant l'AllemagneChapitre 84 sur 133 · LA DESTINÉE · texte numérisé non relu

LA DESTINÉE

et belle, d'une vie, d'une beauté, dont l'héritage lui vient des plus grands exemplaires d'humanité.

Nous avons fait tout ce qu'il était nécessaire pour qu'elle parût, et fût divisée. Ne renions point tant d'efforts divergents vers le haut idéal, dans les chemins duquel les plus nobles consciences peuvent s'égarer. La France est telle que nous l'avons reçue, telle que nous l'avons continuée, extrême en ses élans, dont la condition même est que le calcul en soit exclu. Plus fécondes, les fragmentations d'efforts de liberté, que l'union dans une servitude de passive débilité — à la condition, cependant, qu'en des jours voulus de la destinée, la nation, toute la nation, se retrouve en sa puissance d'intégrale volonté. Ce jour est enfin venu, par la traîtresse agression de l'Allemagne, et c'est en nous voyant à l'œuvre que l'Allemagne doit apprendre qu'en voulant nous détruire, elle n'a pu que nous donner le suprême achèvement d'énergie totale qui nous manquait.

A mesure que nos jeunes recrues arriveront sur le front, leur croissante ardeur se heurtera aune jeunesse diminuée de pâles Casque-à-vointe, dont pas un ne pourrait dire ce qu'il fait dans sa tranchée, sinon qu'on lui a dit que l'Allemagne devait être au-dessus de tout, et que cela ne se pouvait faire que par d'énormes destructions de massse humaines.

Débile créature qui seras, peut-être, partiellement libérée de tes maîtres par la défaite que nous sommes en voie de tinfliger, tu ne peux nous opposer qu> le misérable effort de tes muscles, tandis que chaque jour qui se lève fait apparaître, chez nous, toujours plus de cœur, toujours plus de volonté. Sors de ton trou, pauvre serf de ta propre infirmité. Nos enfants, de qui la trahison est inconnue, mettront l'arme à terre pour te donner le temps de regarder. Jette les yeux sur tes chefs, tous ces hobereaux, impérialement domestiqués, comme toi-même, qui te poussent aux meurtres, aux atrocités ignorées de la bête sauvage. Ils n'osent pas convenir encore que l'irréparable défaite arrive, mais ils n'ont déjà plus l'excuse d'une bonne foi de

barbares, pour te pousser, comme chair à canon, sans espérance possible, aux monstrueuses et désormais inutiles tueries.

Regarde l'horizon, vois tous les peuples de la terre, beaucoup indifférents d'abord, qui se détournent de ton Maître, portant, au front, le signe du réprouvé. Nous combattons, nous, Anglais, Français, Russes, qui nous sommes si souvent livré bataille, nous combattons pour notre droit de vivre librement, qui implique aussi le tien, sans que tu aies pu le comprendre encore. D'amis, tu n'en as pas, aidé seulement de 1 Autriche asservie, et craint des faibles cœurs que tu menaces ou que tu as spoliés. Mais, parnous, voici que la peur disparaît des âmes et que ceux que tu faisais trembler te regardent et prennent ta mesure, tandis que les tiens, là-bas, attendant l'anéantissement de l'Angleterre et le sac de Paris, se disputent un petit morceau de pain noir ou un lot de pommes de terre.

C'est fini. Tu as vu. Fais, en hâte, le plongeon dans la boue de ta tranchée, puis médite, situ peux, sur toi-même et sur ceux qui t'ont conduit là. Prends garde, l'œil de nos petits soldats s'allume. Canonniers, à vos pièces ! Passe

la Destinée.

L'Homme Enchaîné, 25 février 4915.

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