‹ La France devant l'EuropeChapitre 17 sur 21 · SA CONFIANTE HOSPITALITÉ · texte numérisé non relu

SA CONFIANTE HOSPITALITÉ

accueil nous fîmes alors à nos hôtes I Quelle confiance ! Quelle aveugle hospitalilé! Aucune auberge, aucun hôtel n'eût sufB à cette affluence. Nous ouvrîmes nos logis, nos foyers. Dans les étroits appartemens de Paris, on se gênait, on se serrait pour les recevoir; la maître de la maison se contentait souvent de quelque coin obscur, donnant ses plus belles pièces aux visiteurs provinciaux, aux amis européens. Nous avions supprimé les portes, presque renversé les murs, pour que la cité reçût, embrassât, s'il se pouvait, le monde. L'élan de la fraternité fit dire à un grand écrivain: « Plus de cité! Le genre humain!... Entrez! Celte ville est à vous.»

Comment ces avances étranges, excessives, étaientelles reçues? D*un air douteux, équivoque, parfois un peu ironique. Tels, riches^ princes russes ou lords anglais/ louaient Paris comme un lieu de plaisir, une auberge, ne tenant compte de tant de choses ^ qui ne se payent pas, de Taimable accueil, sympathie gue, qu'on y fait aux étrangers. Que voyaient-ils de cette ville? les boulevards, les spectacles. Ils ne soupçonnaient en rien le profond, le fécond Paris; ce foyer, celte forge ardente de tant d'arts dont l'Europe accepte les produits sans les comprendre. D'autres étrangers, plus pauvres, plus malveillans, plus curieux, regardaient toutes ces merveilles avec un sourire forcé , lâchaient d'être indifférens, ne l'étaient pas, jaut^^s»salent.

ii DIT CAStR SYMPATHIQUE DE LA. FRAFfCE.

Il est odieux, mais certaio, qneces promeneurs curieux que nous conduisions partout, regardaient et dessinaient nos murs, nos forts, les côtés faibles des défenses de Paris. En décembre 67 , nos hôtes, de retour à Berlin, publiaient un manuel militaire qui donnait dans un grand détail la topographie des abords de la ville, la façon aisée, infaillible de la bombarder, de la prendre. On ne négligeait rien pour surexciter cette fièvre de militarisme. Flatteur grotesque, mais habile, de la passion populaire, Bismarck se targue de n'avoir voulu entrer à Paris qu'armé^ sous le casque pointu. Cette entrée de carnaval dans une ville toute amie, parut d'un goût héroïque aux Teulomanes effrénés. Cette coiffure leur paraissait le casque d'Arminius. Par Talliance prusso-russe, ce fut celui d'Attila.

• Pour nous autres Parisiens, nous rîmes, n'en gardâmes pas moins nos sympathies pdlir l'Allemagne. Les miennes n'ont jamais varié ! Cette année même, 1867, en terminant ma grande Histoire ^e France, et résumant, dans la préface Jes études, les travaux qui ont rempli ma vie, j'énumérai avec plaisir les influences diverses que l'Allemagne eut sur moi à mesdifférens âges, les passions littéraires, vraiment fortes, que m'inspira cette grande sœur de la France. J'aimais spécialement son génie originaire, l'accetit, la vibration émouvante de sa langue antique, sa sagesse populaire dans ce qui

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nous reste de ses weisslbûmer, des jages qui^ sous Torme et le tilteul^ ont trouvé tant de choses hamainés. Cette passion alla si loin, que je fis l'entreprise énorme (si difficile, insensée?) de traduire le livre de Orimm, les Antiquités du droit allemand. Lui-même me soutint fort, m'encouragea, et loua mon travail. Combien j'y ai profité, développé mon sens historique, je l'ai dit et répété dans celle préface de VHistoire de France (imprimée, non publiée encore). Celle préface surprendra' après tant d*événemens. Dieu me garde d'en rien effacer, de rien rabattre de ce que je dois à l'Allemagne, à ce grand et cher Grimm! Plût au ciel que je pusse moi aussi donner une pierre au monument national qu'on lui doit et qu'on lui élèvera un jour !

Ce n'est pas moi , ce n'est pas nous seulement, nous peuple des lettrés, qui avions ces sentimens. J'ai dit (dans mon livre Nos fils) quelle fut l'émotion commune quand, à la fête du 4 mars 1848, nous vîmes devant la Madeleine, parmi les drapeaux des nations qu'apportaient les dépulations d'exilés de chaque pays, le grand drapeau de l'Allemagne, si noble (noir, rouge et or), le saint drapeau de Luther, Kant et Fichte, Schiller, Beelhowen, et à côté le charmant tricolore vert de l'Italie. Quelle émotion ! Que de vœux pour l'unité de ces peuples 1 <r Dieu nous donne, disions-nous, de voir une grande Allemagne, une grande et puissante Italie I Le concile européen reste incomplet, inharmo-

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