LIVRE II
l'alliance de la chrétienté
ET DE l'islam
Si l'alliance des rois très chrétiens avec llslam sacrifiait définitivement la politique de principe à la politique d intérêt, François I" et ses successeurs demandèrent du moins, et aussitôt, à cette alliance tous les bénéfices qu elle leur pouvait offrir.
Ce n'était pas assez que le Turc mît sa force militaire au service de notre politique, la royauté voulut compenser par des avanta^^es accordés à ses sujets, Toutrage fait à leur conscience, et apaiser cette conscience même en employant à la protection du christianisme Talliance qui semblait le renier.
Entre le monde musulman et le monde chrétien, rhostilité des mœurs et des armes n'avait pas supprimé tous rapports. Si fermées et redoutables que deux civilisations soient Fune pour l'autre, il y a deux sentiments plus forts que la crainte, l'amour du gain et le zèle de la foi. Après l'invasion des Arabes, les habiles marchands d'Italie, de Sicile, de France, avaient tenté de continuer sur le htto-
rai d'Asie et d'Afrique les négoces accoutumés, et, parmi les musulmans, certains aimaient mieux trafiquer avec les infidèles que de les massacrer Au plus fort des Croisades, ces échanges continuèrent, et même, quand les deux civilisations, pour se combattre eurent pris contact, elles virent mieux quelles ressources lune offrait à l'autre. De là les trêves du commerce parmi la lutte des croyances, et les lieux d'asile où la haine cédait à lintérêt. Mais ces asiles devaient être, un à un, obtenus des autorités locales qui, presque partout, avaient usurpé sur l'impuissance des Kalifes ; chaque convention tombait avec le chef instable qui l'avait consentie, et dans chaque ghetto chrétien où les marchands s'enfermaient, la sûreté de leurs biens et de leurs vies était toujours précaire. L'Islam n'avait pas seulement dans ses ports ces visiteurs mobiles qui trafiquaient un pied sur leurs navires et, comme des oiseaux migrateurs, ouvraient leurs voiles au premier danger. Il gardait en bien plus grand nombre au fond de ses provinces, sur toute l'étendue de ses conquêtes, les communautés chrétiennes qu'il n avait pas détruites, ayant besoin d'esclaves. Parfois même, il leur avait promis une certaine tolérance pour obtenir leur soumission, et ces garanties, données dès