LA QUESTION DE LA TRIPOLITAINE
grave ; elle ne serait même, sans doute, ni une gêne ni un danger. Autre chose était de la Tunisie, d'où non seulement on entre de plein pied en Algérie, ]nais d'où Ton commande aussi le seul passage praticable aux gros navires, entre le cap Bon et Tîle Pentallaria, du bassin occidental dans le bassin oriental de la Méditerranée. Autre chose est encore aujourd'hui du Maroc, sorte de prolongement de l'Algérie. Du vilayet de Tripoli, au contraire, on ne peut que difficilement menacer la Tunisie couverte au sud par la ligne des chotts.
Reste à savoir, pour le cas où les Italiens s'installeraient sur la cote barbaresque, ce qu'ils entendent par ces expressions si peu précises d' « interception des voies commerciales du Centre africain ». Il ne peut s'agir pour eux — nous l'avons amplement démontré — pas plus du reste qu'il ne s'est agi pour les Turcs, de s'installer sur un point quelconque de la zone de l'Afrique française comprise au sud du tropique du Cancer. Veulent-ils dire alors que nous laisserions librement circuler leurs convois et leurs marchandises sur les pistes de ^lourzouk au Tchad ou de Benghasi au Borkou ? Nous pouvons répondre que, sous ce rapport, nous n'aurions qu'à maintenir notre façon de faire actuelle; nous ne pouvons qu'encourager et faciliter le trafic des caravanes, puisque nous sommes maîtres du Centre africain et que notre intérêt est d'y développer le commerce.
Prétendent-ils au contraire à des avantages plus grands, dans la région au nord du Tchad ? Ce serait alors chose à discuter; le 21 mars 1899, l'Angleterre et la France se sont concédé mutuellement l'égalité du traitement commercial depuis le Nil jusqu'au lac Tchad ; nous pourrions, le cas échéant, conclure avec les Italiens une même convention de réciprocité entre ce lac et Tripoli. De toutes façons, il y a un point que nous ne saurions oublier, c'est celui qui concerne les oasis de Ghadamès et de Ghat.
Ces oasis dépendent naturellement de l'hinterland tunisien. Les Turcs, en les occupant, coupent la route de Gabès à l'Aïr et à Zinder, dont nous tenons les deux extrémités; mais les territoires qui les avoisinent restent complètement indépendants d'eux et indivis entre nos tribus tunisiennes. Si donc les Italiens venaient, un jour ou l'autre, à se substituer aux Turcs en Tripolitaine, il ne s'ensuit pas que nous devions nécessairement leur reconnaître la possession de Ghat et de Ghadamès ; bien au contraire, cette éventualité nous amènerait à revendiquer la possession intégrale des routes de la Tunisie au lac Tchad, qui historiquement, poUtiquement et géographiquement, doivent faire partie de notre domaine de l'Afrique du Xord.