DANS LE CENTRE AFRICALX
De tous les obstacles qu'a rencontrés notre expansion en Afrique, le plus puissant, le plus continu qui se soit dressé devant nous, est sans contredit celui que nous a opposé Flslam. A la fois dog'me religieux et instrument d'action politique, le mahométisme nous a combattus par la force, chaque fois qu'il en a eu les moyens; puis, lorsque les résistances ont dû céder devant nos armes, il a substitué à la lutte ouverte une opposition sourde, une guerre d'influence et de prosélytisme qui entretient soigneusement dans Fesprit des musulmans Fespoir que quelque jour le Prophète chassera de la terre sacrée Finfidèle maudit. Enveloppant de Fimmense réseau de ses confréries tout le Nord et FOuest africains, il a donné aux populations sédentaires ou nomades le lien que ne pouAait leur assurer Fabsence de tout sentiment de nationahté, lien religieux d'autant plus redoutal^lc qu'il s'établit lentement, progressivement, en notre présence même,
Fekhv. — La France en Afrique. 12
sans qu'il nous soit toujours possible d'en saisir retendue et les ramifications.
Que Ton prenne une carte d'Afrique, où l'on aurait teinté en noir les pays de religion musulmane, et l'on aura du même coup les zones où nous avons du dépenser le plus d'efforts. En Algérie, il nous a fallu près d'un demi-siècle pour briser les résistances. Au Sénégal, quand Faidherbe a voulu déboucher de Dakar et de Saint-Louis dans le Gayor, il lui a fallu réduire les Toucouleurs, disciples fanatiques du Prophète. Au Soudan, notre pénétration s'est heurtée aux agglomérations musulmanes qui en jalonnent le nord — sédentaires de Bakel, de Nioro, de Sokolo et de Tombouctou, Maures et Touareg des steppes de la lisière du désert — ou à celles qui, du Fouta-Djallon et de Timbo, rejoignent les premières vers Tombouclou, en une longue coulée le long du Niger.
Et encore, l'orgueil et les sentiments musulmans sont-ils tels en certaines régions que notre autorité n'y semble pas profondément ancrée, bien qu'elle y soit officiellement reconnue. Les nomades du nord, même lorsqu'ils ont fait leur soumission, les Peuhls de Ségou, les Toucouleurs du Cayor, les groupes de mêmes races qui vivent dans les fertiles vallons du Fouta- Djallon, témoignent, tout au moins par l'arrogance de leur attitude, de leur mépris pour le « chien » qu'est à leurs yeux le chrétien.
Dans les pays fétichistes au contraire, chez les Bam-