LA QUESTION MUSULMAXF. DANS LE CENTRE AFRICAIN
Kairouan, Gabès, Tripoli, au Caire et à la Mecque, partout où il passa, pendant ses longues pérégrinations, le cheik Si Mohammed prêcha et recruta des adhérents; mais, partout aussi, son zèle réformateur lui attira Finimitié du clergé musulman. Obhgé en 1843 de s'éloigner de la Meccjuc, il s'installait à la Zaouia Blanche, dans le djebel Akhdar, au voisinage de Derna et de Benghasi, couvrait de zaouïas « tout le pays, des Syrtes au Soudan, de TEgypte au Touat», venait en 1855 résider au centre de son empire, dans Toasis de Djerboub *, cpi'il transformait par d'immenses travaux de cultures et où il mourait en 1859. L'aîné de ses deux fils, El-Mahdi, dont des nouvelles récentes ont annoncé la mort, prenait sa place à la tète de l'ordre.
Les années suivantes, — et sans interruption jusqu'à aujourd'hui — les progrès des Senoussiâ dans le désert, vers les rives du Tchad et le Centre africain, vont s'accentuant : de nombreuses zaouïas couvrent le pays des Tibbou, le Borkou, le Kanem, le Ouadaï : d'autres se créent plus au sud dans le Baguirmi ; le prosélytisme tend même à gagner le Bornou, le Damero:hou et la réoion de Tombouctou. El-Mahdi règle sur le développement de son empire les déplacements de sa résidence principale. Son frère Mohammed ech-Chérif conserve l'administration de l'oasis
* Entre Ben^'hasi et le Caire.
de Djerboub. Quant à lui, il se transporte en 1895 à Koufra*, en 1899 à Gouro (est du Borkou), où il se trouve dès lors dans la zone d'influence française; on le signale même vers le milieu de 1900, comme voyageant au sud-ouest de Gouro dans la direction d'Abécher, en plein Ouadaï. Entre temps un khalifa a été installé dans le Kanem.
On ne paraît pas actuellement plus fixé sur les intentions du cheik qui vient de succéder à El-Mahdi qu'on ne Tétait sur celles de ce dernier : les écrivains qui semblent les mieux informés émettent à ce sujet des opinions qu'il est intéressant de noter. Les uns disent que les Senoussiâ, représentants d'une sorte d' «impérialisme » musulman, poursuivent, avant tout, une œuvre de panislamisme; les autres, qu'ils accomplissent pacifiquement une « véritable mission coloniale » et, à l'appui de leur affirmation, ils montrent les oasis se fertilisant, les communications devenant plus faciles et plus sûres grâce aux zaouïas, dont les bâtiments forment sur les pistes gîtes d'étapes, et dont les prêtres sont des sortes d'arbitres, réglant les différends et apaisant les conflits. Dans une étude publiée en 1902 par un journal arabe, El Hadira de Tunis, le musulman Mohammed el-Hachaïchi, qui a longtemps vo^^agé dans le Soudan et « vu de ses yeux les choses dont il parle », affirme nettc-
• Sur la piste de Bciighasi au Tchad par Aoudjila et le liurkuu.