LA OUESTION MUSULMANE DANS LE CENTRE AFRICAIN
ment cjue (( les Senoussià regardent la politique comme un domaine qui leur est interdit, leur règle étant de ne s'occuper que de choses religieuses. » « Jamais, dit el-Hachaïchi, le cheik Senoussi n'a songé à entamer une lutte directe contre les chrétiens, pas plus qu'à fomenter une insurrection contre eux en réveillant les passions assoupies. »
Par contre, tous les avis sont unanimes lorsqu'il s'agit de reconnaître l'autorité absolue du cheik, directeur de TOrdre, l'immensité de son influence, l'organisation remarquable, la centralisation serrée de la confrérie, dont un service de courriers relie entre elles les différentes zaouïas.
Il est donc hors de doute que les Senoussià constituent une puissance formidable, admirablement dans la main du chef. Voilà pour l'instant le point à retenir. Quant aux intentions de ce chef, le fait qu'il colonise et pacifie là où se rendent ses mokaddems ne prouve rien contre le rêve de panislamisme qu'on lui a prêté. Son œuvre de colonisation ne va pas sans une œuvre de prosélytisme ; les deux marchent de pair, comme c'est la coutume dans le monde de l'Islam. Les musulmans n'envoyent pas en effet ostensiblement des représentants officiels de leur culte dans les pays cju'ils veulent convertir ; leurs premiers émissaires sont des marchands, et c'est dans les caravanes que se ghssentles marabouts qui, le soir venu, sur la place du village ou dans les campements de
tribus, disent, au milieu des cercles de palabres, les légendes, les récits qui font connaître leur cheik et le proposent peu à peu, sans intention apparente, par une sorte de foi communicative, à la vénération des fidèles ; et, d'autres suivent ensuite qui reprennent la lâche commencée, deviennent plus pressants, plus convaincants, s'adressent au naïf orgueil de Findigène et finalement Tamènent à s'affilier à la secte toutepuissante.
C'est là du prosélytisme sans violences, bien différent de celui en masses et à mains années, mais tout aussi fructueux pour la religion et la puissance musulmanes et tout aussi dangereux pour Fexpansion européenne. Qui dit, du reste, que lorsque ce prosélytisme colonisateur se sentira arrêté et menacé par les chrétiens — qui eux aussi colonisent et pacifient, mais d'après d'autres principes, — qui dit qu'il ne recourra pas à la force pour briser les obstacles qu'on lui opposera et qu'alors il n'entraînera pas dans un immense soulèvement tous ses adeptes contre l'ennemi commun? Deux forces qui se heurtent — fussentelles également colonisatrices — restent toujours deux forces dont l'une tend fatalement à absorber l'autre et pourquoi veut-on que les Senoussistes se conduisent mieux envers les Européens que les Européens entre eux ?
Jusqu'alors, ils n'ont eu que peu de contacts avec l'Europe. Lors de notre débarquement en Algérie, le