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LA ÙUESTION MUSULMANE DANS LE CENTRE AFRICAIN

cheik fondateur. Si^lohammed, a violemment prêché contre nous, tant à Bou Saada et Ouargla qu'à Tunis. Depuis, on a cité, soit de lui, soit de son fils, maints cris de haine contre les chrétiens; on a prétendu, sans le démontrer, que les Senoussiâ n'étaient pas étrangers aux massacres des Pères Blancs, de M'^^ Tinné, de Flatters, de Palat. On doit par contre se rappeler que, dans la traversée du Sahara, Montcil a reçu des Senoussiâ une aide fort utile ; C|ue, plus récemment, en 1897-98, M. Withe a été admis dans Foasis senoussienne de Siouà ; que surtout, en 1883, le mahdi Mohammed Ahmed, qui marchait à la tète des derviches égyptiens, ne put obtenir aucun secours du cheik El-Madhi, bien cju'il lui eut envoyé à Djerboub des émissaires chargés de présents. Mais depuis, Khartoum est tombé, le Kanem et le Ouadaï sont parcourus par des Européens ; les Senoussiâ sont au contact des chrétiens, c'est-à-dire en présence directe de principes et d'intérêts opposés aux leurs.

Il est bon de dire — car ceci est peut-être Félément le plus important de la question — qu'ils se sont également trouvés, et se trouvent probablement encore, en opposition plus ou moins déclarée avec le monde officiel de Flslam. Le créateur delà confrérie, Mohammed, était un réformateur, un schismatique même, « prêchant le retour aux coutumes des premiers âges de T Islam, c'est-à-dire aux ?igQi antérieurs

aux fondateurs des rites», et « interprétant le Coran, sans l'intermédiaire de l'un des quatre imans orthodoxes)). Les musulmans le considèrent, pour ainsi dire, comme le « créateur d'un cinquième rite )). Aussi, à Tunis, au Caire, à la Mecque, Si Mohammed fut-il désavoué et obligé de quitter successivement chacune de ces villes; delà, chez le cheik, une haine farouche contre les Turcs et ces paroles significatives : « Les Turcs et les chrétiens sont de la même farine : je les briserai du même coup. ))

Les Senoussiâ semblent être restés ce qu'était le cheik fondateur. Leurs rapports avec les Turcs se sont-ils modifiés? Sur ce point encore, les opinions les plus contradictoires ont été exprimées.

11 est incontestable que si Constantinople se montre résolue à ne pas abandonner la Tripolitaine, c'est surtout parce que la Régence reste sur la côte africaine (( la seule porte qui lui permette encore d'accéder à l'immense agglomération musulmane du Centre africain et d'y maintenir son influence religieuse )). 11 paraît non moins certain que le Commandeur des Croyants a fait quelques tentatives pour se rapprocher du chef de la puissante confrérie des Senoussiâ. Il aurait, dit-on, envoyé en 1900 une ambassade à El-Mahdi, à Gouro, pour examiner avec lui les conséquences de la convention anglo-française du 21 mars 1899 et lui proposer une action commune contre nous dans le Centre africain ; ses essais de

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prise de possession de Toasis de Bilma, sur la piste du Fezzan au Tchad, en pleine zone d'influence française, n'auraient été C|u'un premier jalon, qu'une première étape de la marche des Turcs à la rencontre des Senoussiâ. Après les échecs que nos troupes infligèrent, à Bir Alali.aux bandes d'El-Mahdi, en janvier 1902, celles-ci auraient reçu de Benghasi des fusils à tir rapide. La prise même de Bir Alali aurait fait tomber entre nos mains une nombreuse et instructive correspondance prouvant qu'un des lieutenants d'El-Mahdi « avait ourdi contre nous des intrigues tendant à nous chasser du Centre africain ».

Dans les milieux coloniaux français et anglais, ces nouvelles avaient ému les esprits. On demandait au gouvernement français défaire des représentations à la Porte au sujet de ses projets sur l'oasis de Bilma. La West Africa et YEconomist de Londres montraient les dangers que ferait courir à la Nigeria septentrionale et même à l'Egypte « Faction du chef de la secte la plus puissante de FAfrique, appuyée sur celle du Commandeur des Croyants ». « Si les intrigues des Turcs sont jetées dans la balance et si une soi-disant communauté d'intérêts doit triompher des difTérences de doctrines et amener une alliance entre la Turquie en Afrique et les Senoussiâ, le péril serait pressant. Dans toutes les représentations que la France sera appelée à faire auprès du sultan

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à la suite de Fenvoi des troupes turques dans Thinterland tripolitain, elle doit avoir Tappui de notre Foreign Office... Le Senoussisme doit retrouver son propre niveau et continuer d'être ce qu'il a été jusqu'ici, une force purement spirituelle ^ ».

Mais depuis, Fémotion s'est calmée ; la situation a été appréciée de façon moins pessimiste... Des émissaires envoyés dans les zaouïas senoussiennes ont rapporté que « jugeant inutile de prolonger la lutte contre les Français, le pontife aurait décidé d'abandonner Gouro pour aller fonder ailleurs une mosquée métropolitaine ». La Porte démentit officiellement Fenvoi de troupes dans Foasis de Bilma. On apprit en même temps que Fambassade turque de Gouro serait revenue, sans avoir pu opérer le rapprochement espéré ; l'indépendance très susceptible d'El-Mahdi aurait même pris ombrage de Finitiativ^e du sultan.

De fait, il semble logique qu'un cheik qui est un chef de secte religieuse et représente dans Flslam un rite spécial, base de toute sa puissance, ne puisse, sans trahir le dépôt qu'il a reçu et perdre du môme coup toute son influence, entrer en composition avec les représentants officiels de la doctrine orthodoxe, qui ont frappé lui et les siens d'une sorte d'excommunication. Aussi, nous ne pensons pas que Turcs et Senoussiâ puissent oublier en un jour ce qui les a

' Wesl «/■/■vca (avril 1902).

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