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LA QUESTION DE LA TRIPOLITATNE 1G

f( dans la convention, rien n'affecte ou ne vise à affecter les droits quelconques que la Turquie peut avoir dans les pays situés au sud de Tripoli ». C'est donc sciemment et en toute connaissance de cause qu'en visant le tropique du Cancer, la nouvelle convention de 1899 a rectifié et précisé celle de 1890. On pourrait alléguer que la dernière conclue de ces deux conventions ne trace des limites à l'Afrique française qu' « au nord- est et à Test » de la ligne indiquée dans ses clauses et que, par conséquent, elle n'a aucune valeur en ce qui concerne le nord et Touest, c'est-à-dire la partie comprise entre la dite ligne et Ghat. Mais, que vaudrait Test, si nous n'avions pas route libre dans Touest ? A quoi nous serviraient le Borkou et le Tibesti, si nous ne pouvions y accéder que par le détour du Congo? Prétendre pousser Fhinterland tripolitain jusqu'aux oasis de Bilma et sur le Tchad, c'est rendre sans valeur notre possession reconnue des réoions au nord et au nord-est de ce lac, que nous avons payée de la cession du Bahr el- Ghazal ; c'est rendre illusoires l'œuvre et la jonction, si justement vantées, de nos trois grandes missions Afrique centrale, P'oureau-Lamy et Gentil. En un mot, si la convention de 1899 n'avait pas pour corollaire, — évident et direct, — pour corollaire mitiinnnn, la liberté absolue de nos mouvements au sud du tropique du Cancer, autant vaudrait qu'elle n'existât pas : car les principaux avantages qu'elle

peut présenter pour nous seraient, de ce fait, presque entièrement annulés. Aussi nous associons-nous pleinement à ce que disait récemment le colonel Monteil : « Nul ne peut revendiquer les routes d'aboutissement au Tcliad, attendu que nous avons fait assez de sacrifices pour les avoir. Sous aucun prétexte, il ne faut que la frontière sud de la Tripolitaine, délimitée par la convention anglaise de 1899, soit entamée et que nos possessions territoriales se trouvent ainsi modifiées. ))

Si, du reste, la raison seule ne suffisait pas à faire saisir quelle doit être, en ce qui concerne Thinterland tripolitain, Finterprétation exacte de cette convention de 1899, Fanalyse des faits qui ont suivi sa promulgation montrerait, par leur tendance même, que se sont seuls mépris sur sa valeur ceux qui avaient intérêt à ne pas vouloir comprendre.

Les Turcs, auxquels le procédé du « fait accompli » a si bien réussi sur la frontière ouest à Ghadamès et Ghat, ont, semble-t-il, essa3'é de renouveler « le même coup » dans la zone sud. La Porte commença par vaguement protester contre la convention, puis, comme les droits dont elle pouvait faire état, paraissaient vraiment par trop chimériques, elle crut plus habile d'agir et de déployer dans le Fezzan et sur les pistes du Centre africain cette activité que nous avons signalée en fin 1899 et en 1900. Ses derniers projets sur Bilma marquent la plus hardie de ses

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tentatives et paraissent lui avoir valu de la part du gouvernement français des représentations,, qui l'auront certainement ramenée à une appréciation plus conforme à la vérité de la situation dans TAfrique du Nord.

Quant à l'itiilie, qui porte depuis longtemps ses espérances sur la Tripolitaine, elle engagea des négociations avec l'Angleterre et la France, et, le 24 avril 1899, Tamiral Canevaro, ministre des affaires étrangères, disait au Sénat italien : « Les assurances qui ont été données établissent qu'il nV a à redouter dans le présent ni dans l'avenir aucune entreprise de la France et de l'Angleterre contre la Tripolitaine ; que rien ne sera fait pouvant entraver les communications commerciales entre la Tripolitaine et les régions centrales de l'x^friquc. » Depuis cette déclaration, — intentionnellement si vague en sa deuxième partie, — les faits ont marché. Un rapprochement entre la France et l'itahe, dont les fêtes de Toulon et des échanges de visite de la part des deux chefs d'État ont été la manifestation publique, a eu lieu et les Itahens n'ont rien négligé pour accroître leur situation et leur influence en Tripolitaine.

En 1897, sur 600 navires entrant annuellement à Tripoli, il y en avait 121 italiens, contre 271 turcs, 70 anglais et 53 français ; comme importance commerciale, cette même année 1897, l'Italie venait pour

les importations, sur un cliifTre total de 9.500.000 fr., en quatrième ligne avec 1.200.000 francs contre 2.600.000 à TAngleterre et à Malte, 2.100.000 à la France et à FAlgérie-Tunisic, l.GOO.OOO à la Turquie, et, pour les exportations, sur un chiffre total de près de 10 millions de francs, en cinquième place avec 200.000 francs seulement contre 3.600.000 à la France, 3.500.000 à FAngleterre. 800.000 à l'Amérique, 520.000 à la Turquie^ Or depuis lors, les rapports du consulat de France signalent Faccroissement du commerce italien et, entre autres, la concurrence acharnée faite par les farines de la péninsule à celles que nous expédions de Marseille en grande quantité. « Les 785 navires entrés à TripoU en 1901 comptent 361 turcs, 173 italiens, 53 anglais, 50 français, etc.. Dans le mouvement des affaires, les Italiens tiennent aujourd'hui le premier rang pour divers articles dont ils s'occupaient à peine avant 1897, etc. »

On sait aussi que Benghasi s'est trouvé pourvu d'un bureau de poste italien et surtout que la grande Compagnie de navigation Florio-Rubattino a établi au commencement de 1900, pour une durée de dix ans, grâce à une large subvention de son gouvernement, un service périodique de vapeurs partant de Gênes tous les huit jours et desservant Naples, Reg-

^ Statistique do M. L. Rais, gérant du consulat do Franco à Tripoli.

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