‹ La France en Afrique et le transsaharienChapitre 11 sur 28 · LES DEUX ÉCOLES DE L'OBJECTIF DU TRANSSAHARIEN · texte numérisé non relu

LES DEUX ÉCOLES DE L'OBJECTIF DU TRANSSAHARIEN

déchue comme place commerciale, si tant est qu'elle ait jamais eu rimportance que la légende lui avait décernée. La jonction de TAlgérie avec le Sénégal? En elle-même, s*il ne fallait y voir que la traversée du Sahara jusqu'à Tombouctou, puis des régions ingrates du haut Niger et du haut Sénégal, l'opération serait d'un intérêt plus que douteux. Mais les partisans de l'orientation du Transsaharien vers Tombouctou et vers le Sénégal ont d'autres arguments ; ils comptent d'éminentes personnalités, telles que M. Godin de Lépinay, ancien secrétaire de la Commission supérieure du Transsaharien, dont les avis méritent grande considération. Ce qu'ils visent, c'est non pas la ville de Tombouctou elle-même, mais le coude du Niger, le tournant brusque, le sommet le plus avancé au nord de la boucle du grand fleuve, — au lieu dit Bouroum (situé notablement à l'est de Tombouctou). C'est là, disentils, une position géographique et stratégique à nulle autre pareille dans toute l'Afrique occidentale, au milieu du grand triangle formé par TAlgérie, le Sénégal et le Congo : de là, nous commanderons dans toutes les directions et dominerons tout l'intérieur de la boucle du Niger. Le Transsaharien vers Bouroum sera beaucoup plus court que le Transsaharien sur le Tchad. Il est vrai que notre principal objectif doit être le Soudan central ; mais de Bouroum il ne tiendra qu'à nous de prolonger ensuite notre voie ferrée le long du Niger moyen vers l'aval, puis de nous rabattre vers l'est, de gagner successivement Sokoto, puis Kano, puis Kouka et de pousser ainsi jusqu'au lac Tchad. Il est plus sage d'opérer ainsi que d'aller droit au lac Tchad, où nous risquons d'être devancés par un Transsaharien rival, partant de Tripoli, — auquel cas nous aurions travaillé pour d'autres.

Voici maintenant ce que répond la seconde école, qui est la nôtre. Au point de vue stratégique, pourquoi orienter le Transsharien vers le coude du Niger, où nous sommes arrivés déjà par le Sénégal avec nos canonnières du haut Niger, et jusqu'où le Sénégal peut espérer, dans une certaine mesure et au bout d'un certain temps, exercer quelque action? La meilleure tactique ne consiste-t-elle paS; au contraire, à tendre la main au Sénégal vers le but le plus éloigné, le lac Tchad, et à faire converger nos efforts vers ce point? Une fois installés solidement au Tchad, à Kouka dans le Bornou, à Masena dans le Baghirmi, nous encadrerons et dominerons du coup les régions intermédiaires entre le Tchad et le Sénégal, ainsi qu'entre le Tchad et

Page 1