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LES DEUX ÉCOLES DE L'OBJECTIF DU TRANSSAHARIE.N

le Congo. Au point de vue économique, le Transsaharien sur le Tchad sera moins long encore que le Transsaharien sur Bouroum avec embranchement sur le Tchad ; son rôle aura plus de portée en ouvrant le bassin du Tchad, qui est fermé, qu'en abordant le bassin du Niger, qui communique avec la mer; son arrivée dans le bassin commercial du Tchad a chance d'y provoquer un développement rapide d'échanges, grâce aux voies navigables rayonnant à l'ouest, au sud-est et à l'est, au travers du Bornou, du Baghirmi et du Ouaday. Au point de vue de la concurrence commerciale, nous devons chercher surtout à nous outiller convenablement dans les régions où la lutte sera la plus active, c'est-à-dire dans le Soudan central, où nous aurons à lutter avec les négociants anglais et allemands du bas Niger et du Cameroun ; que si l'on prévoit l'entrée en scène d'autres rivaux, marchant de Tripoli au Tchad, c'est une raison de plus pour dire que le Tchad doit être notre objectif le plus pressé ; or, si nous y arrivons les premiers et y prenons pied, pourquoi nous en laisserions-nous déloger ? Enfin, au point de vue de la grande idée d'ensemble que nous avons émise plus haut, — faire un tout de nos possessions d'Afrique par le Soudan , — le Transsaharien du Tchad, avec prolongement par le Chari vers l'Oubanghi, représente l'axe principal du programme à poursuivre : il réalisera la jonction des deux tronçons extrêmes, l'Algérie et le Congo, et la jonction latérale avec le Sénégal se fera ensuite par surcroît.

Telles sont, en quelques mots, les deux manières de voir. Les deux sont défendables, el l'avenir dira laquelle doit prévaloir. Mais nous n'en sommes pas là. Avant que le Transsaharien n'ait franchi le Sahara algérien et abordé le Sahara central, il sera intervenu au Soudan bien d'autres événements, qui nous guideront dans le choix de l'orientation finale du Transsaharien.

L'essentiel est que les deux écoles sont d'accord sur la nécessité d'un Transsaharien. L'important est d'adopter au départ de l'Algérie un tracé qui les satisfasse toutes deux et puisse aussi bien se diriger vers le coude du Niger que vers le lac Tchad.

Limitons donc provisoirement la discussion des tracés à la partie comprise entre l'Algérie et le Sahara central, et, pour cette partie du moins, arrivons à une conclusion ferme.

Comme c'était à prévoir, chacune des trois provinces de TAlgérie a voulu devenir tête de ligne du ïranssaharien, et nous avons eu, dès Torigine, un tracé occidental qui partirait de la province d'Oran, un tracé central de la province d'Alger, un tracé oriental de la province de Constantine. Mais, dans une pareille question, il serait déplorable de se laisser aller à prendre parti pour telle ou telle province ; il importe, au contraire, de s'élever au-dessus des intérêts locaux et de rechercher impartialement quel tracé répond le mieux à l'intérêt supérieur de l'œuvre du ïranssaharien.

A vrai dire, les dénominations précédentes ne s'appliquent plus exactement depuis que la France a pris la Tunisie sous son protectorat, et, en effet, on a proposé un quatrième tracé de Transsaharien, qui partirait du Sud tunisien et devrait être notre tracé oriental. Malheureusement, nous verrons que ce quatrième tracé nous est interdit par les empiétements de la Tripolitaine vers le Sahara central, et il faut bien reconnaître que, tout en ayant acquis une nouvelle province sur le littoral méditerranéen, nous ne disposons pas pour cela d'une nouvelle zone de pénétration vers le Soudan. Mais si l'on considère l'ensemble de nos possessions actuelles du littoral, le tracé de Transsaharien qui part de la province de Constantine est devenu, depuis l'adjonction de la Tunisie, tout aussi central pour la France, comme point de départ et comme base d'opération, que le tracé partant de la province d'Alger; nous ajouterons même que, si l'on considère son

prolongement vers le sud au delà des limites actuelles de notre Sahara algérien, il est le seul qui soit vraiment central par Rapport aux régions touareg, c'est-à-dire par rapport à la partie du Sahara central qui est encore neutre au point de vue international. Aussi le tracé qui part du Sud constantinois est-il, selon nous, le vrai tracé français.

La première chose à faire, pour définir clairement et comparer avec fruit les trois tracés algériens de Transsaharien, est d'indiquer les conditions géographiques où ils se trouvent respectivement.

Les plaines sahariennes qui s'étendent au sud des montagnes de l'Atlas, présentent deux grands bassins hydrographiques, — plus grands chacun que la France entière. Le bassin occidental a pour artère principale l'oued Guir, laquelle prend sa source au nord dans l'Atlas marocain, se dirige vers le sud-est-sud et, après avoir reçu l'oued Zouzfana, venant du nord, continue dans la même direction sous le nom d'oued Messaoura ; au delà, l'oued Messaoura est prolongé vers le sud par une série de dépressions et de thalwegs et se relie ainsi au grand coude du Niger. Le bassin oriental a pour artère principale l'oued Igharghar, laquelle prend sa source au sud dans le pâté montagneux du Hoggar, coule vers le nord et, après avoir reçu l'oued Mya, venant du sud-ouest, continue, sous le nom d'oued Rir', jusqu'au chott Melrir, fond de ce grand bassin fermé.

L'oued Messaoura est une ligne d'eaux superficielles de première importance au Sahara. L'oued Igharghar est en même temps une grande ligne d'eaux souterraines et artésiennes, et son prolongement,, l'oued Rir', est la région la plus riche en eaux artésiennes de toute l'Afrique du Nord. A ces lignes maîtresses d'eaux superficielles ou souterraines correspondent de grandes régions d'oasis cultivées et habitées, d'oasis existantes ou pouvant être créées.

Le tracé transsaharien du Sud oranais, ou tracé occidental^ longe l'oued Messaoura. Le tracé du Sud constantinois, ou tracé centrât actuel^ longe l'oued Igharghar. L'un et l'autre suivent ainsi des chemins déjà frayés par la nature, des lignes où se concentrent les principales ressources de vastes contrées, en eaux, en végétation, en commerce et en populations sédentaires. Chacun de ces deux tracés a donc, à première vue, un intérêt évident.

Mais entre les deux bassins hydrographiques de l'oued Messaoura et de l'oued Igharghar, la surface du Sahara présente forcément un faîte

de séparation. En effet, un dos d'âne central, en surélévation sur les régions latérales, se détache de TAtlas et traverse, du nord au sud, le milieu du Sahara algérien.

Le tracé du sud de la province d'Alger, ou ancien tracé central, suit ce faîte de séparation. Comparé aux tracés précédents, c'est un tracé en pays de montagnes. Il est vrai qu'au Sahara, ou du moins dans la partie considérée du Sahara, il n'y a pas, à proprement parler, de massifs montagneux, mais des plateaux situés en contre-haut des régions environnantes, entaillés par des vallées abruptes et limités par des falaises souvent élevées; il est vrai aussi que le tracé en question se maintiendrait en partie sur des plateaux uniformes. Toutefois, il ne pourrait éviter de traverser aussi des régions accidentées et de franchir une série de vallées, descendant de l'ouest à l'est vers-l'oued Mya, ou de Test à l'ouest vers l'oued Messaoura. Quant aux plateaux de ces régions, ce sont des hamada rocheuses, nues, sans eau, sans végétation, représentant le type du vrai désert dans toute son aridité. D'une manière générale, on sera toujours là près de la ligne de séparation des deux bassins latéraux, dans des régions très pauvres en eaux soit superficielles, soit souterraines. Manque d'eau et difficultés de terrain, telles sont les deux objections principales que suggère de suite l'ancien tracé central.

Cela posé, le plus simple nous a semblé être de dresser le tableau ci-contre, qui, concurremment avec la carte jointe à cette étude, permettra de comparer facilement les divers tracés français de Transsaharien.

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