‹ La France en Afrique et le transsaharienChapitre 19 sur 28 · MOYENS PRATIQUES D'EXÉCUTION · texte numérisé non relu

MOYENS PRATIQUES D'EXÉCUTION

Reste le tracé du Sud constantinois par Ouargla et Amguid, le seul

vraiment central, — le seul pratique et raisonnable, — le seul susceptible d'une mise en train immédiate, — le seul capable de résoudre simplement la question touareg, sans aucun risque de difficulté internationale, — le seul offrant Tavantage de pouvoir à volonté atteindre le coude du Niger ou le lac Tchad. C'est à ce tracé que tous les partisans sincères du Transsaharien doivent se rallier, sans distinction d'écoles, — s'ils veulent que le Transsaharien se fasse.

Après toute la discussion qui précède, où les diverses faces de la question ont été présentées tour à tour et d'où, chaque fois, s'est dégagée la supériorité du tracé par Ouargla, un nouveau plaidoyer en sa faveur est devenu inutile. Il nous suffira de rappeler brièvement les étapes successives de cette ligne maîtresse de l'Algérie au Soudan, en ajoutant, pour fixer les idées, quelques indications précises sur les moyens d'exécution de notre programme de pénétration vers Ouargla et chez les Touareg.

Auparavant, toutefois, il est un dernier argument que nous tenons à signaler ici, car il est de nature à lever toute hésitation : c'est que la première section de notre tracé, savoir, le chemin de fer de Biskra à Ouargla par l'Oued Rir', a sa propre raison d'être, en tant que ligne purement algérienne, — indépendamment de son prolongement

ultérieur vers le Soudan, indépendamment du projet même de Transsaharien. L'un de nous, dans une conférence faite en 1888 devant TAssociation française pour l'avancement des Sciences (i), présentait ainsi la ligne de Biskra-Tougourt-Ouargla comme une ligne d^ordre intérieur pour l'Algérie, comme se justifiant par elle-même, au triple point de vue stratégique^ politique et colonial \ c'est ce qu'il résumait ensuite, dans une autre publication (2), en disant :

« Les chemins de fer de pénétration vers le Sud algérien ont aujourd'hui des partisans de plus en plus nombreux, dont certains font autorité. H. Pa«l Leroy-Beaulieu (S) âôclape que nous ne devons pas hésiter à procéder résolument à leur eoi»truction, et il inscrit en première ligne, comme le plus important et le plus pressé, le chemin de fer de Biskra à Ouargla par l'Oued Rir'.

» 11 ne saurait être question là, bien entendu, que de chemins de fer construits économiquement, — à voie étroite ou large, suivant la situation, mais, d'une manière comme de l'autre, à très bon marché, — de chemins de fer à exécuter sommairement et rapidement, comme les derniers chemins (te fer russes de l'Asie centrale, et à exploiter ensuite aussi simplement que possible. Comprise ainsi, ta ligne de Biskra-Tougourt-Ouaïgla ne constituera nullement^ maigre la garantie d'intérêt et l'insuffisance des recettes dans les débuts, une chaîne pour l'Etat : car cette ligne permettra de réaliser immédiatement des économies beaucoup pins considérables qu'on ne croit, sur les transports militaires et sur les colonnes d'i^ratic»! dans les r^ons de Ouargla, de Tougourt et du Souf.

» Mais, surtout, la grande, l'énorme économie que tes lignes de pénétration permettront de réaliser, c'est la suppression des insurrections dans l'avenir. 11 ne s'agit pas seidemea^ d'une question d'économie en temps de paix : faire disparaître le danger, réel actuellement, d'une insurrection en Algérie, dans le -cas de guerre en Europe, et pouvoir réduire alors autant que possible l'effectif des troupes à immobiliser hors de France, n'est-ce pas pour nous une questicMX d'intérêt national?

(1) G. Rolland. ~ La Golonisalion française aa Sabara : TOued-Rir'; le chemin de fer de Biskra-Tougourt-Ouargla (Association françaisey 1888).

(2) G. Rolland. -— La Conquête du Désert (Challamel, éditeur, 1889).

3) Paul LBROT-BEAuLnu. ^ L^Algérie et ia Tunisie (Guillaumin, éditeur, 1887).

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