‹ La France en Afrique et le transsaharienChapitre 23 sur 28 · CONSIDÉRATIONS HUMANITAIRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS HUMANITAIRES

faire à la France un devoir de prendre pied dans Tintérieur africain.

D'autre part, la France ne doit pas oublier qu'elle commande actuellement, tant en Algérie qu'en Tunisie, à près de S millions de musulmans, arabes, kabyles ou autres, lesquels, dans cinquante ans, — étant donné l'accroissement rapide de ces populations, — atteindront peut-être le chiffre de 10 millions. La France est donc devenue, de fait, une puissance musulmane de premier ordre, et ce serait une faute grave de sa part que de ne pas chercher à entretenir son prestige aux yeux de ses nouveaux sujets; or, en présence de l'activité et de l'énergie déployées par d'autres puissances en Afrique, si la France ne se départit pas d'une attitude trop réservée et trop expectante, elle sera infailliblement taxée de faiblesse et d'infériorité. Affirmer notre force aux yeux de nos indigènes et, en même temps, nous en servir pour nos projets de pénétration vers l'intérieur africain ; — détourner ainsi au dehors et à notre profit l'activité de l'élément indigène, au lieu de l'emprisonner chez nous, où il pourra devenir un danger : — tels sont évidemment pour nous les conseils d^une politique habile et prévoyante en Afrique.

Enfin, il y a dans le projet de Transsaharien une grande idée de sécurité pour l'Algérie, et, dirons-nous, de défense nationale, — û tant est que l'on considère l'Algérie comme faisant désormais partie intégrante de la patrie française.

Croit-on que si nous laissons le fanatisme musulman s'étendre impunément tout autour de rAlgérie, si nous laissons tout l'intérieur africain devenir sa proie, croit-on qu'ensuite notre position sur le pourtour sera facile, paisible et libre de toute inquiétude? Croit-on que le musulman batailleur nous en laissera tranquilles possesseurs ? Croit-on que si nous permettons aux nations rivales de s'emparer de toutes les autres régions productives de l'Afrique occidentale et de s'établir à l'ouest, à l'est et au sud de l'Algérie, nous n'aurons d'autre déconvenue que de nous être laissé distancer, une fois de plus, par de plus habiles, et que ces nations, parce qu'elles sont également civilisées, nous suppléeront suffisamment dans la lutte contre l'islamisme pour que nous n'ayons plus à nous en préoccuper?

Non. Dans l'Afrique du Nord, celui que le musulman considère comme l'ennemi, ce n'est pas seulement le chrétien, d'une manière

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