PÉNÉTRATION DU SOUDAN PAR L'ALGÉRIE
Le ^bon-Congo est une colonie de grand avenir, nous en avons la confiafiSi ; ÏÏÏais ëifci Tt'en est qu'à ses premiers débuts, et d'ici longtemps Tactivité de ceux qui en ont la charge sera entièrement absorbée par les soins de son organisation intérieure, par la mise en valeur de ses ressources naturelles, par la construction du chemin de fer projeté de Brazzaville à la côte par le Niari-Kouilou, parTbûvertùre des échanges 'commerciaux avec l'intérieur, etc. En Tétat actuel, cette colonie est encore trop rudiméntaire, pour que, avec son éloignement de la métropole et son climat tropical, elle nous offre une base sérieuse de pénétration vers le Soudan central. Plus tard, il n'est pas douteux que le Gabon- Congo ne soit destiné à bénéficier largement de notje installation dans le bassin du Tchad, grâce à sa proximité relative^^les voies navigables du Chari, de l'Oubanghi et du Congo deviendront un jour une ligne importante de trafic pour nos marchandises, yfconcurremment avec le Bénoué et le bas Niger, — dont la navigation, nous le répétons à dessein, reste libre pour nous — : mais ce sont là des perspectives assez lointaines, et, pour le moment, nous devons considérer le Gabon-Congo comme le but final de notre marche vers le sud, et non comme son point de départ.
Pour ce qui est de notre colonie si intéressante du Sénégal, nous n'en parlerons pas dans les mêmes termes^^ Nous sommes les premiers à la considérer comme un facteur précieux, indispensable dans notre L/' programme de" pénétration au Soudan central. Mais il est permis de
dire qu'à elle seule, elle n'y suffira pas, et que le concours de l'Algérie lui est nécessaire pour réussir.
Le Sénégal a eu, dans ces derniers temps, des partisans fanatiques, qui ont voulu démontrer qu'il pouvait se passer de l'Algérie pour la conquête économique et l'exploitation du. Soudan, tandis que l'Algérie ne pouvait se passer de lui. De semblables exagérations nuisent à la cause qu'elles veulent servir, et ces rivalités de colonie à colonie sont des plus regrettables, quand elles ont des tendances aussi exclusives. En fait de rivalités coloniales, nous ne devons admettre que l'émulation féconde /'^pour le plus grand bien de la patrie commune : c'est de la France qu'il / ( s'agit et non de telle ou telle colonie.
Conclure de ce qu'on a fait de bien au Sénégal, qu'il n'y a rien à faire et qu'on a eu raison de ne rien faire par PAlgérie, ne résiste pas à l'examen.
NÉCESSITÉ D'UN CHEMIN DE FER TftANSSAHARIEN 35
Croire, d'ailleurs, qu'il ne reste pas beaucoup à faire par le Sénégal, serait une grande illusion. On devra, d'abord, achever, résolument cette fois, avec une organisation meilleure et plus économiquement, le chemin de fer de Kayes à Bafoulabé sur Rita et Bammako. A Bammako, on fera un port, un arsenal, des ateliers. On y organisera une flottille de canonnières, qui sillonnera journellement le haut et le moyen Niger et le Sokoto, puis qui sera suivie d'une petite flottille de commerce. Tels sont évidemment les premiers articles du programme de notre action par le Sénégal.
Nous devons tous faire des vœux ardents pour qu'il réussisse ; mais ce serait un tort que de vouloir se dissimuler les difiicultés contre lesquelles nous aurons à lutter de ce côté. Deux objections principales ont4té faites.
La première et la plus sérieuse est le peu d'importance de notre établissement commercial à la côte. Quelques rares maisons à Dakar et à Saint-Louis, faisant un commerce limité, ne pourront suffire à l'accomplissement du plan gigantesque de l'exploitation du Soudan. Il a été répondu que le commerce se développerait au fur et à mesure des mayens créés ; mais cela n'est pas certain. Lfe Sénégal a mauvais renom ; la côte est malsaine ; la plaine traversée par le fleuve est submergée pendant l'hivernage et inhabitable pendant la saison chaude ; enfin le fleuve n'est navigable que pendant quelques mois de l'année et les autres moyens de transports sont nuls. Malgré les efforts du gouvernement, ces conditions défavorables ne disparaîtront pas complètement ; la base commerciale de celte colonie ne s'élargira que bien lentement ; les capitaux n'y afflueront pas assez pour soutenir l'œuvre commencée.
Une autre objection, c'est que le Sénégal offre une base également insuffisante au point de vue stratégique. Le territoire de la colonie proprement dite est bien restreint comme base d'opération, relativement à l'étendue des régions que nous avons déjà conquises dans le Haut-fleuve, dans le haut Niger et à l'intérieur de la boucle du Niger, — et surtout relativement aux régions de plus en plus éloignées que nous nous proposons de dominer de Tombouctou au lac Tchad. De plus, pour une expédition un peu importante, il faut tout apporter de France à Saint-Louis, et au manque de moyens de transport s'ajoute la difficulté du climat, qui ne permet guère aux Européens la marche ni les fatigues.