NÉCESSITÉ D'UN CHEMIN DE FER TR ANSSAUARIEN
de tii^illeurs dans le Sahara central, et en trois ou quatre jours au Soudan; les Touareg et les» populations de Tintérieur seront sans cesse sous le coup d une intervention de notre part ; les entreprises commerciales de nos nationaux seront, à tout moment, sous la protection de la mère-patrie; les traités passés avec les royaumes du Soudan auront constamment un appui efiicace et ne risqueront pas de devenir lettre morte. En un mot, notre domination économique ne restera pas un vain mot.
L'Algérie fait aujourd'hui partie intégrante de la France, à tel point qu'en cas de guerre européenne, elle serait certainement un des objectifs de nos ennemis. Tout ce qui fortifiera l'Algérie fortifiera donc la France. Les chemins de fer de pénétration vers le Sud algérien ont déjà un intérêt avéré pour prévenir ou réprimer les insurrections des nomades de notre Sahara : quant au chemin de fer Transsaharien, il aura un intérêt plus grand encore pour parer, dans l'avenir, aux éventualités redoutables que doivent faire craindre les progrè s du fanatisme musulman dans l'Afrique du Nord et qui peuvent menacer gravement "uii'jour la sécurité de l'Algérie.
Voilà, en quelques mots, pour le côté stratégique de la question.
Pour ce qui est du côté spécialement économique et comme base d'opération commerciale, TAlgérie ne saurait admettre davantage la comparaison avec le Sénégal. Nos quatre provinces de la côte méditerranéenne sont arrivées, en effet, à un bien autre état de développement, d'organisation et de richesse, et elles offrent des ressources qu'il serait vraiment déplorable de ne pas utiliser pour la pénétration du Soudan. « C'est l'argent de cette côte, comme l'a dit fort bien(M. Marbéau ^ dans la Rfinnu» françaisp^ qu'il faut lier à la force de proc tac t iun "flîi Soudan, »
Les colons algériens sauront, sans aucun doute possible, tirer parti des facilités que leur donnera le Transsaharien pour aller au Soudan et y nouer des relations ; simples intermédiaires ou intéressés directs, ce sont eux qui sont les plus aptes à devenir les agents effectifs de l'œuvre .
commerciale à entreprendre dans l'intérieur ; ils représentent une force ^ -^ [,
vive qu'il faut savoir utilise^' Un moment viendra enfin où l'Algérie W ' fournira elle-même les moyens d'expaiision : la mère-patrie serait cou- > ' /
pable de ne pas lui frayer le chemin. ^
On objectera que de l'Algérie au Soudan, il y aura 2,000 à3,000kilo-
38 PÉiNÉTRATION DU SOUDAN PAR L'ALGÉRIE
mètres de chemin de fer, et que les marchandises de peu de valeur, à importeFou "S'exporter, ne supporteront pas les frais de transport par voies ferrées sur un aussi long parcours; on ajoutera que les voies navigables seront bien plus économiques et que le principal transit se dirigera, non vers l'Algérie par le Transsaharien, mais soit vers le bas Niger par le Bénoué, soit vers le Congo par le Chari et FOubanghi, soit vers le Sénégal par le Sokoto et le Niger moyen et supérieur. C'est possible et même probable.
Mais même étant admis que le Transsaharien ne dût pas faire .ses frais, il n'en représenterait' pas moins une dépense nécessaire dans la 'balance générale de Tentreprise. Tant mieux pour nos colonies du Sénégal et du Congo, si elles sont les premières à bénéficier du Transsaharien : car là, comme en Algérie, c'est toujours la France ; mais encore faut-il, pour que le Sénégal et le Congo aient un trafic important avec l'intérieur, que nous arrivions à nous y établir solidement, et, sans le Transsaharien, nous n'y arriverons pas. Si les voies navigables sont démontrées réellement beaucoup plus économiques, les maisons de commerce de Bordeaux et de Marseille préféreront évidemment s'en servir pour le transit de leurs marchandises ; mais quand les agents de ces maisons voudront se rendre eux-mêmes au Soudan, afin d'y voir h leurs affaires, il n'est pas douteux qu'au lieu de mettre trois ou quatre semaines pour arriver à Tombouctou ou à Kano par le Sénégal et le Niger, ils adopteront le moyen de transport le plus rapide et prendront le chemin de fer Transsaharien, qui les conduira en quelques jours à destination, au travers de pays salubres.
D'ailleurs, il ne faudrait pas être trop afiirmatif contre les chances de trafic du Transsaharien. Tout le long de la ligne, il y aura certainement, d'une station à l'autre, des échanges qui se développeront peu à peu. Quant aux marchandises à transporter d'une extrémité à l'autre, les tarifs pourront, par le fait même qu'il s'agira de longs transports sans transbordement, être réduits et abaissés notablement jusqu'à fr. 02 c. ou fr. 03 c. par tonne kilométrique; nous citerons l'exemple des chemins de fer transcontinentaux des Ëtats- Unis, qui prouvent qu'avec une exploitation bien entendue, les marchandises de peu de. valeur elles-mêmes supportent parfaitement les frais de transport par voie ferrée sur des longueurs de 2,000 kilomètres et davantage.