‹ La France en AfriqueChapitre 15 sur 16 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

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Celte question est à moitié résolue par les chapitres qui précèdent. Après avoir reconnu la nécessité actuelle et temporaire (l'un gouvernement militaire, local, en Algérie; après avoir souhaité à la |)opulation l'avènement, plus ou moins prochain, d'un gouvernement civil; après avoir exposé les avantages et les nécessités de la colonisation ; nous sommes conduit logiquement à demandiir, pour préparer ce résultat, que le gouvernement de l'Algérie en France soit constitué civilement et fortement; mais par quels moyens? Nous le dirons. Commençons par exposer ce qui est, ce qui devait être; les choses ne se font bien que par transition, par amendements, par la succession naturelle des idées et des faits.

Le caractère primitif de l'expédition de 1830 fut essentiellement militaire, c'était la loi de la conquête. L'occupation a dû conserver ce caractère jusqu'à la pacification du pays ; nous marchons vers la pacification. Préparons-nous à en établir les conséquences comme nous nous sommes résignés à subir celles de l'état de guerre. Si ce n'était d'abord le but, ce sera un jour la nécessité, et aussi le dédommagement.

En J830, des marchands, cortège habituel des armées, vinrent les premiers habiter le pays.

L'occupation se prolongeant, il se fit des acquisitions urbaines sous la îormc temporaire de baux à rentes, lesquels témoignaient, de la part des indigènes l'espoir, de la part des Européens la crainte de l'abandon, et, dans la pensée de personne, n'étaient marqués au sceau de la perpétuité.

La spéculation se rua sur la campagne. Mais les acquisitions rurales avaient pour objet des terres à livrer dans des régions inexplorées, inconnues ; elles dégénérèrent enjeux de bourse, en paris, impropres à créer une situation stable et régulière.

La charrue ne vint point féconder les richesses territoriales, ni fonder l'appropriation réelle du sol , signe et base de la constitution des sociétés.

Quelques essais agricoles, hasardés dans des circonstances défavorables, sans ressources suffisantes, souvent sans intelligence, furent loin de donner des résultats appréciables et dignes d'être pris en considération. L'administration civile manquait à l'organisation de ces intérêts individuels et précaires, et à la constitution d'un intérêt général.

C'est que, à la suite de la crise produite par la révolution de Juillet, le Gouvernement, bien que décidé à conserver la conquête, demeura longtempsdansl'incertitude sur les moyens de l'utiliser.

Enfin les Arabes, revenus de l'étourdissement que leur avait causé la chute d'Alger, engagèrent une lutte de partisans, à laquelle l'apparition d'Abd-el-Kader et sa consécration par le traité de la Taiïna, donnèrent de l'ensemble et de la consistance.

A travers les incidents et les péripéties des douze premières années, la situation n'était donc pas assez aflermie pour que l'on pût sérieusement songer à coloniser, à fonder une société nouvelle sur un terrain mouvant.

La guerre était la grande, la principale affaire, celle devant

laquelle toutes les autres s'éclipsaient. La guerre était partout. Elle sévissait jusqu'aux portes des villes. La sécurité publique, cette loi suprême, exigeait un gouvernement militaire, local, puissant et centralisé. Il était donc naturel (|ue la conduite générale des affaires de l'Algérie fût également confiée, dans la métropole, au ministère de la gnerre.

A dater de 1842, l'horizon s'est éclairci, s'est élargi.

Le courage français a promené le drapeau national de pic en pic, de ravin en ravin, l'a fait pénétrer dans des retraites réputées inaccessibles, l'a déployé partout victorieux et triomphant. La résistance arabe a été domptée; elle a le sentiment de son impuissance. Malgré l'effort désespéré qu'elle vient de tenter (1845), aujourd'hui même de vastes parties du territoire algérien jouissent d une tranquillité profonde et inaltérable. L'industrie agricole peut s'y établir en toute sécurité. Les travailleurs, les capitalistes offrent à l'envi leur concours ; l'élan est donné.

L'occupation générale de l'Algérie était une condition nécessaire de sécurité. L'extension donnée à cette occupation a eu pour conséquence d'augmenter considérablement la dépense. Elle oblige pareillement la France à entretenir sur les lieux de nombreux bataillons. Une fois engagé dans cette voie, l'honneur national ne peut plus reculer.

Cependant les sacrifices d'argent que l'Algérie im.pose à la France pèsent lourdement sur un budget déjà surchargé.

La privation de cent mille hommes, élite de l'armée, affail)lit notre influence en temps de paix, et compromettrait peutêtre notre salut en temps de guerre.

Le temps presse d'aviser aux moyens de dégrever le Trésor, de dégager l'armée, de mettre l'Algérie en état de parer ellemême à ses nécessités.

Au point où elle en est, l'Algérie a cessé d'être une affaire purement locale ; elle touche par tous les points aux intérêts matériels, à la politique générale du royaume. Sera-t-elîe

toujours pour In Fraure une p!;iio et uu pt'ril, ou bion peiilou en faire un élémeul de forée ef de grandeur? Telle est la question que chacun se fait, et qu'il faut résoudre sans retard , car chaque jour perdu aggrave la position.

L'opinion publique s'en émeut.

F^es Chambres demanderont à être éclairées.

La responsabilité n'en revient plus au ministre de la guerre seulement, elle afTecte le cabinet tout entier.

Cela nous avertit qu'une situation nouvelle a fait naître de nouveaux besoins. Ce que nous avons dit plus haut du gouvernement local de l'Algérie, nous le disons ici du gouvernement central, qui doit avoir son initiative, parce qu'il a sa responsabilité à Paris. Le caractère purement militaire de l'occupation doit être tempéré progressivement par le caractère civil de la colonisation. De môme, au centre du gouvernement, l'autorité absolue du ministère de la guerre doit faire place à l'influence pacifique de l'autorité civile! Comment concilier ces intérêts divers? Plusieurs expédients ont été proposés; mais les expédients sont provisoires et ne produisent qu'un avantage momentané; il n'y a de sur, d'efficace, de durable que les institutions. A l'Algérie qui devient une grande chose, il faut une institution digne d'elle, digne de son avenir. Cherchons.

Le département de la guerre le sentait bien lui-même, quand il essayait d'établir, sur les lieux mêmes, une autorité civile, égale de l'autorité militaire; et cet essai réussit mal, parce qu'il est de la nature du commandement militaire d'envahir et d'absorber, en temps de guerre surtout, et à distance de la mère patrie.. En France, où nous sommes en paix, où les attributions sont parfaitement distinctes, et fixées par la loi, où le télégraphe ne met chaque fonctionnaire qu'à la distance de quelques minutes du ministre dont il dépend, il y a bien quelques conflits entre les préfets et les lieutenants-généraux commandant les divisions. Que sera-ce en Algérie, où

tout est enrore indécis, où la guerre est flagrnnto, où Ton perd souvent de vue le gouvernement central ? Nous disons : Que sera-ce? Nous avons vu ce que ce fut en 1 8.]1 ; nous voyons ce que c'est en 1846. Un maréchal ne souflVira pas l'égalité d'un fonctionnaire qui commandera à cirujuante commis, de quelque titre que vous décoriez sou pouvoir. L'essai a mal réussi, de M. le duc de Rovigo à M. Piclion, intendant civil; il ne réussit pas mieux, de M. le maréchal Bugeaud à M. Blondel, directeur-général des atTaires civiles. C'est une loi du cœur humain contre laquelle les ordonnances ne sauraient prévaloir.

Ce n'était donc pas le gouvernement local qu'il fallait civiliser; la guerre était là-bas; là-bas (levait être la prédominance de l'élément militaire. C'était le gouvernement central qiii devait prendre un caractère plus civil. On a fait le contraire. Aussi, voyez les résultats. .Mais tout est réparable ; il est temps de se mettre à l'œuvre. Par quels moyens? Examinons.

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