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mérations une solidarité d'intérêts profitable à toutes deux. Fne observation importante qui doit régler d'avance notre conduite dans la suite de nos relations, c'est que, dans ces rapports mutuels, le Sahara algérien est lié au Tell par dépendance, puisqu'il en reçoit les denrées de première nécessité, tandis qu'il ne lui donne en échange que des vêtements de luxe et des fruits, objets très-recherchés sans doute, mais dont on pourrait se passer. C'est le Sahara qui apporte lui-même ses produits; il n'est pas possible que les rôles changent, parce que les tribus de cette région ne sont pas poussées vers le nord seulement par le besoin d'y acheter leur pain, mais par le besoin aussi d'y trouver des pâturages pour leurs troupeaux, pendant la période de l'année où le pays qu'elles ha-
' M. Carette, qui a communiqué au département de la guerre un Mémoire fort remarquable sur le commerce du Tell avec le Snharn, et à qui nous empruntons en ijirande partie ces informations.
bitciitles leur retiise. Il l'aut donc (juo les tribus de Sahara, non pas toutes assurément, mais le plus grand nombre, arrivent tous les ans dans le Tell, c'est-à-dire dans la région que nous occupons.
Voilà pourquoi nous n'avons jamais fait un pas en avant, sans voir arriver à nous les populations du sud qui nous tendaient la main. Elles savaient que la possession du Tell nous rendait maîtres de leur destinée ; elles le savaient, et par malheur nous l'ignorions.
C'est aussi pourquoi les ruines se montrent si nombreuses dès qu'on pénètre dans la zone des oasis ; la nature de toute cette contrée n'a j)as changé; elle était, pour les conquérants de l'antiquité, ce qu'elle est pour nous, un tout en deux parties, mais un tout indivisible, une tête et un corps, entre lesquels s'opère un mouvement perpétuel d'échange, qui en est la respiration, qui en est la vie.
S'il est établi qu'une nécessité impérieuse pousse chaque année la population mobile des oasis algériennes dans la zone des terres de labour, les points où s'arrête cette marée annuelle deviennent des centres d'action dont l'importance est irrécusable ; c'est là que, comme autant de fils, les intérêts du sud viennent se rattacher aux intérêts du nord ; c'est de là que l'Algérie méridionale peut être conduite (comme dit M. Carette) à longues guides.
Maintenant tous les points de départ, de passage et d'arrivée sont connus. On peut dresser une carte détaillée de l'emplacement de tous les marchés centraux et intermédiaires. Les noms des lieux, leur importance commerciale, la nature et le montant des échanges, les jours de marché, les moyens de transport, on sait tout; tout peut donc être calculé; on peut suivre sur la carte l'itinéraire des caravanes. L'enquête est complète, c'est à l'administration de faire le reste.
Il en est de même du commerce de Tunis et de Maroc avec les autres parties du Sahara. Ce commerce sur les deux points
latéraux de l'Algérii- n'intéresse |)as les premiers besoins de la vie, comme le commerce intérieur du nord au sud. Il roule pres<|ue uniquement, du côté de Tunis surtout, sur les objets de luxe.
Il est à remarquer que dans les échanges qui ont lieu soit de l'est à l'ouest, soit de l'ouest à l'est, un grand nombre d'articles d'importation sont de provenance européenne. Ces mar» chaiidises sont versées dans l'empire de Maroc par Gibraltar, et dans la régence de Tunis par l'Italie, la France et Malte. N'est- il pas étrange que la fabrication européenne pénètre dans l'Algérie du sud par des voies latérales, tandis qu'une voie naturelle, une voie directe lui est ouverte dans les ports d'Oran, d'Alger, de Philippeville et de Bone?
Quelle doit être la tendance de la politique et de l'administration françaises en Algérie? On le voit, elle est tracée par la géographie. Ramener les importations européennes et les exportations africaines à une voie directe de communication et d'échange ; c'est une question de sécurité, de paix, d'ordre, de protection. Nul doute que le commerce n'évite les circuits de Tunis et du Maroc pour aboutir aux trois grands marchés du pavs des noirs, Timbektou, Kanou et Xoufi, dès que l'Algérie, pacitiéepar une administration intelligente et forte, verra renaître le travail dons ses champs et l'activité sur ses marchés, surtout lorsque les routes d'Oran à El-abiedh-sidicheikh et d'Alger à Metlili oiïriront au commerce la sécurité qui lui est indispensable.
En résumé, le commerce de l'Afrique septentrionale avec le Soudan présente des caractères différents dans l'est et dans l'ouest ; c'est la régence de Tunis qui fournit les marchandises de luxe ; l'erripirc de Maroc y ajoute quelques denrées de première nécessité. Pl.içée entre les devix, l'Algérie participe à la fois des deux spécialités ; ajoutons qu'elle peut rivaliser, |)our l'une comme pour l'autre, {\vec les Etats voisins.
tiilin, p^rmi les denrées que l'Algérie exporte au sud, il
en est une dont le monopole lui est assuré, piiici; (ju'iîlle îornic la première spécialité de son territoire, c'est l'huile d'olives, dont le commerce peut recevoir un jour de grands développements.
Le lien commercial que cette spécialité établit entre l'Algérie et l'Afrique intérieure ne peut manquer de se resserrer un jour, lorsque le perfectionnement des instruments de fabrication, la sécurité et l'amélioration des transports, auront imprimé à cette branched'exploitalion un mouvement plus actif. Elle mérite d'autant plus la sollicitude du Gouvernement, qu'elle assure à l'Algérie un monopole naturel.
Si la France veut étendre sa domination sur l'Algérie entière, elle ne peut rester étrangère aux relations de ses possessions sahariennes vers le sud.
Elle y a d'autant plus d'intérêt que, depuis quelques années, ces relations étant devenues moins actives, par suite de l'état de guerre, les deux pays de Maroc et de Tunis en ont proiité, et que, comme la plupart des marchandises de fabrication européenne sont versées à Mogador, à Tripoli et à Tunis par l'Angleterre, le commerce français se voit frustré de bénéfices naturels et légitimes par une autre nation européenne qui sait exploiter habilement le désordre intérieur de l'Algérie.
Cet état de perturbation ne règne pas seulement dans les relations de l'Algérie avec l'Afrique centrale. Le Sahara algérien lui-même reçoit de Tunis et de Maroc, c'est-à-dire de l'Angleterre, presque tous les objets de consommation accessoire. Ainsi, le café que l'on boit à El-Aghouat, celui que les Fr^^nçais ont acheté à Biskra et à Sidi-Uqba, venaient de Tunis, où ils avaient été apportés par des navires anglais. Ceja tient surtout à ce que la grande communication de Tunis à Nefta, et de Nefla aux oasis algériennes, est parfaitement silure, tandis que les routes à travers l'Algérie ne le sont pas.
Il est impossible (juc la France reste spectatrice impassible d'une pareille frustration de ses droits.
L'occupation permanente des postes avancés, en plaçant l'autorité française sur la ligne de mitoyenneté commerciale entre le Sahara et le Tell, et en facilitant la surveillance des deux contrées, ne pourrait manquer d'apporter des modifications à un état de choses aussi fâcheux, et cette considération nous paraît être d'un grand poids pour motiver l'adoption de cette mesure.
Quant au commerce avec l'intérieur, nous pensons qu'une intervention intelligente serait de nature à lui imprimer une activité nouvelle.
Nous ne devons pas nous dissimuler d'abord que, depuis quelques années, le commerce du Soudan avec l'Algérie a été frap|)é, dans une de ses branches les plus importantes, par l'arrivée des Français; d'une part, la vente des esclaves cessa d'avoir lieu aux enchères, et perdit ainsi deux de ses plus puissants moyens, la concurrence et la publicité ; d'autre part, la dépréciation subite du numéraire affecta les forlunes acquises, rendit l'entretien plus dispendieux sans augmenter le prix des services, força les maisons les plus riches à réduire leur train, et contribua ainsi à diminuer l'importation des nègres. Tous les indigènes s'accordent à reconnaître que le nombre des esclaves vendus dans la régence a baissé constamment depuis 1830, et ce résultat de notre conquête serait à lui seul une des plus nobles compensations aux • sacrifices qu'elle nous a coûté.
Serait-il donc impossible de hAter, par l'activité imprimée au commerce de l'Afrique centrale, la cessation de ce déplorable trafic? Le jour où les négriers du désert trouveraient plus de ])rofit à charger des denrées, ne renonceraient-ils pas facilement aux chargements d'hommes?
Et ne devons-nous pas d'autant plus aider à ce résultat du côté nord de l'Afrique, que nous n'épargnons aucuns sacrifices pour l'obtenir sur la côle occidentale? Attaquons ce criminel ;ibus sur t(»us les |)oints.
C'est pour et par cette question que doivent se rejoindre les intluences que nous nous créons simultanément sur toutes les côtes de l'Afrique, pour aller revendiquer jusque dans ses profondeurs les droits de la dignité de l'iiomme, en faveur d'une moitié de l'espèce humaine.