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■<LR LA CÔTE OCCIDENTALE :j.E SÉNÉCAL ; GORÉE ; LES NOITEAUX COMPTOIRS. ASSLME, GRAND-BASSAM, LE GABON; TRAITÉ DC 29 MAI 18ij.
Sur la côte occidentale d'Afrique, nos positions étaient prises dès 1760, et. si nous les avions momentanément perdues, nous les avons recouvrées en 1S15, en vertu des traités qui, en nous ravissant des possessions plus importantes, ne croyaient pas sans doute nous procurer, par cette restitution, une compensation avantaiieuse. Mais la France, en se rattachant à ce rivaae où elle avait laissé des souvenirs, a su y apporter la fécondité de son esprit, l'énergie de sa volonté; et cette terre, qu'on croyait maudite, est devenue fructueuse pour notre commerce . au point de motiver successivement rétablissement de nouveaux comptoirs.
Cette possession a une valeur toute particulière : en cas de guerre, elle peut longtemps se suftire à elle-même; et, de plus, par sa position militaire, elle peut servir, au besoin, de lieu de refuge à nos navires de commerce, et de lieu de ravitaillement à nos escadres.
Si la compagnie d'Afrique y échoua dans le dix-huitième siècle, ce n'était pas, comme on l'a dit, à cause de l'insalubrité du climat. Trois motifs plus graves concoururent à cet insuccès : l'esprit de versatilité français, esprit anti-colonial, car une colonie est une œuvre de persévérance: la jalousie contre le mérite personnel, et la révolte des intérêts privés contre l'intérêt eénéral ; enfin le mauvais choix des agents. La guerre de 17.54 livra le Sénégal aux Anglais, qui ne surent en rien faire, pas plus que M. de Lauzun, quand il en reprit possession en 1779. Xotre action sur ce pavs ne date
que de 181G. Les liumines éclairés (jui ^"eii Mjiit Ir plus occupés nous recommandent de chercher plutôt ^ers ia Mgritie que vers la iMauritanie le développement de nos rapports commerciaux. La haute Sénégambie est encore peu connue.
Xos établissements sur la côte sont : 1° l'île de Corée; 2° à l'embouchure du fleuve du Sénégal, Vîle Samt-Louis et les îles voisines, et. en remontant le fleuve, les postes militaires de Richard Toi, de Dagana, et le fort de Bahel.
En V ajoutant les nouveaux comptoirs de Marinaghen et de Sénoudibou, et ceux (Wilbréda dans la (jambie et de Sédhiou dans la Cazamance à -30 lieues environ d'Albréda , on voit. que l'autorité de la France s'étend dans ces parages sur une longueur de près de cent lieues depuis l'ancien comptoir de Portendik, situé à quarante lieues du banc d'Arguin, jusqu'aux extrémités de la baie de Corée, et sur une profondeur de plus du double. La petite île de Corée, d'une superlicie très-limitée, n'est qu'un rocher aride, dont on nous envie avec raison la possession.
Placée à trente lieues de Saint-Louis, à trente-cinq lieues de l'embouchure de la Gambie, c'est elle qui commande ces mers. Si l'on établissait dans le roc des batteries étagées comme celles de Gibraltar, et si l'on construisait sur la terre ferme un fort en regard de ces batteries. lîle serait imprenable de tous côtés.
La rade de Corée est vaste, et offre en tout temps de l'année un mouillage excellent. Le climat y est velativeraent sain, ce qui est inappréciable sur cette côte pestilentielle; c'est là que viennent se rétablir les malades de Saint-Louis et des colonies anglaises.
L'île de Saint-Louis , formée par le Sénégal, est d'une superficie un peu plus étendue; elle olfre un bon mouillage. Les batteries qui la défendent sont suffisantes pour tenir les tribus en respect, mais elles ne |)ourraienl résistera une armée européenne. Il v aurait cependmit peu de chose à faire
pour sa (loferise, et une seule batterie de plus rendrait tout débarquement impossible.
Sa population s'est rapidement accrue depuis la paix de 1815. Elle dépassait, en 1 843, 12,000âmes, dont 177 blancs, 5,508 indigènes libres, 477 noirs engagés à temps, et 6,174 captifs, sans compter une population tlottante de 1,200 à 1,500 individus, composée d'indigènes des nations voisines, qui viennent se réfugier sous notre pavillon en cas de guerre dans l'intérieur, ou qui sont attirés en ville par les relations commerciales.
Il y a, à Saint-Louis, 36 maisons de commerce; 150 traitants de gomme sont inscrits sur les registres de l'administration.
Près de Saint-Louis, se trouve le grand village de GuelCnslar, habité par des noirs libres, sous la protection française, au nombre d'un millier environ.
Le Sénégal, dont les sources sont à quatre cents lieues dans l'intérieur, coule perpendiculairement à la côte. Son embouchure est fermée par une barre et par des sables, qui font la sûreté de Saint-Louis. Les navires calant plus de neuf pieds d'eau ne peuvent franchir cette barre; mais, au-dessus, la profondeur du fleuve est de dix et douze mètres jusqu'à une distance de quatre-vingts lieues. Les bâtiments pourraient môme, à l'époque des grandes eaux (de juillet à novembre), remonter jusqu'aux cataractes situées à deux cent soixantesix lieues de Saint-Louis, et à cinquante lieues de Bakel.
C'est une condition indispensable, non-seulement de prospérité, mais même d'existence pour notre colonie, que d'être maîtresse du cours du Sénégal. Les Maures s'étant coalisés avec les noirs pour intercepter la navigation du haut Sénégal à leur profit, M. le gouverneur Bouet a empêché l'exécution de ce projet par une expédition heureuse dans le Fouta ; la leeon qu'il a donnée aux indigènes ne sera oubliée de longtemps.
Lo poste (le Ihchard Tb/estsitm'" l\ trente lieues au N.-E de Soint-Louis, dans le pays de Walo, sur la rive j^auche du S«v négal. Six lieues plus haut, se trouve le poste de /)a(/ana.
Le fort de Bekel, dans le pays de Galam, à deux cents lieues de Saint-Louis en suivant les sinuosités du (leuve, à cent lieues en ligne droite, est occupé par une garnison qui assure les échanges avec les peuples de la haute Sénégambie.
Le recensement de 1843 porte la population totale de la colonie du Sénégal à près de 19,000 habitants, dont 3,000 chrétiens et 16,000 mahométans.
Les rives du Sénégal sont hai)itées par deux races distinctes : la race noire, sur la rive gauche, occupe les royaumes de Cayor, de Walo, le Foula , et le pays de Galam. La race arabe, représentée par les Maures, établis sur la rive droite, depuis Saint-Louis jusqu'à Bakel, forme trois grandes tribus : les Trarzas, les Brakaaset \qs Dowiches.
Les Maures sont supérieurs aux noirs par l'intelligence, ils ont su accaparer le commerce des gommes tout entier.
La religion musulmane est celle du pays : les noirs y mêlent quelques superstitions grossières. La propagande chrétienne n'a jamais fait de grands progrès parmi ces peuples.
N'oublions pas toutefois que, dans ces contrées comme dans d'autres où notre influence se fait jour, le nom de calholique est synonyme du nom de Français. Il est donc convenable d'encourager des efforts faits avec discernement comme avec courage par des missionnaires de France.
Au Sénégal , l'esclavage n'existe presque plus, le nom même a disparu. Les captifs, exempts de services pénibles, sont domestiques, artisans, ouvriers ou matelots; ils partagent avec le maître le gain de la journée. Le plus souvent ils demeurent dans une hutte à part, entourée d'un petit jardin; leurs enfants sont soignés et élevés avec ceux du maître. On conçoit qu'un joug aussi doux soit porté facilement, et que les 6,000 captifs de Saint-Louis soient avec les laplols
(soldats noirs), les meilleurs protecteurs de la sécurité publique. Ils se sont toujours battus courageusement pour notre cause, et c'est grâce à eux que, en maintes occasions, nous avons pu conserver notre colonie, au milieu de peuplades turbulentes et guerrières, avec le faible chiffre de 700 hommes de troupes européennes. La création de troupes indigènes sera facile et salutaire. Peut-être devra-t-on même établir dans un intérêt commun un système de recrutement analogue au système français ; c'est une question à examiner.
Il n'y a, au Sénégal, ni propriété agricole, ni culture, ni industrie manufacturière ; le commerce y est le seul intérêt, et il repose uniquement sur l'échange qui se fait avec les peuplades voisines des rives du fleuve, jusqu'à 200 lieues audessus de l'embouchure, de marchandises provenant de notre commerce et de notre industrie, contre des produits du pays, échange qui a lieu en nature, et sans l'intervention d'aucun signe monétaire. L'important, c'est de détourner les caravanes sur la ligne de nos comptoirs.
Le grand objet d'exportation au Sénégal est la gomme, et le principal objet d'importation est la toile de coton bleue, appelée guinée, qui est fabriquée ou teinte à Pondichéry.
La goinme sert en Europe à une multitude d'usages industriels, mais plus particulièrement à l'apprêt des tissus de coton. L'Angleterre offre à notre commerce un débouché assez considérable pour ce produit, que ses rapports avec l'Afrique ne lui amènent pas en quantité suffisante pour sa consommation, et cette circonstance a décidé le gouvernement du roi à prendre la sage résolution d'autoriser, depuis 1832, l'exportation directe, par navires français, des gommes du Sénégal à l'étranger.
La quantité de gommes exportées du Sénégal pendant dix ans, de 1832 à 1841, représente une valeur de 32,500,000 francs. Près du cinquième de cette somme est le produit des ventes à l'étranger.
F.es rivalités des traitants, les elfets l'âcheux d'un monopole trop exclusif, ou de la concurrence illimitée, ont amené plusieurs fois des crises redoutables qui ont appelé toute l'attention du Gouvernement du Roi. Une ordonnance royale, en date du 15 novembre 1842, a remédié aux abus, et concilié tous les intérêts, en soumettant à la surveillance éclairée des autorités toutes les opérations des traitants.
D'après les statistiques des douanes, les exportations du Sénégal en France représentent, pour l'année 1844, une valeur de quatre millions et demi de francs, dont près de deux millions de gommes, et 1,300,000 fr. (Varachides.
Les importations de France au Sénégal pour la même année se montent à dix millions, dont trois millions et demi de fiuinées, et trois millions de tissus de coton, etc., etc.
Dans les quatre années qui viennent de s'écouler, de grands eflorts ont été faits pour étendre notre influence, et développer nos relations commerciales avec l'intérieur du
Un comptoir a été fondée Mérinaglien, près du lac de Pa^ nich-Foulh,à trente lieues à lest de Saint-Louis ; un traité conclu, le 15 octobre 1842, avecleroide Trarzas, en garantit la sécurité. Le roi et les principaux chefs de cette peuplade se sont engagés, au prix d'une redevance en nature, à respecter notre établissement, à consi(!érer le pays qui l'environne comme une dépendance du Sénégal, et à laisser libre le commerce de l'intérieur, et notamment du Yolo/f.
Moyennant une autre redevance, le roi des Trarzas, et Buobmi, prince voisin, ont renoncé, en faveur des Français, à toutes leurs prétentions sur le Yolofl".
Par deux traités conclus avec le commandant Caille, le premier en date du 24 juillet 1844, et le deuxième du 28 octobre 1844, les principaux chefs du Foula, d'une part, se sont engagés à protéger les transactions qui auraient lieu sur la partie du Sénégal qui traverse leur pays, et le hrack et les
principaux chefs du Walo, d'autre part, ont contracté les obliyalions suivantes :
Le Brade s'est engagé à faire escorter et conduire fidèlement et gratuitement, pour les propriétaires de Saint-Louis, tous les troupeaux qui seraient amenés du haut pays à travers ses États jusqu'au Sénégal. Les chefs du Walo garantissent de tout pillage et de tout danger les étrangers passant par leur pays pour se rendre au Sénégal.
Il y a dans le Bambouck et le Bondou des mines d'or dont l'exploitation pourrait offrir des chances de beauxbénéficesdans l'avenir : les mines de Dambagnagney, de Garca, de Guindé, du mont Pellel, et autres. Les habitants sont religieux, pacifiques, cultivateurs. L'arachide, le coton, l'indigo réussissent admirablement sur ce sol. Ges diverses raisons ont décidé les membres de la commission qui explora, en 1843, la rivière Faléméy et au nombre desquels se trouvait M. RafTenel, le courageux voyageur (dont il sera fait ailleurs une mention particulière), à préparer, en date du mois de décembre, par un traité avec VAlmany du Boudouck, la formation d'un nouveau comptoir. En conséquence de ce premier traité, et pour le compléter, une autre commission, nommée par le gouvernement, est venue conclure, le 23 août dernier, avec le même chef, un nouveau traité en vertu duquel, moyennant quelques cadeaux et une redevance annuelle insignifiante, il a cédé à la France, en toute propriété, un espace de terrain situé près du village de Sénoudibou et propre à la fondation d'un comptoir ; s'obligeant à protéger le commerce de ce comptoir, et à y faire arriver les produits du pays et les caravanes. De plus, il autorise les Français à couper des arbres, à prendre du bois à brûler, de la terre, des pierres et du sable, et enfin à pêcher dans la Falémé qui roule de l'or dans ses eaux.
Ce dernier comptoir placé dans l'intérieur, à plus de deux cents lieues en li^ne droite de Saint-Louis, constate et conso-
lide les progrès de notre influence dans cette partie de l'AlVique. (^ette influence et celte action ne pouvaient s'arrêter là. De nouveaux besoins appelaient de nouvelles relations. Nous avons retrouvé dans le Dahomey les vieux souvenirs du dixhuitième siècle ; sur un des forts français alors existants, mais aujourd'hui ruinés, une factorerie française s'est établie, et le roi de Dahomey a concédé à la France, dans la persone d'un de ses agents, M. Brue, la libre et absolue possession de ce territoire. Les voyageurs et commerçants français sont trèsbien reçus à Vliydah.
Mais l'extension la plus importante de notre possession sur la cote occidentale de l'Afrique consiste dans l'établissement des nouveaux comptoirs d'Assinie, du Grand-Bassam et du Gabon, résolu et eflectué de 1843 à 1844, par le Gouvernement, à la suite d'une exploration suivie depuis 1838.
On avait pensé aussi à établir un poste semblable à Garraicay; l'exécution de ce projet n'est que suspendue.
Assinie est Vuu des points du littoral de Guinée qui ofl'rent le plus d'avantages commerciaux.
Le 4 juillet 1843, M. le baron Darricau, lieutenant de vaisseau commandant le cutter du Roi V Eperlan, conclut avec le roi et les chefs d'Assinie un traité qui reconnaissait la souveraineté extérieure du Roi des Français, et concédait à la France la possession pleine et entière de tout le territoire, la propriété d'une certaine portion de terrain pour la construction du comptoir, ainsi que le droit exclusif d'y fonder des établissements.
Le 29 juillet, eut lieu la prise de possession solennelle du comptoir et du fort qui venaient d'être construits sur l'emplacement môme d'un ancien établissement de la compagnie des Indes Occidentales, fondé en 1700, à la suite d'un traité conclu avec le roi du pays par le chevalier Damon, commandant le vaisseau du Roi le Poly, et portant concession, en toute propriété, du terrain destiné à ce poste.
Le fort reçut le nom de Forl-JoinviUe.
La rivière et le comptoir d'Assinie sont ouverts, en franchise absolue, à tous les pavillons indistinctement.
Durant une tournée d'inspection faite au commencement de 1844, par M. le gouverneur du Sénégal, dans les nouveaux comptoirs de Guinée, la convention de 1843 avec les chefs d'Assinie a été remplacée par une autre à la date du 26 mars 1844.
Ce nouveau traité ne stipulait plus, pour le roi indigène (Amatifou), un privilège commercial qui avait paru présenter des inconvénients. En outre, il précisait davantage la souveraineté extérieure concédée à la France, les chefs (Aby et autres) renonçant, par un article spécial, au droit de traiter avec toute autre puissance étrangère. Les habitants de ce territoire ont gardé des traditionsde l'ancien séjour des Français qui y ont possédé, au commencement du dix-huitième siècle, une ville du nom d'Assiroko. Ils sont probes et d'un caractère fort doux ; ils sont livrés au fétichisme le plus exagéré. L'exploitation peut s'étendre dans un pays de quarante lieues de profondeur sur vingt lieues de largeur ; notre influence ira beaucoup plus loin. Plus nous avancerons dans les terres, plus nous aurons l'or, qui y est pur et abondant, à meilleur prix, et jusqu'à cinquante pour cent de sa valeur sur la côte. On peut consulter un excellent rapport de M. Montlouis, lieutenant de vaisseau, sur les explorations à faire dans cette partie de nos possessions.
Dans la prévision de la fondation possible d'un établissement à Grand-Bassam, un traité avait été conclu le 19 février 1842, avec le roi et plusieurs chefs de ce pays, par MM. de Kerhallee et Fleuriot de Langle, lieutenants de vaisseau. Le traité concédait à la France la souveraineté pleine et entière du pays et de la rivière de Grand-Bassam, la possession d'un mille carré de terrain sur chaque rive, et le libre commerce d'importation et d'exportation dans la rivière.
Grand-Bassam est situé à neuf ou dix lieues d'Assinie.
Le 17 août 1843, l'expédition destinée à fonder le comptoir arriva à Grand-Bassam. On renoua avec les indigènes les relations les plus amicales, et, le 28 septembre suivant, on prit possession solennelle du fort qui fut nommé fort Nemours.
Ce poste complète et fortifie l'établissement d'Assinie. Pour assurer les communications entre les deux comptoirs, on a consacré au service du fort Nemours deux pirogues à douze rameurs chaque.
Dans sa tournée d'inspection du commencement de 1844, M. le gouverneur du Sénégal , pour assurer les bons rapports avec les indigènes, a accordé, par un traité supplémentaire en date du 7 mars 1844, une coutume au roi Peter.
En échange, les chefs s'engagent, par ce traité, à ne souffrir l'établissement d'aucune factorerie étrangère ; ils contractent une alliance défensive avec la France, et aliènent de nouveau, aussi complètement que possible, tout leur territoire en faveur du Roi des Français.
Un traité conclu avec le chef d'Aka ^seule localité importante située entre Assinie et Grand-Bassam), le 22 avril 1844, garantit à la France les mêmes droits que sur le territoire des deux forts, et achève d'assurer leurs communications.
Le comptoir du Gabon est situé à l'embouchure de la rivière de ce nom, dans une position maritime des plus avantageuses.
Le 9 février 1839, un premier traité avait été passé avec le roi Denis, de la rive gauche, par le commandant Bouet et M. Broquant, capitaine au long cours et maintenant consul du Roi à Zanzibar. Le traité nous cédait, à perpétuité, deux lieues de terrain avec le droit d'y élever telle bâtisse ou fort que nous jugerions convenable, et stipulait avec nous une alliance ofiensive et défensive.
Un traité analogue passé avec le roi Louis, de la rive droite, le 18 mars 1842, par le commandant Bouet, nous assure les
mêmes droits, sauf la réserve de laisser arriver et mettre à l'ancre devant le village cédé à la France, et commercer les navires sous tous les pavillons.
L'expédition destinée à fonder le comptoir arriva en rivière le 18 juin 1843. Les travaux commencèrent aussitôt sur le terrain concédé par le roi Louis, de la rive droite ; et, à la fin d'août 1843, eut lieu la prise de possession solennelle. Le fort reçut le nom de fort à\iumale. Une garnison y fut installée.
Un bon rapport de M. Besson, enseigne de vaisseau, ♦•\pose les avantages que nous offre la possession du Grand- Bassam. Le village de ce nom, situé au milieu d'une forêt d'arbres fruitiers, compte 4 à 5,000 habitants; un autre, du nom d'Ebrie, en a 7 à 8,000. Des populations nombreuses s'étendent sur les deux rives de la rivière des Palmes. C'est un vaste débouché. Les chefs Piter et son fils New-Piter, Waka, Guachiwaka, et d'autres encore, sont très-favorables aux Français. Le villes de Potou, de Eivé, offrent d'immenses ressources. Le comptoir d'HaIff-Bassam est la meilleure base d'opérations. La température moyenne du pays est de 35 à 40 degrés à l'ombre ; mais elle est modérée par la brise venant du large. L'or y est aussi pur, aussi abondant que celui d'.\ssinie.
Mais notre situation au Gabon n'était pas aussi simple qu'au Grand-Bassam et à Assinie. Les rives du Gabon sont habitées par un certain nombre de petites peuplades indépendantes les unes des autres. Les deux traités de 1839 et 1842 ne nous concédaient que la part de souveraineté qui était propre aux chefs Louis et Denis. Ce n'était donc que par des traités successifs qu'on pouvait arriver à la possession entière et exclusive du Gabon. Un seul chef, le roi Glass, mal disposé par l'influence des missionnaires américains, résistait à notre alliance. Cependant, le 28 mars 1844, M. le baron Darricau conclut avec lui une convention qui, malgré quelques ré-
serves, concédait à la France la souveraineté extérieure et garantissait qu'aucune autre puissance ne ferait d'établissement sur ce fleuve. Le droit de commerce était réservé au chef Glass, et il était interdit aux Français de construire des établissements militaires dans certaines limites.
Celte convention, très-régulièrement conclue, fixe positivement nos droits, malgré la protestation que des suggestions étrangères ont fait faire après coup au roi Glass.
Le \" avril 1844, tous les chefs réunis, à l'exception de Glass, ont conclu avec le gouverneur du Sénégal un traité collectif qui assure à la France la souveraineté et la possession exclusives du Gabon, de ses deux n'vcs et de ses allluents.
Le fort d'Aumale est destiné par sa position à prendre \)h\> d'importance que les autres.
MM. le baron Darricau et Gouin, chirurgien-major, ont publié deux rapports très-intéressants sur le Gabon. Les Français se louent des sympathies des chefs Passai!, Cobangoï et Petit-Denis, roi. Le commerce d'ivoire est abondant sur cettf côte. Dans les six premiers mois de notre installation, nos marchands en ont traité pour 255,000 francs. Des missionnaires américains ont obtenu des succès dans le pajs; c'est un exemple, c'est une voie ouverte pour les nôtres.
Au reste, la création de ces nouveaux comptoirs ne peut être mieux expliquée que par le rapport même, soumis le 29 décembre 1842, au Roi en son conseil ; ce rapport fait très-nettement connaître quelles étaient les vues et les espérances du Gouvernement, et le succès les a justifiées.
« Notre commerce à la côte occidentale d'Afrique, disait le « ministre, a pris, depuis quelques années, un grand déve- « loppement. Ces premiers progrès sont, pour notre marine « marchande, la source d'espérances plus grandes, et pour « le gouvernement, celle d'obligations nouvelles \
' I-e Sénégal seul présente les résultats suivants : En 1850, le mouvement des navires était de (ji, avec un tonnage de 0,998; en 1844, on a
« Le commerce, dans ces parages, a ses lois particulières « (l'existence ; il^ doit aussi avoir son mode particulier de « protection.
« Le long du littoral africain, depuis le Sénégal jusqu'au « cap de Bonne-Espérance, on ne trouve aucun centre do « population un peu important. On rencontre quelques « comptoirs à peine naissants, abrités par le pavillon d'une « des puissances maritimes : çà et là, et principalement à « l'embouchure des rivières qui sont des bras du Niger, ou qui « pénètrent un peu avant dans les terres, on voit quelques « habitations agglomérées, dont la population s'est peu à peu « façonnée aux usages du commerce. Nos troqueurs ont ob- « serve ces circonstances et y ont subordonné leurs opérations. « Ainsi, nos bâtiments composent leurs cargaisons par assor- « timentet suivant le goût de chacune de ces petites bour- « gades. Ils font des escales fréquentes et à une très-courte « distance les unes des autres ; ils demeurent longtemps à « chacune d'elles pour écouler quelque partie de marchan- « dises. Souvent les officiers et le subrécargue, dans l'im- « possibilité de faire aborder le navire, descendent à terre, « improvisent des hangars pour abriter eux et leur cargai- « son, et séjournent jusqu'à ce (ju'ils aient opéré leur troque.
« Cette manière de trafiquer est pleine d'inconvénients et « de dangers. Elle expose les hommes à l'intempérie d'un « climat brûlant, et les marchandises à des avaries, souvent « même au pillage. Il a fallu à notre commerce de l'énergie « et de la persévérance pour lutter contre de tels obstacles. Il « résulte de cet état de choses que nos bâtiments de guerre
cctmpté 120 navires, avec un tonnage de 18,024. Le commerce général, en 1830, était de 5 millions pour les imporlalions ; il était, en 1844, de 4,400,000 fr. ; le commerce spécial ;'im|)ortalions; était, en 1850, de I,o00,000 fr., et en 1844, de 4,100,000 fr. Le commerce général présente (aux exportations) en 1850, 4,100,000 fr., et en 1844, 9,800,000 fr. ; le commerce spécial, eu 1850, 2,200,000 fr., et en 1844, 3,400,000 fr.
« sont constamment obligés d'intervenir dans les rapports des « indigènes et des troqueurs, tantôt pour régler les coutumes « que les rois et chefs se font payer, tantôt pour réprimer des « actes d'hostilité, et le plus souvent pour effectuer le recou- « vrement des créances contractées vis-à-vis de nos capitaines.
« Il ne serait ni juste ni politique de laisser notre commerce « plus longtemps dans cette situation. A la protection que lui « prête déjà notre station, il faut ajouter un appui plus di- « rect qui lui permette d'agrandir ses opérations et lui assure « une position moins précaire.
« Sur cette côte, quelques comptoirs ont été élevés. Us sont « l'œuvre de maisons de commerce intelligentes qui ont voulu « assurer un abri à leurs subrécargues et à leurs marchandi- « ses, et diminuer pour leurs navires la difficulté de se ravi- « tailler. Ces essais, restreints aux proportions des ressources « individuelles, indiquent au Gouvernement le système de « protection qu'il doit consacrer à notre commerce. Il faut « qu'il lui donne pour point d'appui, et à certaine distance « les unes des autres, des factoreries fortifiées, qui serviront « de station à nos navires et d'abri à nos troqueurs.
« Ces établissements, tout à la fois militaires et commer- « ciaux, atteindront un double but : ils tiendront ni\ respect « les populations indigènes, en les habituant à la souveraineté « de la France, et procureront à nos troqueurs une sécurité « qui leur permettra d'étendre l'échange de nos produits « pour l'huile, l'ivoire et l'or de l'Afrique. »
Le ministre indiquait ensuite, comme propres à la fondation des comptoirs, trois points du golfe de Guinée, Garrowav, Assinie et le Gabon. Il établissait ainsi les avantages spéciaux qu'on pouvait attribuer à chacune de ces localités.
« Les considérations que je viens de soumettre à Votre « Majesté ne sont pas complètes : la France a une mission de « civilisation et d'humanité à remplir à la côte d'Afrique. « Elle doit concourir aulrement (jue par les movens répres-
« siCs dont elle dispose, à l'extinction de la traite des noirs. « Elle peut tarir la source de cet horrible trafic en agissant « directement sur les populations ignorantes où ces raons- « strueuses coutumes régnent encore. Elle atteindra ce but en « les initiant à des principes de morale et d'humanité par « l'intluence de ses idées et par l'exemple de ses mœurs. »
Ces vues, utiles et généreuses, ont obtenu, en 1843, la sanction des votes parlementaires, et l'exécution a justifié le plan du ministère et la confiance des Chambres.
La situation commerciale de la côte occidentale d'Afrique avait été très-bien définie dans le rapport adressé, en 1839, au ministre de la marine, par M. le commandant Bouet, à qui le Sénégal est redevable en grande partie du mouvement de prospérité qui s'y est prononcé si rapidement dans ces dernières années. Ce rapport est le guide le plus précieux des troqueurs d'Afrique, pays où le commerce n'arrivera cependant à une grande extension, à de grands développements, que par la moral isation des indigènes, par une meilleure exploitation des produits locaux, et par la bonne culture du sol, choses complètement inconnues ou négligées jusqu'à ce jour, sur cette malheureuse partie du continent africain ; car c'est pour avoir méprisé ces premiers éléments d'une bonne colonisation que les établissements européens ont dépéri, dès que le trafic pour lequel ils avaient été créés a été réprouvé comme un crime par tous les gouvernements.
Les trois associations américaines qui ont fondé Libéria, Cap-Town et la Mission d'Afrique, ne se sont pas assez préoccupées de ces considérations, et elles ont commis la faute d'agir isolément. Les Hollandais, les Danois ont abandonné leurs premiers essais. Les Espagnols n'ont fait encore que planter leur pavillon sur l'île de Fernando-Pô. Les Portugais pressurent et ruinent leurs colonies d'Afrique. Quant aux Anglais, qui ont pris dans le monde l'initiative de l'émancipation des esclaves, et qui avaient admirablement réussi au cap
Coast, dans les essais qu'ils y avaient tentés sur les productions coloniales, on s'étonne qu'ils n'aient pas fait davantage; ils le devaient au moins pour l'honneur de la théorie.
Telle était la situation de cet immense littoral du continent africain, lorsque la France, mue par une pensée de commerce et de civilisation, y a jeté simultanément trois comptoirs, qui, n'étant encore qu'à l'état d'ébauche, doivent faire place à des établissements dignes d'elle. Il faut espérer de plus que la France fera des efforts persévérants pour obtenir, à Grand- Bassam et à Assinie, au moins deux points commerciaux d'une haute importance, et au Gabon un port maritime indispensable et, en môme temps, une belle colonie.
Par colonie, j'entends un grand établissement de culture des denrées intertropicales pour lequel la métropole ferait les frais de tous les instruments de production convenables au sol et au climat, et fournirait aux indigènes cultivateurs tous les objets nécessaires, de la meilleure fabrique et aux meilleurs prix, en échange des denrées qu'elle en exporterait.
Il n'y a pas à douter que la terre ne rende ce qu'on lui demandera ; ce n'est plus une question ; il faudra avoir soin simplement de ne pas planter des cannes à sucre là où il conviendrait mieux de mettre du café, ni du café là où le terrain convient mieux au coton ou au cacao, etc.
Le grand problème à résoudre, le miracle à opérer, sera d'amener au travail ces populations d'une nature paresseuse, car il nefautpassonger aux blancs ; ces pays torrides n'ont d'autre alternative que de rester stériles perpétuellement, ou d'être fécondés par les noirs, qui en sont les agriculteurs naturels.
Sachons donc, par des encouragements et des lois, y organiser la propriété et le travail, et y régler les rapports entre le propriétaire et le travailleur à la manière d'Eurojie, où les laboureurs fécondent les terres d'aulrui moyennant un salaire, ou une part des produits, établie par l'usage ou par des contrats volontaires et synallagmatiques.
On pourrait arriver plus promptement à un résultat en profitant de l'esclavage actuel, en limitant irrévocablement le temps de travail pour acquérir la liberté. Ce serait une libération établie même au cœur du pays et sur des bases aussi morales, aussi efficaces que la répression par les traités et les croiseurs : la vraie philanthropie n'aurait qu'à y applaudir.
Il faudrait également faire concourir à cette grande entreprisedes sociétéscommerciales, industrielles, philanthropiques et religieuses , mais simultanément et sous l'impulsion d'un centre commun, qui ne peut être que le Gouvernement et son autorité; il faudrait agir par associations opérant sur une grande échelle, et éviter les inconvénients d'un monopole privilégié, exclusif, trop contraire à la liberté du commerce; il faudrait enfin prévenir le danger, peut-être plus nuisible encore, d'une concurrence jalouse et tracassière.
Au surplus, quel que soit le système adopté, qu'on ne perde jamais de vue les intérêts de notre industrie, celte véritable mère de toute colonie; les développements de notre navigation, qui est aussi l'une de nos premières industries, et l'un des premiers éléments de notre puissance ; qu'on se rappelle enfin que les nègres sont des hommes, qu'il faut les traiter comme tels, les instruire, les moraliser, les gouverner, et qu'il ne faut jamais les tromper.
La destination philanthropique et civilisatrice de nos établissements sur la côte occidentale d'Afrique se justifiera surtout par les soins que nous donnerons à l'éducation de quelques enfants des notables de ces contrées. C'est ainsi que le départemeiit de la marine a accueilli avec empressement la proposition faite par le gouverneur du Sérségal, d'envoyer en France, pour y être élevés et instruits, plusieurs enfants, fils ou neveux des chefs de la côte du Gabon.
Ces enfants, au nombre de six, dont l'âge varie de neuf à (juiiize ans, sont : Logo, fils de Piter, roi du Grand-Bassani ; Gogo, frère du précédent; Sccay, fils de Waka, roi près du
Granil-Bassam ; Quaben, Hatoii et Louis, (ils de trois chefs du Gabon. A leur arrivée à Paris, en septembre 1844, ils odt été confiés aux soins de deux chefs d'institution de Paris, MiM. Régnier et Bellaguet.
Au mois d'octobre, un autre jeune noir, nommé Sarah, a été admis à participer au mode d'éducation adopté pour les six autres. Tous savaient à peine l'alphabet lorsqu'ils sont entrés en pension ; les notes périodiques dont ils ont été l'objet constatent que, généralement intelligents et appliqués, ils lisent déjà bien, écrivent presque couramment, et que quelques-uns montrent de l'aptitude pour le calcul. Des progrès aussi prompts donnent lieu d'espérer que la mesure adoptée à leur égard sera léconde en bons résultats.
Indépendamment de ces Africains, l'ailministration locale avait fait embarquer en même temps pour la France, sur le Nisiis, six Sénégalais, dont trois sont destinés à entrer dans une école d'arts et métiers pour y ac(|uérir des connaissances théoriques et pratiques, dirigées de préférence vers la métallurgie. A défaut d'une instruction suflisante, ils ont été préalablement placés dans une école préparatoire, à Chàlons-sur- Marne. Leur travail y est généralement satisfaisant.
Les trois autres Sénégalais ont été signalés par le gouverneur comme avant une vocation prononcée pour le sacerdoce ; ils ont été admis dans un des établissements de l'Institut de Ploërmel, pour y recevoir une instruction préparatoire propre à les faire entrer, plus tard, au séminaire du Saint-Esprit, d'où sont sortis déjà les trois prêtres noirs qui sont maintenant employés au Sénégal. Les trois nouveaux venus annoncent de la facilité et un vif désir de s'instruire. La réalisation des vues annoncées à leur égard doit être un des plus utiles moyens d'assurer l'accomplissement de la mission de civilisation et d'humanité que la France est appelée à remplir sur le continent africain.
Cet ensemble est complété, ou le sera, par les arrange-
ments que nous iturons lieu de contracter successivement avec les chefs noirs, pour l'exécution du traité du 29 mai 1845, lequel remplace le droit de visite par l'établissement de deux stations, anglaise et française, de vingt-six navires chaque, ayant pour objet de surveiller les côtes, d'intercepter les chargements d'hommes, et d'aller même poursuivre dans les terres le commerce négrier, soit par la persuasion, soit par la contrainte.
Si les habitudes d'émigration forcée de ces peuples inspirent encore à quelques individus le désir de passer en Amérique ou ailleurs, comme travailleurs libres, nous devons plutôt favoriser que contrarier ces émigrations volontaires, dans cette pensée surtout que ces émigrés rapporteront un jour au sein de leurs peuplades le récit et l'amour de la civilisation dont ils auront été, et avec avantage, les libres témoins et les utiles auxiliaires.
Un autre objet que les deux puissances devront se proposer, c'est d'aider à l'abolition progressive de l'esclavage dans les pays mômes des noirs, en procurant aux chefs, par le travail libre de leurs sujets, mieux instruits et plus habiles, des avantages supérieurs à ceux qu'ils tirent aujourd'hui de leur servitude. Mais, avant tout, il faut commencer par accomplir le but du traité, qui est d'empêcher l'exportation forcée des hommes achetés pour être vendus. Déjà plusieurs conveii lions sont conclues, en vertu desquelles les commandants des vingt-six bâtiments formant la station française ont acquis le droit de débarquement sur les possessions des rois ou chefs de la côte, pour y surveiller la bonne exécution du traité , et pour y détruire au besoin les factoreries où se continuerait le commerce des esclaves. Les dispositions à prendre par les deux commandants des escadres (|ui concourent à l'exécution de l'acte du 29 mai 1845, n'étant pas encore terminées ou connues, il est impossible d'indiquer aujourd'hui quelles conséquences pourraient en résulter
pour les deux puissances, sous le rapport d'établissements nouveaux à former sur la cote embrassée par leur surveillance. Seulement, ce que Ion peut souhaiter là, comme sur les rivages du Sénégal, et partout où la race noire était exploitée par un infâme trafic, c'est que l'introduction et le développement d'industries nouvelles assurent à ces populations les moyens d'existence, et à ces rois les revenus nécessaires que la traite leur procurait ; car, si c'est au nom de l'humanité que deux grandes nations ont entrepris de conserver les noirs à leur terre natale, l'humanité veut en même temps qu'elles apprennent à ces races sauvées d'une coupable exploitation le moyen d'employer, pour leur subsistance, pour leur bien-être, le libre arbitre qu'on leur rend, qu'on leur impose. (le n'est pas tout de les forcer à vivre libres, il faut leur donner les moyens de vivre. Là, comme ailleurs, c'est la colonisation, c'est la culture qu'il faut enseigner aux races noires, non pas pour en exploiter les produits à notre profit particulier, mais pour remplacer, au profit de ces peuplades et de leurs chefs, les produits de l'odieux commerce que nous venons abolir. Apprenons aux noirs à coloniser leur propre territoire par eux-mêmes, par eux seuls, sans en retirer pour nous d'autre bénéfice que l'accomplissement de notre généreuse mission , et, par suite, un commerce d'échange des denrées et des matières premières que ces populations auront cultivées, contre les produits de notre industrie, qui seront peureux les premiers éléments de la civilisation. C'est bien |de leur donner la liberté; ce serait mal si nous ne leur apprenions eu même temps le travail : les alTianchir sans les moraliser, sans les instruire, ce serait ne les enlever à l'es- < lavage que pour les livrer à la mort. Ne doutons pas que la France, qui a déjà aboli la piraterie des Barbaresques au nord de l'Afrique, dans la Méditerranée, n'abolisse aussi, de <()ncert avec l'Angleterre, la traite des noirs à l'ouest, sur I Océan, et qu'elle ne complète en môme temps et ne légitime
sa mission en faisant p^'nétrer parmi les noirs d'Afrique tous les moyens d'instruction agricole et industrielle qui pourront aider à leur bien-être. Créons-leur des colonies chez eux, par eux, pour eux, puisque nous leur fermons le débouché des nôtres : l'émancipation ne sera un bienfait qu'en de^ venant la civilisation.