ET L'ITALIE QU'ON NE VOIT PAS
« On ne joue pas aux échecs avec un bon cœur. » CHAMFORT.
La France est l’éternelle sentimentale. Nous supposons toujours que l’on nous aime; que l’on nous admire et que l’on ne saurait se passer de nous. Nous sommes aussi le peuple le plus subjectif de la terre, celui qui prête le plus volontiers aux autres ses facons de voir, sa : manière de sentir et ses procédés politiques. Nous oscil- lons périodiquement, dans nos rapports avec les autres races, de la méfiance à l'emballement, et nous nous . imaginons que nos bons voisins se conforment à nos. variations et épousent nos vicissitudes. ee
L'Italie est l’éternelle intéressée. Terre d'invasion et : de vieilles alarmes, elle suppose toujours qu'on la con-.
voite, qu'on veut la duper et la démembrer. Le peuple italien est le plus objectif de la planète, le plus froid, le. plus calculateur, sous une feinte agitation de poudre aux | yeux, le plus dénué de fantaisie. Invariable et acharné dans sa conduite politique et diplomatique, implacable | dans ses ressentiments ci ses revendications, pariptes
vers L ere fi n'y a aucun couter PE be vraie, au une affinité de cœur ni d'esprit. Gette consta- Le
au génie, de dacite et. d'arguments les, fut sans contredit Auguste Brachet. ra 1 ai i déjà Rue chers’ lecteurs, de ce grand ‘2
es de Liologtel et Dhistoire, un ns fe ae L. UE et ce monument Dépitne de. ne
de Brachet connaissait ne alain, litalte 07 etes Italiens. Il avait vécu parmi eux, recueilli, selon sa : reuse méthode, chez les écrivains, les poètes, dans, le es archives, une masse de. documents qu'il condensa pour en tirer la moralité, sous ce titre: L'Jialie qu'on voit et l Lialie. qu'on ne voit pas. Cet ouvrage est devenu rare. Je: vais le résumer à votre intention. Nr ANR à Qu'on ne me dise pas que les dispositions de l'Italie à . notre égard se sont modifiées depuis l'époque, d’ailleurs relativement récente, où parut. cette divinatoire bro- “ chure, chef: d'œuvre de structure et de pénétration. Une race ne sc transforme pas en vingt ans. L'Italie a-t-elle donc cessé de faire partie de la triple- -alliance, du « con- 2: repoids » si cher à ce redondant imbécile de Jaurès? Mais comme elle a besoin d'argent pour payer sa bonne lotte et sa mauvaise armée, elle escompte, grâce à ce. te pprochément, des traités de commerce encore plus ntageux, l'entremise auprès de l'Allemagne (elle joue plaisir le rôle d’ honnête courtier). Elle à, dans rde- Hope: de Polichinelle et de Machiavel, “choisi
les Juifs et les ie tb ho le est en tin bout der ni nous. Le vieux Loubet, qui s y connaît en ruses de cam- pagne, a conseillé à l'Italie de se peindre un triangle sur. le front, afin de complaire aux frères trois points ét due barons de la race tronquée. Cet avatar eût ravi Brachet. Je le vois se renversant dans son fauteuil pour rire mieux à son aise, et s écriant : Bella, res combi nazione ! À
L'opuscule L'Italie qu 'on voit et l'Italie qu'on ne voit pas est donc divisé en sept chapitres, qui concernent : l'enseignement donné officiellement chez notre sœur ; latine, auxquels devaient se joindre, dans la pensée de l'auteur, un exposé des revendications transalpines et une étude sur les agents du gouvernement italien à. 3 Londres, Paris et Berlin. Brachet projetait aussi, comme. conclusion, une histoire naturelle du caractère italien, : d’après les historiens et les philosophes. se . Depuis 1866, fait remarquer Brachet, le système réa liste et prussien de la propagande patriotique. par les.
écoles a été adopté par l'Italie. Il ajoute : « Cette exaltation du sentiment national par l’enseignement n'a pas. à peu contribué à donner à l'Italie nouvelle la conscience … de sa force et de son unité. » Il cite ensuite cet extrait dre livre classique de Gioberti, le plus répandu dans les. classes supérieures des lycées, pour l'enseignement de : la littérature nationale : « C’est à l'Italie qu'il appartient … de dominer moralement Les ee el non à la France À de commander à l'Ilalie. Comparez ce fragment du. Castruccio Castracani, de Machiavel adapté à l'usage de la jeunesse studieuse : « Les Franguls sont naturellément 1 avides du bien d'autrui... Les Français sont tellement occupés du bien ou du mal présent, qu'ils oublient également Les outrages el les bienfaits, et que le bien ou le mal à venir. n'est rien pour EUX, »
Toute la politique italienne est résumée dans 1
suivantes du même Machiavel, Concernant son tra d
nl pour ses s amis,
victoire elle-même et non la facon de vaincre qui
maximes n'ont jamais eessé d'être mises en pratique
par nos gentils voisins. L'historien et député Petrucelli nue della Gattina écrivait en 1867: « Æntre le Français et l'lialien il n'y à aucune harmonie de conscience. Ou bien
l'Italien d'Ccessé d'être en harmonie avec la conscience de son pays, et on le flétrit alors dans son pays presque
talienne du septième siècle à l'année 1870 : « Sedan était rrivé! Il y a à ce moment une ombre dans la carrière de ictor- Emmanuel : ce fut la neutralité entre les belligéans. Le roi perdit ainsi l'occasion suprême de reconqué-
provinces a. Les. Français nous avaient extorquées n 1860. aie MES:
Jem’ excuse auprès de mes tentures pour ces multiples citations, mais elles sont réellement instructives. Auguste Brachet à voulu donner la parole à notre sœur
latine elle-même sur ses sentiments à l'égard de la.
France. Il énumère, dans le chapitre suivant, toujours
d après les ouvrages scolaires officiels, les revendications
géographiques précises (Nice, la Savoie et la Corse). Quant aux cours d’histoire militaire, il extrait ceci de
À Histoire de la Guerre franco- Hniande du colonel d'étatmajor Marselli, professeur d'histoire militaire à l’École supérieure de guerre. Voilà, certes, une autorité que
Jon ne saurait récuser :
lus solides que ce sentimentalisme des prétendues races alines , je veux dire les liens créés par le même sentiment tional et par la même guerre à la prépondérance frun-
État 5!
nt enrible pour re Fe ns 8 foi avec les étrangers. Jamais il n ’employa rce li L où il pouvait vaincre par la ruse. Il disait que
donna la gloire. Jamais homme n'affronta le danger avec plus d'audace et n’en sortit avec plus de prudence. » Ces
comine un renégat. » Du même dans son /istoire de l’Idée
1 ri, à l'aide de l'alliance prussienne de 1870, les deux
« Je vois entre l'A he el l'Italie dés liens un
pr avons reçu denos voisins du nord (les Alle-
à SR LR Arte à 2
françaises ! ; 4
«Un homme y a vu clair. Et cet homme est Drumont. û
confier les clés de la Ai
guerre ne 70-71). Ce sont ; là les ub li dissolubles entre les nations parce qu ils:
toriques, OU SUT dé en sen MER “ele que la parenté des races latines, mais bien sur. la complète identité de but et d'intérêts. »
Et Auguste Brachet conclut qu 1e ya oh de ces ré-
flexions si sages et si vraiment politiques d’un patriote
italien aux niaiseries sentimentales de notre école
humanitaire. Qu aurait-il dit, ce grand observateur, s’il
avait vécu jusqu à nos jours sombres où l'étranger, pour mieux accabler et désorganiser la France, emprunte,
| encourage cyniquement des voix HnSAIERee des AU:
Je me le rappelle encore me > répétant, de ce ion assuré
et confidentiel qui donnait tant de force à sa érois
Le Juif a une seule fonction historique :'il ouvre lai porte à l'ennemi, Gt on une commission suffis re
à il
Nous avons livré les clés de la ville et le Juif ouvre à l'Italien, en attendant d'ouvrir à l'Allemand. L’ailiance
ue 1 don de sentir, ‘chez qui la flamme ellectuelle illumina toujours la sensibilité : mon père Les Bobine 0 *
l arrive fréquemment que l'exercice: continu de. “observation donne à l'observateur une certaine indiffé- ‘ence ; la curiosité oo. ou vivante est une grande
PU Re NUS @. ;
| du % vo moins elairs Une main qui tonnes :
porte moins juste sur la plaie qu'il s'agit de sonder. La de a constatation, : us ue de la ou
a ae natade HAE
.! Rien de semblable chez le de Potain. Il fut roya= ent, sans conteste, le premier médecin de son temps. x Rue on RE Lui donner comme émules n eurent
Dot font de hands théoriciens, des ne - un pa jeu et ii plus grande parie de leur
Ue tendre l'oreille pour recevoir la précieuse parole.
nous, ce visage est tout éclairé par une lueur de bonté
œuvre, éehe: qui ne repose pas sur s faits, à déjà comme caduque. RG Celui qui vient de mourir Fe dans les di domaines de la médecine, notamment quant aux mala dies du cœur, des recherches originales sur qui l’aveni aura peu de prise. Car il aimait passionnément la réa lité, la sincérité, et ne s’aventurait que muni. 3 : Il fallait le voir à l'hopital, dans ce vaste service de. la Charité qui, sous sa direction, avait une activité si. intense, parcourant les ‘salles de son pas tranquille et. sûr, s’arrêtant à chaque lit, interrogeant minutieuse Ë ment, tendrement, chaque malade. Il a la voix un peu basse, étouffée, presque intime, et les élèves doivent
Ce visage pascalien, penché, aux traits inégaux, où. les yeux divergent comme pour mieux saisir tout le réel, 2 nn regard vers le corps et l'autre vers l'âme, disions à à
presque mystique, tant elle est surhumaine et constante. On la devine, on l'éprouve, cette bonté, ainsi qu'une . atmosphère autour du maitre, Elle rayonne chaleur es confiance. À Il remonte aux sources du mäl avec un tact és trROe : dinaire, procédant par une série de questions justes qui . : étreignent le problème de plus en plus. Quand il s'assur de son diagnostic et qu'il ausculte, la figure inclinée, « les paupières mi-closes, les longs cheveux gris entou- rant l'oreille, c'est un profil de Holbein qui apparait, » tout en sagacité, en finesse, à travers un religieux : silence. R | Ensuite, il parle aux Nes du même ton, solé et. grave, Où certaines syllabes prennent un relief particu-, à lier, lorsque la conviction s'impose. Le geste est rare. Tantôt la main appuie machinalement la petite calotte. de velours sur le front large et volontaire, tantôt elle esquisse, cette main, sur le ue blane du lit, un ssh un contour d’organe. | 20 Il aime à montrer, à faire voir. Malgré toute son : in-
L Pc!
. re ou trois mots. très précis, non auprès ne Jit du malade la discussion s'égare et devient fumeuse,
il la ramène aux frontières utiles : « J'ai cru. Voir. j'ai .
cru remarquer... Il m'a semblé apparemment que... Ne vous parait-il pas avec quelque attention? » Il ne saurait
; entourer son avis de formules trop atténuantes et j'ima= + :
gine que Michel de Montaigne eût admiré, dans ce maitre presque infaillible, la réserve et la discrétion. de n’insiste pas sur le côté purement humain de cette romenade matinale au long de la misère terrestre, sur
P | les paroles de consolation aimables, courtoises, prodiguées avec cette étrange pudeur, cette adorable gène dans la charité qui fut la marque du docteur Potain. Al
naissance qui par malheur s'attachait à ses pas.
l'hôpital, puis dans l'escalier du service, puis à l'entrée même des salles et dans les vestibules, puis le long des corridors étroits, : sombres, devant son laboratoire, puis aàla consultation, à l'issue de celle-ci, dans la rue, auprès de la grille, c'est toujours la même silhouette humble, peu variée, qui s'incline, le même murmure d'imploration. à |
. Homme ou. femme, vieille ou jeune, en dec
bonté de M. Potain est la seule incessante, la seule iné-
maitre le fait toute Bonnets HE %e fait ce pie
neutres, ancien étudiant tombé dans la bohème, ancien alade, pauvre bougre sans motif, tous savent que la
U sable, la seule qui vide son propre porte-monnaie “avec une aisance incomparable. Car ce geste du. don, le.
e sauvait après son bienfail, matériel ou moral, à un enjambées, comme s'il eût voulu fuir la recon=+
Dès l'aube devant son domicile, puis à la porte de …