Charles Tissot, loc. cit
constatation de parenté ne saurait surprendre les savants s'accordant à reconnaître aujourd'hui que le Maghreb a été peuplé par des « blancs » venus de la Gaule, de l'Espagne et de l'Italie, au temps où la Méditerranée formait deux bassins, où le détroit de Gibraltar et le détroit de Sicile étaient deux isthmes reliant l'Espagne et l'Italie au continent africain. Les « Lybiens » d'Hérodote et des Romains étaient des blancs venus d'Europe; à côté d'eux, on rencontrait des « bruns » Tenus d'Asie par l'isthme de Suez, appartenant pour la plupart au peuple chananéen; Hérodote les appelait des « Ethiopiens ». C'est ainsi que les « Berbères », qui offrent des traces de cette double origine, sont issus du mélange de ces deux races primitives appelées lybienne et éthiopienne. Les colons romains, les Vandales se sont, plus tard, fondus avec eux.
On le voit, les Berbères et les Arabes n'appartiennent pas à la même race; aussi les différences entre les Kabyles, Berbères purs, et les Arabes doivent-elles être bien tranchées. Elles ne le sont pas moins au moral qu'au physique. Tandis que l'Arabe est indolent, paresseux, nomade, médiocre pasleur, mauvais agriculteur, soumis à un régime aristocratique, le Kabyle est actif, entreprenant, sédentaire, attaché au sol, industrieux, fidèle à des institutions démocratiques. U est vrai d'ajouter que la configuration géographique de la Kabylie la rend absolument impropre à la vie pastorale et à la culture extensive des Arabes, tandis qu'elle est particulièrement favorable à la constitution de petites sociétés indépendantes.
C'est le trait dominant du montagnard kabyle d'aimer la terre, de s'y attacher, d'y donner tous ses soins. La vie est dure pour lui dans ces vallées étroites, le long de ces montagnes escarpées. Lorsqu'il le faut, il descend dans le ravin chercher la terre végétale dont il couvrira son champ ; l'herbe lui manquant, il recueille les feuilles des frênes pour nourrir son bétail pendant l'hiver; il alterne les cultures; il plante des oliviers, des figuiers, sur les escarpements où il n'est pas possible de faire venir des céréales; il tient par-dessus toute chose à sa charrue qui est demeurée l'araire primitif des
colons romains; voler une charrue est, dans le massif di Djurjura, un crime sévèrement puni. Excellents agricul teurs, les Kabyles sont aussi commerçants et ouvriers : le uns, colporteurs, vont avec leur mulet de village en village pour vendre et acheter; les autres, artisans, fabriquent diffé rents objets : dans une tribu on fait des vases d'argile; dam une autre, on lisse des étoffes; une troisième est habile ai travail du fer; une quatrième, à celui des armes; une autre encore, s'entend à la fabrication des bijoux. Cette vie de Ira vail, si différente de celle de l'Arabe, fait prévoir d'autres lois d'autres mœurs. Puisque aime la terre, le Kabyle ne saurai comprendre la propriété indivise entre tous les membres d'un* tribu; il veut être maître de son champ. Cependant il n'a poiu la propriété privée telle que nous la concevons en Europe ou du moins, elle n'est chez lui que l'exception. S'il est vni que, d'après les coutumes kabyles, nul ne peut être ten " dans l'indivision en matière d'immeubles, il est é<?alemera vrai que « la coutume favorise les associations de parents > et que « la règle commune est l'indivision pour les immen blés d'une même famille » *. Mais tout le monde travaille : 1 père, la mère, les fils, leurs femmes, leurs enfants, leur petits-enfants, les oncles, les tantes, les neveux, les cousins.. La propriété est extrêmement morcelée; chaque famille r« possède en moyenne que 2 hectares. Quelquefois la terre es à l'un, l'arbre à l'autre; ou même une branche à l'un, ur> branche à l'autre. Faut-il ajouter que, dans ces conditions, l terre, dont d'ailleurs personne ne veut se défaire, atteint de? prix considérables? A côté de la propriété familiale, la pro priété collective : chaque village a un « communal »; c'es le mechmel.
Sans cesse occupé par la culture de son champ, le Kabyle ne peut être que sédentaire : il a donc une maison, et les maisons constituent des villages. Le village est fait de constructions uniformément basses, serrées les unes contre les autres, aux murs de pierre, couvertes de tuiles rouges que noircissent le temps et la mousse. Une grande place occupe généralement