Voir au livre III, chap. u, p
tuent la tribu; ils ont un chef de guerre, Y Amin-el-Arch\ 1 réunion de plusieurs tribus forme la Confédération, qui, e temps de guerre, obéit à YAmin-el-Thali-ebilL L'ensembl des populations de la Kabylie est divisé en plusieurs Coi fédérations.
Ainsi organisés, les Kabyles sont en même temps divisés ( forts : divisés, parce que les habitants de chaque village appa tiennent à deux « soff » rivaux ou ennemis; forts, parce qui jaloux de leur indépendance, les Kabyles savent, quand le dai ger les menace, faire taire leurs divisions, s'unir sous un du de guerre, qui a un pouvoir assez semblable à celui du dicU teur romain, et marcher à l'ennemi. Les Romains n'ont jama pu les soumettre; ils ont pénétré, par la mer, dans les vallée basses jusqu'à 15 ou 20 kilomètres du rivage, mais le Djui jura, lui-même, est demeuré pour eux imprenable; ils Tappi laient le « mons Ferratus ». Plus tard, les Arabes et les Turi ont été également impuissants contre ces montagnards ; et l'o sait quelle peine le maréchal Randon eut à les soumettre.
La différence de races entre Arabes et Kabyles n'est ps seulement accusée par les traits du visage, les mœurs, genre de vie. La langue n'est pas la même. Les Kabyle comme les Aurasiens , parlent un dialecte berbère , res» d'une langue que saint Augustin avait appelée « punique » qui s'écrivait avec des caractères spéciaux, des ronds, d barres et des points. Toutefois, cette langue, d'une écritu difficile, trop rudimentaire pour qu'elle pût servir à aut chose qu'à composer des inscriptions ou conserver le sour nir d'une chanson de quelques vers, ne s'écrit plus depu des siècles. La seule langue écrite est l'arabe; aussi h kanoun sont-ils, soit en langue berbère et transmis d'âge € i\ge par la tradition orale, soit écrits en caractères arabes Bien que les Arabes aient donné aux Kabyles leur langu écrite et, ce qui est plus, leur religion, il existe entre les deu races, entre les deux peuples, un fossé profond. L'Arab
1. En 1859, M. Hanoteau estimait encore à 850 000 le nombre des individi parlant les idiomes berbères : le plus grand nombre habitait la Kabylie * î'Aurcs; mais il observait que la langue arabe ne cessait de gagner pan qu'elle était la langue écrite en même temps que la langue religieuse.
méprise le Kabyle, le Kabyle hait l'Arabe; il est le vainqueur qui a chassé le Berbère de la plaine, qui Ta refoulé dans les montagnes. En 1857, des délégués kabyles viennent négocier avec le maréchal Randon les conditions de leur soumission. << Nous conserverons nos institutions? — Oui. — Nous nommerons nos chefs ainsi que par le passé? — Oui, seulement comme nous ne voulons pas que ce soient des hommes de désordre, ces nominations seront approuvées par nous. — Vous ne nous donnerez pas d'Arabes pour nous commander? — Non. — Alors vous pouvez compter sur notre soumission et demain nous déposerons entre vos mains notre contribution de guerre. »
Tous les Berbères qui ont voulu fuir pour conserver leur indépendance ne se sont pas réfugiés dans les massifs du Tell, dans le Djurjura et dans l'Aurès. Les ksour \ les oasis du Désert ont été comme la montagne un refuge. C'est ainsi que nous retrouvons des populations berbères jusqu'à l'extrémité méridionale de l'Algérie ; toutes ne sont pas pures parce que les Arabes, ici, à demi vainqueurs, ont exigé le partage des terres; là, maîtres absolus des vaincus, les ont réduits à la condition de travailleurs et de serfs. La vie des habitants des ksour et des oasis n'est pas désœuvrée, car le palmier réclame autant de soins que les champs, les jardins, les figuiers et les oliviers de Kabylie; aussi retrouve-t-on chez les Berbères des ksour une partie au moins des qualités de travail, d'économie et de ténacité observées chez leurs frères du Djurjura. Ils doivent, en effet, défendre les puits contre l'ensablement ou l'accumulation des détritus des végétaux, entretenir les canaux d'irrigation qui alimentent chaque jardin, repousser les dunes qui les entourent lorsque le vent les déplace. Il faut assurer au palmier l'eau qui lui est indispensable si l'on veut conserver l'oasis, faire vivre ses habitants. Que le précieux liquide vienne à manquer, que les
1. Au singulier ksar. Les ksour sont des villages fortifiés, égrainés le long de la chaîne de l'Atlas méridional, particulièrement dans la région du Djebel Amour, et regardant le grand désert. Un puits, un oued, alimenté toute l'année fournit de l'eau aux Ksouriens et leur permet de planter des palmiers, quelquefois de cultiver aussi les céréales. Ksour et oasis ont donc les mômes conditions de vie, les mêmes cultures.
sables s'amassent au pied des arbres, l'oasis dépérit, disparaît, ses habitants sont condamnés à la faim, à la mort.
Combien de travaux sont parfois nécessaires pour vivifier les sables ingrats du Sahara! Voici, installée dans une région de plateaux et de mamelons désertiques de la province d'Alger, une population nombreuse de Berbères d'un type spécial, les Mzabites ', qui avec une rare patience recueillent les moindres gouttes d'eau tombées, plantent des palmiers, créent des jardins. L'ensemble de leurs oasis et de leurs villages forme une confédération de petites républiques indépendantes. Les Mzabites, que les besoins de l'agriculture ne retiendront pas dans leur pays, vont, à la faveur de la pais assurée par notre domination, se disperser dans toute l'Algérie pour se livrer au commerce.
Mais, étrangeté de contrastes, témoignage de l'influence du milieu sur les hommes! à côté des Berbères travailleurs des ksoar, des oasis et du Mzab vivent d'autres Berbères que l'on serait tenté de prendre pour des Arabes et de classer parmi les plus nomades, ce sont les Touareg *. On croit qu'ils viennent du Sahara central, peut-être de l'Egypte, mais leur typo, leur origine africaine, leur occupation du pays, bien antérieure à celle des Arabes, font qu'on doit les considérer comme les frères des Kabyles du Djurjura. Hommes de haute taille, maigres et nerveux, à la peau blanche, à la face voilée, ils parcourent le Désert montés à méhari 3, pillent les caravanes, menacent les oasis, razzient les troupeaux des tribus nomades, qu'elles soient berbères ou arabes. La vie du Désert a marqué les Touareg de son empreinte : le soleil, malgré le voile qui les protège, leur a donné une teinte bronzée, et, fait curieux , a modifié avec les siècles leur appareil optique. Ils ont des sourcils très épais, abritant le globe de l'œil, petit et profondément enfoncé. L'invasion musulmane lésa également marqués: comme les Kabyles, ils
1. Les Béni Mzab on Mzabites sont appelés « zéneles » par les ethnographes et considérés comme plus empreints de sémilisme cjuc les autres Berbères. — On a vu plus haut que la race dite berbère résultait de la fusior des Lybiens venus d'Europe et des Chananéens venus d'Asie.