Voir plus loin, p
3. La prière El-Fedjr, aurore; la prière El D'hour, une heure après mid la prière Elaâsser, à égale distance du D'hour et du Maghreb; la prière J Maghreb, coucher du soleil; la prière El Âcha (soit deux heures et demi après le coucher du soleil).
4. Dans les pays où il n'y a pas d'eau le Koran permet au croyant de rea placer les ablutions par l'imposition des mains sur la terre.
pagnée d'une série de mouvements (élévation des mains, salut, agenouillement, prosternation) qui sont réglés dans leur succession comme un exercice militaire. Cette prière doit être autant que possible faite en commun *, car le prophète a dit : « Dieu se complaît à voir les rangs serrés à la prière et à la guerre sainte ». Les paroles sacrées toujours redites sont : « Dieu est grand, il n'y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète ». Le vendredi, jour férié, la prière est publique et solennelle à la mosquée.
La religion associe le jeûne à la prière; il est toujours méritoire; il est, un mois par an, obligatoire. Alors, de la pointe du jour, c'est-à-dire depuis le moment où on peut distinguer « un fil blanc d'un fil noir » jusqu'au coucher du soleil, tout musulman majeur doit, durant le mois de Ramadan, s'abstenir de manger, de boire et de fumer.
La prière, le jeûne, ne suffisent pas : le pèlerinage à la Mekke est, une fois dans la vie, obligatoire « si on a le pouvoir de le faire » s. Mahomet a dit : « Qui meurt sans avoir fait le pèlerinage, peut mourir s'il le veut ou en juif ou en chrétien ». Enfin, le prophète défend les occupations ou les travaux qui absorbent trop entièrement l'esprit, éloignent la pensée de Dieu. Tels sont : la musique, la peinture, la sculpture, les ouvrages d'or et d'argent, les jeux de hasard, un luxe excessif dans la toilette.
Mais ce n'est pas tout encore. Ainsi que Renan l'a dit avec beaucoup de raison l'Islam est « l'union indiscernable du spirituel et du temporel, le règne du dogme ». 11 ne faut,
1. Dans la plupart des pays mahométans des crieurs placés sur les tours des mosquées proclament le commencement du temps fixé pour chaque prière ; on les appelle muezzin.
2. Quand cette prescription fut édictée par le prophète, l'empire musulman était encore si restreint que presque tous les fidèles étaient à même de se rendre au sanctuaire, dussent-ils faire la route à pied. Depuis l'expansion de l'islamisme sur près d'une moitié de Pancien monde, le voyage à la Mekke entraîne, pour les habitants de plusieurs contrées, des frais, des difficultés tels que très peu de personnes sont en situation de l'entreprendre.... 11 en résulte que, dans ces pays, le fidèle qui fait le pèlerinage est l'objet d'une sorte de vénération et que le titre de « hadj » (celui (qui s'est acquitté du * hadjdj » ou pèlerinage) est devenu dans une certaine mesure un titre honorifique et donne plus de prestige que celui de membre du clergé. 11 en est notamment ainsi en Algérie.
d'ailleurs, en être surpris qu'à demi. Sir Henry Maine a très justement remarqué qu'aux premières heures de la vie sociale la religion absorbe les divers mouvements intellectuels que plus tard on désigne sous le nom de philosophie, de science, d'art, de morale, de droit. La spécialisation de leur domaine est lente à se produire. Elle ne s'est pas produite dans la sociélé musulmane où, par suite d'une extrême immobilité dans les intelligences, la loi civile et pénale est encore aujourd'hui intimement liée à la loi religieuse; elle est demeurée « un don précieux du Ciel ».
Dans le Koran, Mahomet donne aux musulmans de nombreux préceptes concernant les devoirs et les rapports juridiques. Mais, après la mort du prophète, on s'aperçut bientôt que le « Livre » était loin de prévoir tous les cas qui se présentaient; aussi fut-on conduit à rechercher, à titre d'indications, d'exemples, les paroles et les actes de Mahomet, ainsi que l'approbation explicite ou tacite qu'il avait donnée aux paroles et aux actes d'aulrui. Des jurisconsultes de grande autorité réunirent, dans la première partie du ni* siècle de l'Hégire, tous les faits (hadilh) rapportés par des témoin? dignes de foi et le livre ainsi formé fut nommé la Sounah, c'est-à-dire la « conduite » du prophète. L'authenticité de la Sounah, « seconde source » du droit islamique, est indiscutée; le Koran et la Sounah sont des « sources mères » : elles émanent directement de Dieu. II est encore après elles deux « sources principales » dues aux « compagnons » du prophète, aux « adeptes » des « compagnons » et aux « suivants » des « adeptes », Yidjma, « troisième source », et le « qiyas », « quatrième source ». \jidjma est « l'opinion unanime » rendue en concile sur le sens précis d'une parole ou d'un silence du prophète, le qiyas est « l'analogie légale » qui assimile un fait nouveau ou connu à un autre fait déjà qualifié \ Est-ce là tout? Pas encore. Après avoir dit que les musulmans reconnaissent quatre sources principales du droit, il faut ajouter qu'ils se sont répartis dans les premiers siècles de l'Hégire entre quatre grandes écoles égalemenl
1 . Sawas Pacha, Étude sur la théorie du droit musulman. Marchai et Billard, éditeurs, Paris.
orthodoxes. Les fondateurs de ces écoles ou rites sont des personnages religieux considérables; les quatre grands imam sont « jurisconsultes en matière de législation » ou « autorités en matière de droit ». Aucune dissidence importante n'existe, d'ailleurs, entre eux "en ce qui concerne les croyances fondamentales de l'Islam. Le désaccord est seulement sensible pour ce qui touche certaines pratiques religieuses et les questions judiciaires. Les quatre imam, chefs d'écoles, fondateurs de rites sont : Hanifa, Malek, Ghafei, Hanbal *.
Les musulmans d'Algérie, comme d'ailleurs tous ceux qui suivent le rite de Malek ou rite malekite, reconnaissent l'autorité d'un commentateur d'une grande autorité, Sidi Khelil, qui a laissé un Précis.
Il suffit de lire la table des matières de cet ouvrage qui, en traduction, ne comporte pas moins de six gros volumes pour juger que Mahomet et ses « compagnons » n'ont négligé aucun sujet. La première partie, de beaucoup la plus courte, est consacrée aux « matières religieuses » : la purification, la prière, le zekkal (prélèvement pour les pauvres, les malheureux, non pour les dépenses de l'Etat), le jeûne, le pèlerinage; la seconde' traite, sous un titre et dans un ordre qui surprend les Européens, — de la « jurisprudence civile », — des prescriptions pour tuer les animaux, de la guerre, des serments, du mariage, de la répudiation, de l'entretien des esclaves, des rentes, du gage, des créances, de l'interdiction et de la minorité, du transport des dettes, des sociétés commerciales, de la paternité, de la filiation, du dépôt, du prêt, du partage, du louage, du régime des terres et des eaux, des fondations pieuses, de la justice distributive, des devoirs du cadi (juge), de l'appel, du témoignage judiciaire, du
1. Le rite « hanifite » domine en Turquie, en Asie Mineure, au Turkestan, aux Indes anglaises, en Chine; il a conservé de nombreux adeptes en Egypte.
Le rite « malekite • est suivi par les populations de l'Yemen et de l'Afrique <1» Nord.
Le rite « chafeite » est répandu dans l'Archipel Indien, dans la presqu'île <Je Malacca, dans l'Arabie, l'Egypte, le Dekkan, Ceylan, la côte orientale d'Afrique. Son centre est la fameuse mosquée d'el Azhar au Caire.
Le rite « hanebalite » ne se rencontre plus que dans quelques contrées de l'Arabie centrale et orientale, et dans certaines parties de l'Afghanistan.
crime, du prix du sang, du vol, du châtiment correctionnel, etc.
Nous nous exposerions à écrire une étude sur le droit musulman si nous voulions faire une analyse même rapide de ces chapitres. Il nous suffira de fixer au passage quelques traits particuliers à la religion et au droit musulmans.
Il n'est pas seulement permis au mari d'avoir quatre épouses légitimes, sans parler des concubines; tout l'autorise à traiter sa femme comme un être inférieur. Si Mahomet a dit : « je vous recommande, je vous prescris d'avoir soin de vos femmes », il a ajouté : « car avec vous elles sont vos captives, vos prisonnières », et Ali, le quatrième khalife, insistant en quelque sorte, a prononcé cette parole : « Garde-toi de prendre le conseil des femmes ». Certes, la femme n'est pas sans droits : elle garde sa propre fortune; son mari doit l'entretenir; elle prend une part dans sa succession; le cadi peut lui accorder le divorce; mais en fait, elle est placée dans une situation malheureuse, que la loi affirme en accordant au mari seul le droit de répudiation \ — En matière pénale,
i. Si Ton voulait défendre Mahomet on pourrait dire qu'il a trouvé, en Arabie, la femme dans une situation plus malheureuse que celle où il 'a laissée; on pourrait aussi rappeler que, à certaines heures, des docteurs chrétiens ont considéré la femme comme un être inférieur et lui ont refusé une âme. Mais nous nous bornerons à dire quelques mots sur la polygamie.
Il serait très injuste de la considérer comme immorale. 11 est mieux de reconnaître que le genre de vie des Arabes nomades pasteurs, que les lois de 1» nature dans les pays chauds contraignent presque l'homme à la polygamie* C'est ainsi qu'elle a été défendue par un homme qui n'est pas suspect, l# Play. Le savant auteur des Ouvriers en Orient écrit à ce sujet : « Comme le* aînés des familles se marient 1res jeunes, en général, leur première femmemère d'une nombreuse famille, se trouve déjà vieille quand ils sont euxmêmes encore dans la force de l'âge. Ces hommes contractent alors un nouveau mariage, souvent à la prière et presque toujours avec le consentement de la première femme.... On s'étonnera peut-être qu'une femme puisse engager elle-même son mari à contracter un second mariage. Mais il faut se rappeler que dans les familles musulmanes (agricoles) les femmes de la maison doivent exécuter tous les travaux du ménage, quelque difficiles et pénibles qu'ils puissent être. La domesticité féminine étant inconnue chez les paysans, les femmes ne peuvent avoir pour aides que des esclaves ou des parentes vivant dans la même communauté. Les parentes peuvent faire défaut; plus souvent encore l'occasion manque pour acheter des femmes esclaves. Celles-ci, d'ailleurs, deviennent, le plus souvent, concubines du chef de la famille où elles sont introduites, et rivales de la première femme qui n'a aucune raison de les préférer à d'autres femmes légitimes. On conçoit que, dans ces circonstances, une femme conseille à son mari de contracter un
le droit musulman a pour base, comme la loi de Moïse, la peine du talion, vie pour vie; c'est, peut-on dire, le principe de tous les codes primitifs. Toutefois il est permis de payer le « prix du sang ». Pour le vol, il est châtié par l'amputation delà main; les délits plus légers sont punis du bâton.
Nous avons dit suffisamment sur le droit, mais il n'est pas possible de négliger dans cet exposé rapide des doctrines de Mahomet deux traits plus originaux, plus importants que tous les autres, parce qu'ils marquent depuis déjà plus de treize siècles, et sans doute pour bien longtemps encore, toutes les populations musulmanes d'une profonde empreinte : le fatalisme et l'immobilité. Ce sont peut-être ces deux idées qui ont le plus contribué à creuser à travers les siècles un fossé aujourd'hui infranchissable entre les populations qui suivent la loi de Mahomet et celles qui suivent celle de Moïse et celle du Christ.
Tout est écrit d'avance, dans le Livre Eternel, Livre Evident, Livre des décrets de Dieu : la destinée des États, la vie des hommes; aussi, la recherche des biens, la lutte contre la nature ou l'adversité sont-elles inutiles. « Chaque nation a son terme. Quand leur terme est arrivé, les hommes ne sauraient ni l'avancer ni le reculer. » « Il n'y a dans les cieux et sur la terre rien, qu'il soit plus petit ou qu'il soit plus grand qu'un atome, qui ne soit consigné dans le Livre Evident. » «Aucune calamité ne frappe soit la terre, soit vos personnes, qui n'ait été écrite dans le Livre avant que nous ayons été créés. C'était facile à Dieu. » « Lorsque le terme fixé par Dieu arrive nul autre ne saurait le retarder. » — « Toute chose petite ou grande, tout y est écrit » (dans le Livre Évident) f.
Des protestations s'élevèrent cependant contre ces paroles fatales. Sous le règne des khalifes Abassides, une grande con-
nouveau mariage, surtout si on réfléchit que déjà elle commence à vieillir et qu'elle est absorbée par les devoirs de la maternité. »
Le Play montre également que, parmi les motifs importants de la polygamie chez les Orientaux, domine en général le désir de laisser une nombreuse postérité. A leurs yeux, la privation d'enfant est le plus grand malheur dont un homme puisse être frappé. Ceux mêmes qui n'en ont que quelques-uns veulent en avoir en plus grand nombre, et ils épousent successivement plusieurs femmes dans cette seule intention.