Koran, chap. vu, xxxiv, lvii, lxxi
iroverse divisa les partisans de la « prédestination » et ceux du « libre arbitre ». La secte des Motazélites observa que si le Koran contenait un grand nombre de textes, faisant de la prédestination la loi du monde, on y rencontrait également un certain nombre de sourates desquelles il résulte que Thomme est responsable de ses actions; elle déclara donc qu'elle rejetait la prédestination comme incompatible avec la théorie de la rétribution des actes dans l'autre vie, laquelle suppose le libre arbitre absolu de Thomme. Que serait-il arrivé? quelle aurait été l'histoire, la destinée des populations musulmanes si les Motazélites avaient triomphé? Mais ils furent vaincus, condamnés, et le « fatalisme » devint le dogme officiel, orthodoxe. Un docteur d'une autorité considérable, Ghazali, que Ton a nommé « le rénovateur de l'Islam », écrivit « que le bien, le mal, que tout enfin a lieu par l'eflet de la prédestination et de la prémotion de Dieu ». Le célèbre catéchisme de Berveki ou Exposition de la foi musulmane^ au chapitre « Prédestination et prémotion », est plus explicite encore. « Il faut encore confesser que le bien, le mal, que tout enfin, a lieu par l'effet de la prédestination et de la prémotion de Dieu. Que tout ce qui a été et tout ce qui sera est décrété dans l'éternité et est écrit sur la table conservée (livre des décrets divins). Que rien ne peut y être contraire. Que la foi du croyant, la piété de l'homme pieux et les bonnes œuvres sont prévues, voulues, prédestinées, décrétées par écrit sur la table conservée, produites, agréées et aimées de Dieu; mais que l'incrédulité des infidèles, l'irréligion des indévots et les mauvaises actions arrivent bien avec la prévoyance de Dieu, avec sa volonté, par un effet de sa prédestination consignée sur la table conservée, et par l'opération de Dieu, mais non point avec sa satisfaction et son affection.... Que si Ton demande pourquoi Dieu les produit et pourquoi il les veut (les choses mauvaises), on doit répondre que Dieu très haut, en produisante mal et en le voulant, en formant le diable, en le laissant vivre jusqu'au jour de la résurrection et en lui donnant le pouvoir de tenter les hommes,... a des vues de sagesse qu'il ne nous est point donné de connaître. »
Est-ce tout? Non, car la loi de l'immuable est là pour resserrer, s'il est possible, le cercle de fer dans lequel la prédestination enferme les musulmans. Mahomet, craignant qu'un prophète vînt après lui, comme il s'était présenté après Aïssa (Jésus), a dit : « Toute loi nouvelle est une innovation; toute innovation est un égarement, et tout égarement mène au feu éternel ». Ainsi le prophète a procfamé que rien ne pouvait changer, que rien n'était perfectible, alors que tout marche et que tout progresse.
Les musulmans, condamnés à l'immobilité, sont, après une période brillante mais assez courte, demeurés pour toujours bien loin de la société européenne. Alors que le grand mouvement de la Renaissance entraînait l'Europe vers le progrès, la civilisation arabe n'était déjà plus. Les populations musulmanes se tinrent à l'écart, négligèrent d'emprunter ù Gutenberg l'art de l'imprimerie , se condamnant ainsi à l'ignorance, à l'oubli, à la mort.
Mais le contact avec les autres peuples, la connaissance de l'imprimerie sont eux-mêmes impuissants à entraîner des hommes qui professent la religion de Mahomet à la suite des nations chrétiennes. Les Turcs, qui, depuis des siècles, sont entrés en relations avec l'Europe, ne paraissentils pas aujourd'hui encore, dominés, écrasés par le fait de leur conversion à l'Islam? Peut-être avaient-ils les vertus qui font les grands peuples; les observateurs qui ont vécu en Orient leur reconnaissent plusieurs qualités, le courage militaire, la finesse diplomatique, la discipline civique, d'autres encore, — mais ils sont musulmans ! « L'islamisme a de belles parties comme religion, écrit Renan *; je ne suis jamais entré dans une mosquée sans une vive émotion, le dirai-je? sans un certain regret de n'être pas musulman. Mais, pour la raison humaine, l'islamisme n'a été que nuisible. Les esprits qu'il a fermés à la lumière y étaient déjà sans doute fermés par leurs propres bornes intérieures ; mais il a persécuté la libre pensée, je ne dirai pas plus violemment que d'autres systèmes religieux, mais plus effica-